Les profs analysent une offre globale bonifiée

Les enseignants du primaire et du secondaire ont enfin une offre globale à se mettre sous la dent: hier après-midi, le ministère de l'Éducation et les commissions scolaires ont déposé un projet de règlement «bonifié» qui sera apprécié aujourd'hui et demain par le syndicat de 80 000 professeurs.

Après plusieurs mois de valse-hésitation, et surtout, un conseil fédéral syndical qui a clairement établi en fin de semaine l'insatisfaction de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ) pour ce qu'on lui avait jusque là soumis, la partie patronale est revenue à la charge hier en déposant «une offre globale bonifiée», comme l'a indiqué le porte-parole Jean-Pierre St-Gelais, sans qualifier cette hypothèse de règlement de «finale».

Le document ne concerne toujours que la portion normative de cette négociation entamée depuis plusieurs mois, c'est-à-dire uniquement les conditions de travail. Tant le Comité patronal de négociation que la FSE ont refusé toutefois de discuter du contenu de cette offre bonifiée.

«On nous a informés en début d'après-midi [hier] qu'on allait nous présenter une offre globale quasi finale», a indiqué le porte-parole de la FSE, Jean Laporte. «Ce qui semble clair, c'est qu'on ne souhaite plus négocier de gros dossiers par-dessus. Si ça devait changer, ce serait mineur.»

L'exécutif syndical de la FSE doit analyser le contenu de l'entente dès ce matin, pour le soumettre dès demain à son conseil fédéral. Les 125 délégués des 45 syndicats membres de la FSE doivent en effet se réunir demain après-midi à Québec, où ils pourraient recevoir une proposition de leur exécutif d'entériner ou de rejeter la proposition. Le conclave, qui a duré quatre longues et houleuses journées la semaine dernière, pourrait se poursuivre jusqu'à samedi.

Au terme de ce huis clos de quatre jours, le conseil fédéral avait établi son insatisfaction devant plusieurs offres patronales, notamment sur le fait que le dossier des élèves en difficulté, pourtant crucial, n'ait pas été rediscuté du tout depuis l'échec des négociations du printemps.

Selon nos informations, les 100 millions de dollars destinés à cette clientèle en difficulté, sur laquelle les syndicats ont basé une grande partie de leurs demandes, sont toujours au jeu. Cette offre comprend notamment 30 millions pour l'embauche de 600 enseignants-ressources, 30 autres pour l'ajout de 600 orthopédagogues et 30 derniers pour des employés de soutien et des professionnels. Les élèves en troubles de comportement, qui constituent une clientèle lourde pour un enseignant qui n'a pas de soutien dans sa classe, sont particulièrement visés par cet ajout.

Cette offre faite aux 80 000 enseignants du primaire et du secondaire survient alors que les employés de soutien liés à la CSN sont en grève aujourd'hui dans une trentaine de collèges, et demain dans autant de commissions scolaires, laissant parents, étudiants et élèves sur le carreau.

Le Comité patronal de négociation s'étonne d'ailleurs de ces mouvements de grève — lesquels avaient d'abord été annoncés puis annulés, et enfin repris à une autre date — «ridicules, étonnants et décevants», comme l'a indiqué le porte-parole Jean-Pierre St-Gelais. «Ils surviennent à des moments où il y a eu des avancées aux tables de négociation et auraient très bien pu être de nouveau annulés.»

La partie syndicale soutient quant à elle que les progrès ne sont pas visibles et que le piétinement de la négociation justifie le passage aux actions de débrayage.

Affront collégial sur la tâche

Dans un autre univers de négociation, les discussions entreprises au collégial laissent poindre des divergences de taille d'un côté et de l'autre de la table, qui n'augurent rien de bon. C'est autour de la tâche des enseignants que les affronts, s'ils doivent avoir lieu, se feront.

Les compréhensions sont en effet fort différentes sur la tâche d'un professeur de cégep, mais seront-elles irréconciliables? «C'est vrai que nous avons là des différends extrêmement importants», concède Nicole Tremblay, présidente du Comité patronal de négociation des collèges (CPNC).

Les deux parties concèdent que la tâche des enseignants a changé au fil du temps. «Évolué», selon la partie patronale. «Alourdi», d'après les enseignants. Dans une tâche scindée en trois volets, le ministère de l'Éducation et la Fédération des cégeps proposent plutôt d'ajouter des ressources pour soutenir les enseignants dans les volets qui concernent tout sauf la salle de classe. «Enseigner, ça ne se résume plus seulement à donner un cours», indique Nicole Tremblay.

Les syndicats, eux, prétendent qu'on les surcharge ailleurs que dans la classe et tout cela rejaillit sur la tâche dans la classe. «La tâche a augmenté, c'est là que nous avons besoin de plus de ressources», affirme Diane Dufour, de la Fédération des enseignants de cégeps (FEC-CSQ). «On ne s'entend pas sur la manière d'allouer les ressources.»

Les membres de la FNEEQ-CSN, le plus imposant groupe d'enseignants de collège, sont d'ailleurs en recherche de mandat pour déclencher des grèves rotatives à compter de la mi-novembre. Ceux de la Fédération autonome du collégial (FAC) et de la FEC-CSQ sont actuellement en tournée auprès de leurs membres pour vérifier la nature des actions qui pourraient possiblement s'enclencher.

Ce dossier collégial doit être discuté ce matin entre le président de la CSQ, Réjean Parent, et le ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier. «Maintenant que le scolaire avance, on pourra lui dire qu'au collégial, le patient se porte mal», a indiqué M. Parent, qui sortait hier d'un conseil général de négociation qui a notamment permis de convenir d'un «rapprochement souhaité avec le front commun CSN-FTQ».

Ce conseil général doit aussi se rencontrer à nouveau le 19 octobre prochain pour faire le point sur un «alourdissement possible des moyens de pression», a ajouté M. Parent. Rappelons que le front commun a convenu de grèves en rotation dans l'ensemble du Québec à compter de la mi-novembre.