Place au scooter électrique

Photo: Jacques Nadeau

L'an prochain, lors de la journée «En ville, sans ma voiture!», on risque fort de voir une nouvelle génération de petits véhicules tout électriques circuler en toute légalité dans le périmètre interdit aux voitures depuis quelques années!

En effet, le scooter en version tout électrique, un véhicule véritablement à émissions nulles, est sur le point de faire son entrée au Québec, si le gouvernement Charest modifie avant l'été prochain, comme il vient de l'annoncer au Devoir, le Code de la route afin de créer une catégorie spéciale devant permettre l'immatriculation légale de ce petit véhicule aussi peu énergivore que silencieux.

Stephen Simkovits, président de la société National Motorsports, de Dorval, a confirmé la semaine dernière au Devoir qu'il était prêt à introduire dès le printemps 2006 au moins un modèle des scooters électriques du constructeur américain Evader. Il en avait d'ailleurs mis trois à la disposition des chroniqueurs des revues de moto, la semaine dernière, à l'autodrome de Saint-Eustache, qui se sont surtout intéressés aux derniers-nés à pistons de la production coréenne. Mais, sous l'anonymat d'un casque de moto, Le Devoir a pu s'infiltrer dans cette confrérie de la bielle hurlante...

Le scooter électrique d'Evader, typique de cette production, est doté d'un moteur électrique de faible puissance — 2000 watts — ce qui le classe d'emblée dans la catégorie des cyclomoteurs à combustion, soit de petits véhicules à deux roues dont la vitesse est limitée à 70 km/h et dont la cylindrée ne dépasse pas 50 cc. C'est cette définition réglementaire du cyclomoteur dans le Code de la route québécois qui constitue le dernier obstacle à l'introduction de ces petits véhicules révolutionnaires dans nos villes. Pour une raison très simple: les petites merveilles non polluantes n'ont pas la transmission automatique et les «cc» requis par la loi au Québec, ce qui permettrait de les classer dans la catégorie des cyclomoteurs.

Mais au bureau du ministre des Transports, Michel Després, on affirmait il y a quelques jours qu'on profitera d'un projet de modifications mineures à apporter au code, actuellement à l'étude, pour «modifier la définition des cyclomoteurs de façon à y inclure prochainement les cyclomoteurs électriques». L'attachée de presse du ministre, Josée Delisle, a précisé que «nous sommes en train d'examiner plusieurs modifications ou ajustements de routine au code et que l'inclusion des cyclomoteurs électriques fait partie de ce qu'on examine». Invitée à dire si ces modifications permettront aux petits scooters électriques d'être reconnus quelque part en 2006, elle a précisé «que ce sera dans les prochains mois» que cette modification législative interviendra, ce qui pourrait faire du Québec la première province à autoriser sur ses routes un deux-roues tout électrique.

Les petits véhicules à deux ou à quatre temps présentement reconnus en tant que cyclomoteurs intéressent beaucoup de jeunes et de moins jeunes parce qu'ils sont économiques et peu encombrants. Mais, surtout, on peut les conduire dès l'âge de 14 ans, après avoir simplement démontré dans un examen théorique sa connaissance du code. Ils peuvent aussi être utilisés par quiconque détient un permis de conduire une voiture. Mais au Québec, pour l'instant et jusqu'à ce que le Code de la route soit modifié par l'Assemblée nationale, la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ) n'autorise la conduite des cyclomoteurs électriques qu'aux seuls détenteurs d'un permis de conduire une moto en bonne et due forme, ce qui exige un cours coûteux et des assurances plus élevées.

Le phénomène du scooter électrique déferle depuis plusieurs années sur l'Asie et gagne l'Europe depuis peu. On compte des dizaines de modèles en Asie, dont certains se sont butés aux normes de fabrication de Transports Canada relatives aux freins, aux phares, aux clignotants, etc. La seule exigence du gouvernement fédéral en ce qui a trait à la motorisation d'un cyclomoteur est sa limite de vitesse, fixée à 70 km/h. Le critère est le même au Québec pour les petits cyclomoteurs thermiques, généralement de petits scooters, mais on exige en plus ici que la cylindrée soit limitée à 50 cc, pour éviter que les accros de la vitesse ne puissent en tirer trop de puissance par des modifications ultérieures.

