Montréal compte créer huit nouveaux écocentres

La Ville de Montréal projette d'implanter huit nouveaux écocentres sur son territoire au cours des prochaines années afin d'atteindre les objectifs de récupération et de recyclage de déchets fixés par Québec. La métropole compte actuellement six écocentres où transitent des déchets voués à une seconde vie, du fauteuil défraîchi au restant d'huile usée en passant par le lavabo fêlé. Mais concentrés dans les arrondissements de l'ex-Ville de Montréal, ils ne suffiront bientôt plus à la demande et, surtout, il deviendra indispensable d'en créer d'autres pour répondre aux exigences gouvernementales en matière de valorisation des déchets.

Pour se conformer à la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles, les municipalités québécoises devront, d'ici à 2008, avoir atteint un taux de récupération de leur déchets de 60 %. Même si la Ville de Montréal a enregistré de légers progrès au cours des dernières années, alors que le taux est passé de 17,3 % en 2002 à 20 % l'an dernier, elle est encore loin de la cible.

L'un des moyens envisagés par la Ville pour améliorer sa performance consisterait à faire grimper à 14 le nombre d'écocentres sur son territoire.

Pour réaliser un tel projet, la Ville devra s'entendre avec Québec afin d'avoir accès à de nouvelles sources de financement, prévient Alan DeSousa, responsable du développement durable au comité exécutif de la Ville de Montréal. «On ne veut pas augmenter le fardeau fiscal des contribuables, et on estime que le gouvernement dispose de moyens pour nous offrir ce cadre financier afin de réaliser les objectifs qu'il a lui-même établis», explique-t-il.

D'autres obstacles pourraient rendre la réalisation de nouveaux écocentres plus ardue, car si le Plan directeur de gestion des déchets relève de la ville centrale, — et, à terme, du futur conseil d'agglomération, — la gestion des déchets demeure la compétence des arrondissements. Ceux-ci devront donc mettre la main à la pâte dans une telle entreprise, et les défusions, l'an prochain, ne simplifieront pas la tâche de la Ville. Implanter un écocentre coûte entre 500 000 et un million de dollars, précise-t-on à la Ville.

L'écocentre le plus susceptible de voir le jour à court terme sera situé dans l'arrondissement de LaSalle. Bien qu'accessible aux citoyens, il aura une vocation industrielle. «On sait très bien que les PME et les petites industries constituent vraiment un filon de matières recyclables important. Pour eux, la problématique, c'est de se trouver des débouchés. Ils veulent bien faire les efforts, mais si c'est trop compliqué, ils se découragent», explique Alain Leduc, conseiller en environnement à la Ville de Montréal.

Jean-Pierre Panet, ingénieur au service de l'environnement, a une idée bien précise du concept qu'il voudrait proposer pour le projet à LaSalle. Il s'agirait d'un bâtiment vert qui, espère-t-il, aurait la certification LEED (Leadership in Energy and Environmental Design) et qui serait doté d'une éolienne de 50 kilowatts, d'un éclairage peu énergivore, de toilettes à compost et d'un système permettant de récupérer l'eau de drainage afin qu'elle ne soit pas acheminée dans le réseau d'égouts.

Les six écocentres montréalais ont traité l'an dernier près de 57 000 tonnes de déchets et ils arrivent à trouver des débouchés pour 67 % des matières qu'ils reçoivent, mais le territoire de l'île est encore mal desservi, puisque ces écocentres sont situés uniquement dans l'ex-Ville de Montréal. Ouverts douze mois sur douze, ces écocentres tentent, dans la mesure du possible, de donner une nouvelle vie aux matériaux et aux objets les plus divers qui leur sont laissés, qu'il s'agisse du métal, du bois, du béton, de retailles de tapis ou de matelas qui sont récupérés par différentes entreprises. Les résidus domestiques dangereux forment une classe à part et suivent, selon leur nature, un cheminement qui leur permettra d'être traités de manière sécuritaire. Parmi les objets qui peuvent être réutilisés, comme les meubles, les électroménagers et les ordinateurs, certains vont garnir le petit marché aux puces accessible au public à la recherche d'objets à prix d'aubaine.

Les écocentres sont peut-être méconnus, mais ils enregistrent un achalandage accru d'année en année. Et pour mieux répondre à la demande, la Ville devra bientôt envisager d'étendre les heures d'ouverture de ses écocentres. «Les écocentres sont victimes de leur succès, fait remarquer M. Panet. Parfois, il y a tellement de monde que les gens doivent attendre 30 minutes. C'est inacceptable.»

Dans plusieurs écocentres, il a même fallu remédier aux problèmes liés aux clients un peu trop assidus. «On s'est rendu compte qu'il y avait beaucoup de petits entrepreneurs qui arrivaient avec des camionnettes un peu rouillées et qui disaient, par exemple, habiter rue Marie-Anne. Mais ils venaient dix fois durant la semaine, et ce, toute l'année. On a trouvé un moyen de les tarifer», explique M. Panet. Il faut savoir qu'à l'origine, les écocentres étaient destinés uniquement aux particuliers qui y avaient accès gratuitement, mais les gestionnaires de quatre écocentres ont dû déroger à ce principe pour permettre aux petits entrepreneurs de continuer à fréquenter ces sites, moyennant des frais selon les volumes de déchets apportés.

À l'écocentre de la Petite-Patrie, rue des Carrières, la sécurité a dû être resserrée, car il semble que les déchets n'ont pas la même valeur pour tous et peuvent susciter l'envie. Après une série de vols commis l'an dernier, sept caméras de surveillance ont dû être installées autour du centre.

«Même si ce qu'on ramasse dans les écocentres est phénoménal, ce n'est que la partie visible de l'iceberg», commente M. Panet, qui a piloté le projet d'implantation de l'écocentre de la Petite-Patrie en 1997. Pour chaque tonne de déchets qui échouent à l'écocentre pour être recyclés, il y en a dix fois plus qui prennent le chemin des sites d'enfouissement même si bien des objets laissés en bordure de rue par les citoyens lors des collectes hebdomadaires pourraient être réutilisés.

Montréal devra revoir l'ensemble des services liés au recyclage et à la récupération si elle veut respecter les objectifs fixés par le gouvernement du Québec. Outre le compostage à grande échelle des résidus de table, qui constitue le gros morceau de son futur plan directeur de gestion des déchets, la Ville devra offrir le service de collecte sélective aux immeubles de neuf logements et plus, les laissés-pour-compte jusqu'à maintenant. Même le concept du bac vert devra être revu. «Le bac vert est dépassé, soutient Alain Leduc. Il était parfait dans les années 90 quand on a commencé la collecte, mais aujourd'hui, on demande aux gens de recycler de plus en plus, et le bac est devenu trop petit.» L'une des solutions consisterait à les remplacer par des bacs plus volumineux sur roulettes, mais elle ne pourrait être appliquée dans les quartiers centraux densément peuplés.

Augmenter le niveau de services est une bonne chose, souligne Jean-Pierre Panet, mais moins consommer, c'est mieux. «Recycler, ça donne bonne conscience, mais au niveau de la consommation, il va falloir que ça change», dit-il. Mais ça, c'est une autre histoire.