Mairie de Québec: Andrée Boucher ira seule au front

Andrée Boucher a confirmé hier qu’elle briguera la mairie de Québec à titre de candidate indépendante lors du scrutin du 6 novembre prochain. L’ex-mairesse de Sainte-Foy, qui avait milité bec et ongles contre les fusions municipales, affirme que l’absence de leader d’envergure parmi les candidats engagés dans la course à la mairie l’a incitée à se lancer dans la mêlée.

Quatre ans après sa défaite lors des élections de 2001, Andrée Boucher réapparaît dans le paysage municipal de la capitale. À 68 ans, elle est devenue hier la cinquième candidate à se lancer dans la course à la mairie de Québec. Mais contrairement à ses adversaires, qui présenteront une équipe de candidats, elle ira seule au front car il n'était pas question pour elle de créer un parti et encore moins de reprendre les rênes de l'Action civique de Québec, la formation qu'elle avait dirigée lors du scrutin de 2001. «Quand on donne quelque chose, on ne le reprend pas», explique-t-elle en référence à son retrait de la vie politique à la suite de sa défaite aux mains de Jean-Paul L'Allier.

Si l'ex-mairesse de Sainte-Foy devenue animatrice de radio a mis tant de temps à officialiser sa candidature — qui n'était plus un secret —, c'est qu'elle espérait voir un candidat solide prendre la tête de l'Action civique, dit-elle. «J'ai espéré qu'il y ait un véritable leader qui émergerait dans les rangs de l'opposition [dirigée par l'Action civique]. J'ai attendu, j'ai attendu, j'ai attendu, mais, il faut l'admettre, le parti d'opposition n'a été qu'à la recherche d'un chef. Ils viennent de le trouver, mais ça ne fera pas des enfants forts», ajoute-t-elle, visant par ses propos Michel-P. Bouchard, qui vient d'être choisi à la chefferie de l'Action civique.

En conférence de presse hier, elle a dénoncé «l'apathie généralisée» qui a marqué le premier mandat de l'administration de la nouvelle ville de Québec, de même que l'absence de débats et le désintérêt manifesté par les citoyens à l'endroit de la politique municipale. Ceux-ci, dit-elle, n'ont pas manqué d'être rebutés par les «séances du conseil tenues à des heures indues, dans une salle trop petite et avec des ordres du jour à faire damner un saint».

«Budgets astronomiques, plan d'urbanisme, conventions collectives, tout est passé comme du beurre dans la poêle et dans l'indifférence générale», commente-t-elle avant d'ajouter que les fusions municipales n'avaient pas donné les fruits escomptés et que le maire Jean-Paul L'Allier avait été incapable de réaliser les baisses de taxes promises et de geler les dépenses de la Ville. Sans vouloir dévoiler le contenu de sa plate-forme électorale, Andrée Boucher laisse entendre qu'elle s'attaquera aux finances de l'appareil municipal et qu'elle proposera des «recettes simples». Elle qui avait mis toute son énergie à combattre les fusions municipales dit maintenant qu'il faut s'accommoder de la situation. «Aujourd'hui, la Ville de Québec est ma ville, lance-t-elle. Le vin est tiré, il faut le boire, et moi, je ne veux pas boire de la piquette.»

Serge Belley, professeur à l'École nationale d'administration publique (ENAP), estime que l'arrivée d'Andrée Boucher pourrait servir la cause du candidat du Renouveau municipal de Québec, Claude Larose (qui a succédé à Jean-Paul L'Allier), au détriment du chef de Vision Québec, Marc Bellemare, et du chef de l'Action civique, Michel-P. Bouchard.

Mais pour espérer l'emporter le 6 novembre, Andrée Boucher devra recueillir des appuis ailleurs quand dans l'ex-Sainte-Foy, prévient M. Belley. «Sur la base des élections de 2001, on pourrait conclure que ses chances ne sont pas très grandes qu'elle l'emporte à la mairie, mais on n'est plus dans la même dynamique qu'en 2001 car M. L'Allier ne se représente pas», croit-il.

Le fait qu'elle se présente comme candidate indépendante pourrait aussi semer le doute chez certains électeurs, ajoute-t-il. «Les gens ne pourront pas s'empêcher de se demander: "Si je vote pour elle et qu'elle est élue, comment va-t-elle faire pour diriger un conseil municipal dont les conseillers appartiendront à d'autres partis politiques?"» Andrée Boucher affirme toutefois que bien des candidats aux postes de conseiller lui ont confié que si elle était élue, ils l'appuieraient.