Québec rejette un ultimatum des enseignants

La présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget a rejeté tard hier soir l’ultimatum de 48 heures que lui avait lancé plus tôt dans la soirée la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ).

«L’heure n’est pas aux ultimatums, mais à la négociation», a déclaré la ministre par voie de communiqué. «L’objectif du gouvernement reste le même: en arriver à une entente globale avec les 90 000 enseignants du primaire et du secondaire», a-t-elle ajouté.
En fin de journée, la FSE-CSQ avait sommé le gouvernement de retourner à la table de négociations d’ici mercredi dans le but d’en arriver à une entente avant le 5 octobre.
«Aucun progrès n’a été fait lors des négociations du mois de septembre. Le gouvernement est resté campé sur ses positions dans l’espoir de nous faire reculer», a affirmé hier en entrevue téléphonique la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement, Johanne Fortier. Suspendus depuis mercredi dernier, les pourparlers avec la partie patronale s’étirent depuis plus d’un an.
La dernière période de négociation a notamment achoppé sur l’épineux dossier des élèves en difficulté, «pierre d’assise de la demande syndicale». Le syndicat des enseignants du primaire et du secondaire dénonce la «rigidité» et «l’intransigeance» de la partie patronale qui a «systématiquement refusé de discuter de ce dossier dans lequel elle s’était pourtant engagée en juin».
«À la table, les négociateurs du gouvernement nous ont dit reconnaître la demande, mais vouloir d’abord faire le tour de toutes les autres clauses avant de l’aborder. C’est clairement une stratégie pour nous faire reculer», a ajouté Mme Fortier. Juste avant les vacances, en juin dernier, le gouvernement avait consenti à dépenser 100 millions de dollars pour embaucher quelque 2000 enseignants et orthopédagogues pour venir en aide aux enfants en difficulté.
Le second point en litige concerne le maintien des postes permanents en éducation des adultes. Les délégués syndicaux accusent le gouvernement de «refuser de reconnaître la nécessité d’assurer le renouvellement des départs à la retraite». Selon la FSE-CSQ, le taux de précarité atteint près de 50 % dans ce secteur.
Du côté patronal, on s’était montré ouvert à reprendre les négociations dans les délais proposés. Joint hier en fin de journée, le porte-parole du Comité patronal de négociation des commissions scolaires francophones (CPNCF), Jean-Pierre Saint-Gelais, s’était limité à dire qu’il avait espoir «car le comité avait de bonnes propositions à mettre sur la table».
À propos de moyens de pression supplémentaires, M. Saint-Gelais déclarait: «C’est avec des arguments qu’on va nous convaincre, pas avec des menaces.»
En cas d’un refus gouvernemental de reprendre les pourparlers, la FSE-CSQ s’était engagée à convoquer de nouveau son conseil fédéral dès le 30 septembre pour rejeter les propositions actuellement sur la table.
Par ailleurs, les enseignants maintiendront leur «opération grand dérangement», ce moyen de pression qui consiste entre autres à boycotter les sorties culturelles et à prolonger de dix minutes les récréations les lundis et vendredis.
Les 125 délégués de la FSE-CSQ ont déposé cet ultimatum au sortir du conseil fédéral, instance suprême de la fédération, qui s’est terminé en fin de journée hier après d’intenses délibérations. Réunis en conclave depuis jeudi dernier, les délégués s’étaient d’abord donné trois jours pour décider de la suite des négociations avec le CPNCF. «Les délégués étaient unanimes sur le constat décevant des tractations, c’est sur la façon de relancer la négociation que les délibérations ont été plus ardues», a précisé Jean Laporte, le porte-parole de la FSE-CSQ, pour expliquer le prolongement du conseil fédéral.
Même si les deux parties reprennent le dialogue et entament un nouveau blitz de négociations, tout ne sera pas réglé pour les syndiqués de l’enseignement. Les pourparlers ne porteront en effet que sur les conditions de travail des enseignants et excluent le volet salarial. À l’instar des autres employés du secteur public, les enseignants du primaire et du secondaire sont sans convention collective depuis près de deux ans.