Le Vatican intensifie sa guerre contre les gais

L'Église catholique s'apprête à intensifier sa guerre contre l'homosexualité en publiant des recommandations pour empêcher les gais d'accéder à la prêtrise. Le document sur l'homosexualité dans les séminaires catholiques, en chantier depuis trois ans, devrait être publié sous peu par la Congrégation pour l'éducation catholique. «La question n'est pas de savoir s'il sera publié, mais bien quand», a indiqué un représentant de l'Église, au fait des nouvelles règles du quotidien The New York Times.

Selon cette source, la directive, qui n'a pas encore été signée par le pape Benoît XVI, devrait être rendue publique d'ici un mois et demi. Elle ne s'appliquerait qu'aux candidats à la prêtrise et non aux prêtres déjà ordonnés. Ce serait une des premières recommandations du nouveau pape, réputé conservateur, qui s'était engagé au printemps à «purifier» l'Église après les scandales de pédophilie qui l'avaient éclaboussée ces dernières années.

C'est d'ailleurs dans la foulée des révélations sur les prêtres pédophiles, notamment aux États-Unis et au Canada, que la Congrégation pour l'éducation catholique, soit le service du Vatican responsable des séminaires où sont formés les prêtres, avait été saisie du dossier.

Parallèlement aux nouvelles règles, le Vatican a aussi entrepris une «chasse aux gais» dans les 229 séminaires américains en y dépêchant des enquêteurs qui rechercheront des «preuves d'homosexualité» et évalueront si on y prépare bien les séminaristes au célibat.

La nouvelle directive du Vatican viendrait renforcer des orientations antérieures condamnant l'homosexualité. Pour l'Église, il s'agit d'un comportement «intrinsèquement mauvais». Dans une lettre aux évêques publiée en 1986, le Vatican soulignait que, même sans passage à l'acte, l'inclination homosexuelle devait être considérée comme «objectivement désordonnée». En 2002, la Congrégation pour le culte divin a de plus émis un avis selon lequel «une personne homosexuelle, ou ayant une tendance homosexuelle, n'est pas apte à recevoir le sacrement de l'ordination».

Réactions québécoises

Si l'Église voit plutôt d'un mauvais oeil l'homosexualité, on assure, au Grand séminaire de Québec (GSQ), qu'il ne s'agit pas d'un critère d'exclusion. «Au-delà de l'orientation sexuelle, est-ce que la personne est en mesure d'avoir une maturité affective qui fait en sorte qu'elle sera capable d'assumer le célibat, que ce soit pour un hétérosexuel ou pour un homosexuel. C'est cela notre préoccupation. On n'a pas chassé personne pour une raison d'homosexualité», explique le supérieur du séminaire, Mario Côté. Du même souffle, il ajoute qu'on applique dans son institution une «politique de tolérance zéro» lorsqu'un doute se profile quant à une tendance pédophile. «Ce n'est pas uniquement réservé à des personnes de tendance homosexuelle», précise-t-il.

Le recteur du GSQ se refuse à tout commentaire sur la politique en préparation au Vatican, faisant valoir qu'il réagira en «temps et lieu». «Pour nous, cela nous amènera sans doute à faire une bonne réflexion», reconnaît-il néanmoins.

Réputé pour son franc-parler, le curé de la paroisse Saint-Joachim-de-la-Plaine, Raymond Gravel, est quant à lui scandalisé. «C'est aberrant et épouvantable», lance l'abbé, qui s'était prononcé contre le célibat forcé des prêtres et en faveur des mariages homosexuels.

«Ils n'en ordonneront pas trop!», s'exclame le religieux, mi-blagueur, en observant qu'environ la moitié de ses collègues — du moins, les plus jeunes — sont d'orientation homosexuelle, une approximation que conteste cependant Mario Côté.

L'abbé Gravel rappelle un sondage réalisé aux États-Unis et publié dans un ouvrage intitulé Le Nouveau Visage de la prêtrise, qui révèle que 60 % des prêtres américains sont d'orientation homosexuelle.

L'homosexualité n'a rien à voir avec la pédophilie, s'insurge M. Gravel. «C'est plutôt lié au célibat forcé, autant chez les hétéros que les homos.» Il juge «discriminatoire» d'exclure des hommes prêts à vivre leur célibat et fait valoir que, même si elle édicte ses propres règles, «elle ne peut enfreindre les chartes des droits».

L'article 20 de la Charte québécoise des droits de la personne stipule cependant qu'une «distinction, exclusion ou préférence [...] justifiée par le caractère charitable, philanthropique, religieux, politique ou éducatif d'une institution sans but lucratif [...] est réputée non discriminatoire».

Quoi qu'il en soit, le porte-parole de Gai-écoute et de la Fondation Émergence, Laurent McCutcheon, ne s'étonne pas trop d'une telle orientation de la part d'une «institution homophobe», y voyant une cohérence avec le discours général de l'Église. Il invite carrément les homosexuels à déserter l'Église catholique. «N'allez pas dans une institution qui vous condamne», plaide-t-il.

Lorsqu'elle atterrira à Montréal, la règle risque de susciter un vif débat. Rappelons que, l'an dernier, Mgr Turcotte avait dû renoncer à l'idée de faire passer un test de VIH aux aspirants prêtres, après qu'on l'eut accusé de vouloir écarter les homosexuels par une voie détournée.

Avec l'Agence France-Presse et The New York Times