Cérémonie d'installation - Luck Mervil décline l'invitation de Michaëlle Jean

Ottawa — Non contente de s'être attiré les foudres des fédéralistes du Canada pour avoir côtoyé des nationalistes québécois, la gouverneure générale désignée Michaëlle Jean a invité le très souverainiste Luck Mervil à se produire lors de sa cérémonie d'installation, qui a lieu aujourd'hui. Ce dernier, conscient de la controverse que sa présence aurait pu susciter, a décliné l'invitation.

Patriote de l'année au Québec, Luck Mervil ne cache pas ses idées politiques. C'est lui qui a été le maître de cérémonie lors du lancement de la campagne au leadership d'André Boisclair, il y a dix jours. Sur la scène fédérale, il a participé activement à la campagne du candidat bloquiste Maka Kotto, faisant du porte-à-porte avec lui. Il avait à ce moment avoué aux médias qu'il avait été sollicité par les deux formations politiques pour se porter candidat, offres qu'il avait toutes deux déclinées.

Au téléphone, l'artiste, qui se dit un très bon ami de Mme Jean, a précisé qu'il ne pourrait finalement pas être présent à la cérémonie à Ottawa. «Si je pouvais, j'irais. Je n'aurais pas performé», explique-t-il au Devoir. La cérémonie d'installation de la nouvelle gouverneure générale comprend huit présentations artistiques, y compris l'hymne national chanté par Sylvie Desgroseillers. C'était pour un de ces numéros que M. Mervil avait été sollicité. «Eux voulaient que je performe aussi. Je leur ai dit "Je peux être là, mais je ne veux pas nécessairement performer."» Finalement, il ne pourra pas y être du tout.

M. Mervil raconte que Michaëlle Jean était tout à fait au courant de la polémique que sa présence aurait pu causer. «J'ai parlé avec mon amie et elle m'a dit: "Je me sens absolument à l'aise." C'est quelqu'un qui a oeuvré dans le domaine des médias, elle sait à quoi s'attendre. Ce n'est pas une folle! Elle sait ce qu'elle fait. Mais elle m'a dit: "Luck, je te veux là parce que tu es mon ami, je te veux là parce que ça me fera plaisir. C'est tout!"»

Selon lui, il ne fait aucun doute qu'Ottawa n'aurait pas aimé le voir là. «La question ne se pose même pas!» Il affirme qu'il aurait été tout à fait à l'aise d'assister à la cérémonie. «Je ne crois pas en Dieu moi, je ne crois pas en l'Église, mais si mon ami se marie à l'église, je vais y aller», explique-t-il.

Française, tu ne seras pas

Michaëlle Jean, sur qui le sort semblait s'acharner, a au moins fait plaisir à la Légion royale canadienne en renonçant à sa citoyenneté française, dimanche. Un ancien article du Code civil français stipule qu'un citoyen français n'a pas le droit d'assumer des charges publiques ou militaires dans un pays étranger. La France avait indiqué qu'elle ne se rappelait pas avoir jamais invoqué cet article, mais qu'importe. Dans le reste du Canada, la chose avait fait du bruit, la ligue monarchiste du Canada et la Légion, entre autres, réclamant d'elle une déclaration sans ambiguïté sur ses allégeances envers la patrie canadienne.

«La préoccupation que cette double citoyenneté a soulevée chez plusieurs vétérans nous avait amenés à nous opposer à cette nomination parce qu'on y percevait une loyauté divisée», explique la Légion dans son communiqué de presse d'hier. La Légion avait même songé à ne pas demander que Mme Jean soit sa protectrice. La gouverneure générale est en théorie le commandant en chef des armées au Canada. L'abandon de sa nationalité française a tout changé. «[Nos] leaders ont décidé de maintenir la loyauté envers la reine du Canada et demanderont à Mme Jean d'occuper son rôle traditionnel.»

De son côté, le Bloc québécois a décidé de boycotter la cérémonie d'installation comme il l'a fait par le passé. Seuls le chef Gilles Duceppe et le whip Michel Guimond feront acte de présence à la cérémonie. Il en va du «respect des institutions» même si M. Duceppe juge celle-là totalement «dépassée». Il ne faut pas voir là un compromis parce que Mme Jean est québécoise, a-t-il assuré. «On envoie deux personnes, le chef et le whip, comme on l'a fait avec madame [Adrienne] Clarkson, indépendamment du fait qu'elle soit Québécoise ou pas. Ça ne se joue pas sur cette question. Ça n'a rien à voir.»

Cette décision a quand même fait bondir le ministre des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew, qui a récemment décidé de faire flèche de tout bois pour attaquer les souverainistes québécois. Il a parlé d'un geste «honteux». «Le Bloc manque de classe complètement», a-t-il dit. M. Pettigrew se défend bien de s'en prendre plus souvent qu'avant à la formation politique. «Ce genre d'attitude que j'ai adoptée à l'endroit du Bloc, c'est la même que j'ai eue depuis le début: des gens qui préfèrent l'opposition éternelle, des gens qui sont ici parce qu'ils veulent ma peau, mais ils ne veulent pas mon job.»

Avec la collaboration d'Alec Castonguay et la Presse canadienne