Adieu, baisses d'impôt !

Le ministre des Finances du Québec, Michel Audet, a présenté un portrait des finances publiques miné par de substantielles impasses budgétaires cette année et l’an prochain.
Photo: Pascal Ratthé Le ministre des Finances du Québec, Michel Audet, a présenté un portrait des finances publiques miné par de substantielles impasses budgétaires cette année et l’an prochain.

Québec — Les Québécois doivent dire adieu aux baisses d'impôt promises par les libéraux: tout ira dans les augmentations consenties aux employés de l'État.

C'est ce qu'a indiqué, hier, le ministre des Finances, Michel Audet, qui présentait une évaluation de la situation financière du gouvernement. Manque de pot, le ministre ne pouvait s'appuyer sur des données sûres en raison des moyens de pression à Revenu Québec, la Synthèse des opérations du gouvernement en date du 30 juin 2005 n'ayant pu être réalisée.

«Il n'y a pas de cachette, il n'y a rien de prévu pour des baisses d'impôt dans ces prévisions», a soutenu le ministre quand on lui a demandé si le gouvernement Charest serait en mesure de respecter la promesse électorale des libéraux de baisser les impôts d'un milliard par année. «Dans nos prévisions budgétaires, il n'y a eu rien d'escompté pour ça parce que ça n'aurait pas été crédible», a ajouté M. Audet.

Lors de la campagne électorale de 2003, les libéraux avaient promis de baisser les impôts d'un milliard par année pendant cinq ans pour rejoindre la moyenne canadienne. Le gouvernement Charest est parvenu à réduire le fardeau fiscal des Québécois d'un milliard lors du premier budget Séguin seulement, a signalé M. Audet. Et encore là, il s'agissait pour l'essentiel de transferts en faveur des personnes à bas revenus qui ne paient pas d'impôt.

Lors des consultations qu'il a tenues avec des économistes avant de signer son premier budget, M. Audet s'était lancé dans la défense des baisses d'impôt, contre lesquelles les économistes, en provenance principalement du secteur privé, l'avait toutefois mis en garde. Aujourd'hui, le point de vue du ministre n'est plus le même. «C'est la real politic, a expliqué M. Audet, on tient compte de la réalité des choses.» Pour le ministre, la promesse libérale n'est pas «un dogme»: jamais il n'a été dit que les baisses d'impôt «se feraient au détriment de la solidité financière du gouvernement ou des services».

À la différence des centrales syndicales qui soutenaient, hier, que le gouvernement disposera d'une marge de manoeuvre de deux milliards en six ans, M. Audet a présenté un portrait des finances publiques miné par de substantielles impasses budgétaires pour cette année et l'an prochain. Ainsi, il a fait état d'un manque à gagner de 848 millions pour 2005-06 et il a rappelé qu'il manquait 773 millions pour boucler son prochain budget.

Même s'il ne dispose pas de données probantes, selon son propre aveu, M. Audet a maintenu ses prévisions de revenus telles que contenues dans son budget, soit une hausse des revenus de 2,6 %. Certains facteurs positifs, dont les fortes dépenses des consommateurs, ont compensé les facteurs négatifs, soit la faiblesse des exportations et des investissements de la part des entreprises. Il n'a pas nié que les conséquences de la flambée des prix de l'essence pourraient l'amener à revoir à la baisse ses prévisions. «Néanmoins, malgré ces risques, j'ai décidé de maintenir les prévisions des revenus autonomes et de ne pas les réviser en raison, notamment, de l'absence de données fiables», a-t-il dit.

Reflétant le cadre financier décrété par la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, le gouvernement projette d'affecter aux hausses des salaires dans le secteur public 78 % (1,36 milliard) de l'augmentation de ses dépenses de l'État, fixées à 3,6 % (1,74 milliard), en 2006-07. Cette somme de 1,36 milliard comprend deux hausses des salaires de 2 % , incluant l'équité salariale, et un ajustement des échelles salariales de 0,5 %. Pour l'année en cours, le gouvernement n'entend verser que le montant correspondant à l'équité salariale en guise de hausse des salaires. Il a réservé à cette fin 360 millions, a dit M. Audet.