L'obligation d'équiper les cyclomoteurs à combustion d'une transmission automatique est récente au Québec et vise encore à limiter leur vitesse. Mais ces versions sont plus polluantes et plus énergivores que celles à transmission manuelle, disponibles partout en Europe et en Asie.

«On n'a aucun mandat en matière d'environnement. Seulement en matière de sécurité», explique au Devoir René Desaulniers, ingénieur au ministère des Transports du Québec dans la division de l'ingénierie des véhicules. La politique du Québec en matière de réduction des gaz à effet de serre, dit-il, n'influence pas ce ministère lorsqu'il édicte des normes pour établir les classes de véhicules.

L'Evader que Le Devoir a pu essayer la semaine dernière est typique de cette nouvelle génération de scooters tout électriques qui se vendront au même prix, contrairement à la croyance, que les versions à combustion: de 2500 à 3000 $ pour les cyclomoteurs, selon les options retenues. Des modèles capables d'une plus grande autonomie et d'une vitesse supérieure seront éventuellement disponibles. Mais on devra alors détenir un permis de motocycliste pour les conduire.

L'Evader testé à l'autodrome de Saint-Eustache était un modèle précommercial de 1000 watts. Le modèle qui sera mis sur le marché québécois en 2006 aura une puissance de 2000 watts, ce qui lui assurera des reprises plus intéressantes encore. Totalement silencieux, le petit véhicule a une autonomie de 60 à 70 kilomètres, selon son importateur, selon le poids du conducteur et l'usage qu'on fait du bouton qui fournit sur demande un surcroît d'accélération. Les modèles Evader sont équipés de moteurs-roues. Fini les transmissions, les odeurs et fuites d'huile. Deux pièces seulement bougent dans ce véhicule: les deux roues seulement, dont une incorpore le moteur électrique.

Les accélérations sont contrôlées électroniquement pour optimiser l'autonomie et on voit en permanence sur le tableau de bord un bilan de la réserve d'énergie. Les deux batteries exigent entre six et huit heures pour une recharge complète. Beaucoup moins si on a fait 20 ou 25 kilomètres. Le prix d'une recharge complète, soit deux kilowatts, sera d'environ 8,4 ¢ au Québec et le double en Ontario! Le coût de revient au kilomètre atteint... un dixième de cent, soit 10 ¢ aux 100 km! Le moteur électrique devrait durer minimalement 45 000 kilomètres, et son remplacement, selon René Bazinet, de National Motorsports, coûtera environ 300 $. Même prix pour les deux batteries, qui devraient durer aussi longtemps. Quant aux coûts d'entretien, ils sont nuls ou presque, et aucune mise au point annuelle n'est nécessaire.

S'il y a un problème avec cette petite merveille, c'est sa limite de vitesse, que le fabricant a fixée à 50 km/h, soit deux kilomètres de moins que ce qu'on autorise au Québec pour les vélos électriques! C'est un peu lent pour simplement suivre la circulation dans une grande ville, ce que font facilement les concurrents équipés d'un moteur à combustion à deux ou à quatre temps, qui peuvent atteindre 70 km/h. Un petit deux-roues qui ne va pas assez vite est généralement doublé de près par les voitures qui empiètent souvent sur sa voie, ce qui fait augmenter les risques de collision ou de chute. Sylvain Castonguay, du Centre expérimental des véhicules électriques du Québec (CEVEQ), explique que les fabricants ont tendance à limiter la vitesse des tout-électriques pour ne pas réduire leur autonomie par une trop forte consommation.

Le Québec est une des trois seules provinces canadiennes, avec la Colombie-Britannique et l'Île-du-Prince-Édouard, à avoir légalisé la conduite d'un vélo électrique sur les pistes cyclables et dans les rues des villes, sans imposer le permis exigé pour les conducteurs de cyclomoteur.