SRC: pour une stratégie de cohérence du service public

À 50 ans, Sylvain Lafrance vient d'accepter la job la plus casse-gueule en ville: diriger à la fois la télévision et la radio de Radio-Canada.

Car critiquer la télévision de Radio-Canada est une sorte de sport national. «C'est comme pour le Canadien de Montréal: tout le monde a sa petite idée sur le sujet», lance-t-il. Tout en déplorant que «la critique est très sévère envers la télévision de Radio-Canada», Sylvain Lafrance admet qu'«il faut bâtir une personnalité télévisuelle plus claire. Et plus tu es clair, plus tu as la loyauté de l'auditoire.»

Mais, interrogé sur les modifications qu'il pourrait apporter à la programmation de Radio-Canada pour mieux affirmer cette personnalité, Sylvain Lafrance, très diplomate, répète qu'il n'est pas encore officiellement entré en fonction et que c'est un travail qu'il faudra faire en équipe, y compris avec le directeur des programmes, Mario Clément.

Sylvain Lafrance, le grand patron de la radio française de Radio-Canada, a hérité mercredi d'un poste nouvellement créé par le président de Radio-Canada, Robert Rabinovitch, celui de vice-président principal des services français. Autrement dit, il devient le grand patron de la télévision, de la radio et du web en français, alors que, mardi encore, il existait deux vice-présidents, l'un pour la radio, l'autre pour la télévision, poste occupé par Daniel Gourd, qui prend sa retraite en novembre.

Rencontrant les médias hier, il a d'abord tenté de justifier pourquoi Radio-Canada se dotait de cette nouvelle structure du côté français, et non du côté anglais. «Notre marché est différent, dit-il. Nous sommes responsables pour l'ensemble des francophones au pays. De plus, nous faisons face au Québec à un très grand groupe média, Quebecor. Nous avons pensé que les services français avaient besoin de cette structure pour préparer un vision globale de leur action. C'est une stratégie de cohérence du service public.»

Mais le nouveau patron insiste sur le fait que chaque média gardera son autonomie. Il faudra réviser les structures de fonctionnement internes, puisqu'il ne pourra évidemment pas tout faire. Est-il possible que les directeurs de la programmation à la télé et à la radio obtiennent plus de pouvoirs? Possible, répond-il sans trop s'avancer.

Interrogé sur les informations selon lesquelles il ne partagerait pas la même vision du service public que l'actuel directeur des programmes de la télévision, Mario Clément, Sylvain Lafrance a tout fait hier pour aplanir les différences. «Les gens se font une idée de ma vision à partir de ce que j'ai fait à la radio, dit-il. Mais la télévision, c'est très différent. Nous travaillerons en équipe.»

Est-il possible que la télévision et la radio de Radio-Canada collaborent encore plus? Oui, répond-il, tout en ajoutant que «nous allons collaborer là où c'est intelligent de le faire. Il faut le faire en utilisant la force de chaque média», donnant comme exemple la série sur l'histoire du Canada, qui était d'abord un projet télévisuel, poursuivi ensuite par une tribune téléphonique à la radio.

Sylvain Lafrance, qui est entré à Radio-Canada comme journaliste en 1978, a gravi tous les échelons à la radio pour finalement devenir vice-président de la radio française en 1998.

Aujourd'hui, le caractère public de la Première chaîne radio de Radio-Canada ne fait aucun doute pour personne. Son écoute est en hausse, et la chaîne parvient même à occuper la première place de certains créneaux horaires (c'est le cas avec l'émission matinale C'est bien meilleur le matin à Montréal).

À l'inverse, la télévision de Radio-Canada est souvent accusée de perdre son caractère public et d'être trop commerciale. «Ce n'est pas une différence typique au Québec, réplique Sylvain Lafrance. Dans les grands pays européens, la radio publique est souvent perçue comme étant plus proche de la notion de service public, et les mêmes questions se posent pour la télévision publique. La télévision fonctionne dans un environnement très différent. Elle vit un constant paradoxe: c'est un service public, mais une grande partie de son financement est commerciale, contrairement à la radio publique.»

«La télévision publique est une télévision d'offre, continue-t-il. Il faut d'abord déterminer quelle offre nous voulons construire, et ensuite voir comment optimiser l'auditoire. Alors que la télé privée est une télévision de demande: donner au public ce qu'il demande.»

«Ultimement, nous sommes là pour créer de la démocratie et de la culture, ajoute-t-il. Mais il n'y a pas de télévision publique sans public.» La recherche d'un auditoire ne doit donc pas être abandonnée. Mais, hier, Sylvain Lafrance se gardait bien de définir de façon précise ce que devrait être «la part d'écoute optimale d'une télévision publique». Cela fait partie de son nouveau défi...

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