Landry démissionne pour de bon

Bernard Landry pourra regarder couler son bout de fleuve à Verchères aussi souvent qu'il le voudra dans les prochains mois. L'ancien chef du Parti québécois (PQ) a en effet mis un terme aux rumeurs insistantes qui évoquaient son envie de faire le saut dans la course à sa propre succession en diffusant hier un bref communiqué dans lequel il confirme qu'il maintient sa décision prise au dernier congrès du PQ. À défaut de redevenir chef du parti, il entend ainsi demeurer un simple «militant dévoué», une décision saluée par plusieurs souverainistes.

Depuis sa démission-surprise du 4 juin, à la suite d'un vote de confiance où il avait récolté 76 % d'appuis de la part des délégués, Bernard Landry n'avait jamais personnellement démenti la possibilité d'un retour: aux médias, il indiquait qu'il réfléchissait et qu'il était à l'écoute de ceux qui lui demandaient de reconsidérer sa décision. M. Landry avait fixé à vendredi la date-butoir pour annoncer ses intentions, ceci malgré les pressions exercées par des péquistes pour qu'il donne une réponse rapide — et que son ombre soit levée sur la campagne en cours.

«Plusieurs militantes et militants m'ont demandé de réévaluer [mon] choix et m'ont sollicité de diverses manières pour me présenter à la direction du parti, écrit M. Landry dans sa lettre, reproduite en page A 7 de ce journal. C'est au nom du respect de ces personnes que j'ai analysé soigneusement la situation et accepté de réfléchir à la possibilité de répondre à ces appels.» Le constat final est que, «dans l'intérêt supérieur du Québec et du Parti québécois», il vaut mieux respecter l'annonce faite en juin.

«J'ai été extrêmement touché par les témoignages d'estime et de sympathie qui m'ont été adressés, poursuit M. Landry, qui n'a pas parlé autrement aux médias hier. Je tâcherai de ne pas les décevoir dans mes actions futures en faveur de l'indépendance du Québec.» Il conclut en soulignant qu'il sera un militant actif qui cherchera «de toutes [ses] forces à contribuer à l'atteinte de l'idéal» de la souveraineté. M. Landry devrait aussi retourner enseigner à l'Université du Québec à Montréal, où il est en congé sans traitement depuis plusieurs années.

Manque d'appuis

Les rumeurs les plus contradictoires ont entouré ces dernières semaines l'état de la réflexion de M. Landry. Il y a 10 jours, plusieurs de ses proches avaient confié au Devoir qu'il n'allait pas revenir et que la décision était scellée. Mais le politicien affirmait lui-même quelques jours plus tard qu'il était encore en réflexion et que rien n'était décidé.

«Je suis extrêmement déçue et surprise, a commenté hier la militante péquiste et candidate bloquiste dans Ahuntsic, Maria Mourani, qui appuyait son retour. Nous pensions vraiment qu'il allait revenir. On avait monté une organisation pour lui. Mais j'ai l'impression qu'il s'attendait à voir un appui massif des députés, et ça n'a pas fonctionné.» Yves Michaud, vieil ami de Bernard Landry, tirait les mêmes conclusions. «C'est très décevant, mais je le subodorais depuis longtemps», dit-il. Selon M. Michaud, c'est «l'apathie, le silence, le désintéressement de tous ses collègues à l'Assemblée nationale» qui expliquent en grande partie la décision d'un homme qui «aime toujours la politique».

Aucun des membres de la députation péquiste ne s'est manifesté en faveur du retour de l'ancien chef. Plusieurs ont au contraire signifié à M. Landry qu'il ne devait pas revenir. Et si des militants avaient mis sur pied un site Internet pro-Landry, d'autres avaient créé un pendant à l'opposé cette semaine, en même temps que les jeunes péquistes lui enjoignaient de rester en dehors de la course. «Ça n'a jamais levé», résumait hier un proche en parlant du «mouvement» en faveur de son retour.

Trop tard

La décision attendue de Bernard Landry n'a donc pas causé de grande surprise hier dans les rangs souverainistes. «J'aurais espéré qu'il change d'avis le soir même, quand il a décidé de partir, a commenté Gilles Duceppe, chef du Bloc québécois. Mais là, les semaines ont passé et une course s'est mise en marche. Je comprends sa décision. [...] Ce qui est important maintenant, c'est le rôle qu'il va jouer dans le mouvement souverainiste. Il a un rôle pédagogique à jouer, estime-t-il. Il sera au-dessus de la mêlée, sans toucher directement à l'administration publique. Ça lui donnera encore la chance de jouer un rôle dans la société, avec un regard extérieur.»

Candidat à la chefferie et favori dans les sondages, André Boisclair s'est de son côté dit «content de voir que M. Landry demeurera un militant passionné de la souveraineté. Tous les souverainistes auront besoin de son énergie et de ses compétences». Il a refusé de préciser quel rôle il souhaiterait que Bernard Landry tienne au sein du PQ, advenant qu'il remporte la course. «Je ne commencerai pas à jouer au chef de l'opposition et à faire des nominations en pleine course à la direction.»

S'il est élu chef, Richard Legendre promet pour sa part de réserver une place de choix à Bernard Landry au sein d'une «équipe du OUI» qui préparerait la souveraineté. «Monsieur Landry serait un excellent premier co-équipier pour moi, le 16 novembre. Bien entendu, s'il veut le faire avant, il est plus que le bienvenu», a déclaré M. Legendre, qui prévoit solliciter prochainement l'appui de celui qu'il qualifie de «père politique». Estimant avoir été fréquemment sur la même «longueur d'onde» que M. Landry, il croit que des militants en attente de sa décision pourraient maintenant se retourner vers lui pour présider aux destinées du parti.

Longtemps rivale de l'ancien premier ministre, Pauline Marois a fait état hier d'une décision déchirante pour M. Landry, lui qui est profondément «attaché à une cause qui habite nos vies». En lui rendant hommage, elle a indiqué respecter «évidemment la décision prise aujourd'hui par Bernard. [...] Je souhaite que celui-ci continue, au cours des prochaines années, à mettre son intelligence, sa compétence, sa force de conviction et ses talents de pédagogue au service du Québec.» Selon Louis Bernard, autre candidat à la direction, la décision de Bernard Landry «reflète la nature de l'homme qui a toujours été au service de la nation québécoise».

Paquette se lance

Par ailleurs, Le Devoir a appris qu'un ancien ministre du gouvernement Lévesque, Gilbert Paquette, devrait annoncer demain qu'il se présente aux côtés des 12 candidats déclarés dans la course à la succession de Bernard Landry. M. Paquette avait fait part de ses intentions en juillet, mais il attendait la décision de M. Landry avant de se lancer. Élu dans Rosemont en 1976 et en 1981, il a été ministre de la Science et de la Technologie entre 1983 et 1984, avant de démissionner du PQ.

Autrement, les membres du club politique SPQ Libre ont entériné lundi la candidature de Pierre Dubuc en tant que candidat officiel du club dans la course à la chefferie.

Avec la collaboration de Clairandrée Cauchy et d'Alec Castonguay