Les plus de 50 ans éliront le chef péquiste

Le prochain chef du Parti québécois sera choisi par des gens à la retraite et d'autres personnes qui s'en approchent. Selon les chiffres obtenus par Le Devoir de sources diverses au sein du PQ, le membership actuel compte 59 % de gens âgés de plus de 50 ans. En dépit du remue-méninges de la saison des idées, qui, en plus de permettre le renouvellement des structures, du programme et de l'option, devait rajeunir le visage du PQ, la moyenne d'âge des péquistes se situe à 54 ans.

Comme l'indiquait la présidente Monique Richard la semaine dernière, 83 084 personnes ont leur carte de membre du PQ, selon les données enregistrées au 12 septembre. À la permanence du PQ, on refusait toutefois hier de révéler le détail pour chaque groupe d'âge des membres. Le parti ne fait pas ce travail de catégorisation, a-t-on soutenu, et, de toute façon, il s'agit de données de nature privée.

Il semble toutefois que la course à la direction du PQ n'a pas permis jusqu'à maintenant d'assurer l'adhésion de beaucoup de jeunes. Les 18-30 ans ne représentent que 15 % des péquistes. Jusqu'au 14 octobre, chacun des neuf aspirants chefs pourra vendre des cartes donnant le droit de vote lors du scrutin téléphonique des 13, 14 et 15 novembre.

Dans la catégorie des 31-40 ans, on compte 9 % de membres alors qu'on en retrouve le double chez les 41-50 ans. Mais la grande majorité des membres du Parti québécois ont plus de 51 ans; 4 % d'entre eux font partie de la catégorie des 80 ans et plus. Les hommes sont plus nombreux à être membres du PQ que les femmes, et ce, dans des proportions respectives de 54,5 et 45,5 %.

En regard de ces chiffres, certaines organisations derrière les candidats à la direction s'interrogent sur la valeur réelle des sondages menés jusqu'à maintenant. Personne ne remet en question la méthodologie ou même le sérieux du travail réalisé par CROP et Léger Marketing. Il s'agit plutôt d'un constat: ce sont les membres du PQ qui ont le droit de vote, mais ce sont les Québécois dans leur ensemble dont on rapporte le point de vue.

Concrètement, sur un échantillonnage de 1000 personnes, environ la moitié s'identifient comme sympathisants péquistes. Compte tenu du fait que le PQ compte 83 000 membres (sur la possibilité de deux millions d'électeurs péquistes), seulement 25 personnes parmi les 500 répondants péquistes sont effectivement membres du PQ. Aussi, parmi ces 25 personnes, il se trouve des personnes de toutes les catégories d'âges. Voilà le hic: en effet, le membership péquiste compte majoritairement des personnes de plus de 50 ans. «Ça ne reflète donc pas la réalité sur le terrain, bien que les sondages tendent à démontrer une certaine mouvance», a expliqué un organisateur qui désire conserver l'anonymat.

Le candidat André Boisclair, perçu comme le favori dans cette course malgré son aveu d'avoir consommé de la cocaïne alors qu'il avait des responsabilités ministérielles, se présente comme celui qui donnera un nouveau souffle au Parti québécois. Parce qu'il se dit jeune à 39 ans, il estime pouvoir amener les jeunes souverainistes à militer dans les rangs péquistes. Dimanche dernier à Montréal, lors d'un rassemblement de ses supporters, André Boisclair a même souligné qu'il souhaitait faire un clin d'oeil à René Lévesque en lui montrant que la jeunesse s'apprête à prendre la relève et qu'elle fera mieux que le père fondateur du parti.

Parmi les députés péquistes qui appuient M. Boisclair, on ne compte toutefois qu'un seul jeune, soit Nicolas Girard. La plus jeune parmi la députation péquiste, Elsie Lefebvre, a accordé son soutien à Richard Legendre, comme Alexandre Bourdeau. Le député Jonathan Valois appuie quant à lui Pauline Marois. Stéphan Tremblay n'a pas encore fait connaître son camp.

MM. Tremblay, Valois et Bourdeau avaient fait une tournée du Québec l'année dernière pour rencontrer des jeunes. Leur rapport, connu comme celui des mousquetaires, signalait le scepticisme des jeunes face à l'option souverainiste. «Le militantisme au sein de notre parti n'est pas la suite logique» de l'implication sociale des jeunes qui ont l'impression que leurs idées ne sont pas prises en compte, écrivaient alors les trois jeunes députés. «Il y a quelque chose qui repousse les jeunes à adhérer et à participer au sein des instances des grands partis et des grandes structures», ajoutaient-ils.

Ils mentionnaient par ailleurs que ce sont surtout les militants de longue date, avec leur discours émaillé d'expressions telles «dans notre temps», qui avaient répondu à l'appel de cette tournée. Si des changements ne sont pas opérés, «la souveraineté sera alors une vieille idée et le mouvement souverainiste un vieux mouvement. [...] Nous ne pouvons plus nous permettre des débats strictement idéologiques seulement entre nous sur une méthode et une mécanique référendaires abstraites», notaient les trois mousquetaires.