Il n'est pas question de creuser un déficit pour payer les hausses des salaires des employés de l'État ni d'augmenter le fardeau fiscal des Québécois qui est déjà trop lourd, a réitéré le ministre. Renouer avec les déficits pourrait entraîner une décote de la dette du Québec par les agences de crédit, a-t-il prévenu. En outre, il ne faut rien attendre de substantiel de la part du gouvernement fédéral en dépit des pourparlers prévus sur la péréquation ou sur le transfert fédéral pour l'éducation post-secondaire, a fait savoir M. Audet.

De son côté, le Secrétariat intersyndical des services publics a accusé Québec de cacher une marge de manoeuvre financière qui lui permettrait de bonifier son offre aux fonctionnaires.

Selon la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) et le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), l'État pourrait facilement dégager une marge de 2 milliards en six ans pour protéger le pouvoir d'achat de ses employés.

Le président de la CSQ, Réjean Parent, a rappelé que le gouvernement Charest s'était doté d'un fonds de suppléance de 380 millions, ce qui démontre, selon lui, qu'il n'est pas pris au dépourvu.

M. Parent estime que Mme Jérôme-Forget dramatise la situation budgétaire du Québec à des fins de propagande, et qu'elle induit les Québécois en erreur à propos du poids de la dette. «Il faudrait que la madame cesse de dramatiser à excès ou à outrance, au même titre que le ministre des Finances», a dit M. Parent.

Le Secrétariat intersyndical des services publics demande une hausse des salaires de 12,6 % répartie sur 6 ans, excluant l'équité salariale, alors que le front commun CSN-FTQ réclame une augmentation de 13,5 % pour cinq ans.

Avec la Presse Canadienne
1 commentaire
  • Claire Pigeon - Inscrite 28 septembre 2005 07 h 14

    L'argent public c'est le nôtre

    Le gouvernement Charest dit adieu aux baisses d'impôts, écrit-on amèrement déçu dans la presse. Mais alors pourquoi est-on aussi mou dans cette même presse quand on commente les prétentions syndicales? Des éducatrices qui sont insatisfaites de $19.55 l'heure? Mais pourquoi ne se choque-t-on pas de les payer plus que le double d'une gardienne? Parce que la gardienne on doit la payer de notre poche, tandis que les éducatrices c'est le gouvernement qui s'en occupe? Mais a-t-on encore la mentalité d'avant la révolution française, quand l'État c'était le roi, et que l'argent public venait de ses poches? Y a-t-il quelqu'un qui se rend compte que l'argent du gouvernement c'est le nôtre, celui que nous payons avec nos impôts et nos TPS-TVQ?

    Et les enseignants? Le front commun CSN-FTQ demande 5 milliards $ par année supplémentaires et encore plus avec l'équité salariale, ce qui fait près de 1500 $ de plus d'impôt par contribuable par année. Et après on se préoccupe de l'augmentation des frais de santé. Ce sont les enseignants qui vont ronger notre bas de laine! Comme la plupart des syndicats, il suffit de penser aux cols bleus de Montréal. Nous sommes en train de payer chèrement pour des vaches sacrées qui parlent de solidarité lorsqu'en réalité ils ne sont que des parasites avides.

    Et qu'on ne me parle pas d'équité salariale. L'équité salariale serait mieux assurée en laissant intervenir les équilibres du marché. On n'a pas de difficulté à recruter des enseignants, au contraire il y a une longue liste de candidats en attente pour les emplois d'enseignement, et encore plus longue pour les emplois de personnel de soutien, ou de col bleu de Montréal. Ceci signifie que ces employés reçoivent plus qu'ils n'obtiendraient ailleurs. Laisser faire au marché (ce qui nécessite parfois quelques interventions, comme défaire les monopoles, que ce soit dans les télécommunications ou dans le marché du travail) est non seulement une approche efficace, mais aussi une garantie d'équité.