Le conflit à la SRC s'annonce long et difficile

Présenté par les syndiqués comme le plus grand arrêt de travail de l'histoire de Radio-Canada/CBC, le lock-out décrété dimanche soir par l'entreprise pourrait aussi se reproduire au Québec l'année prochaine.

«Notre contrat se termine en 2006, et si la Guilde canadienne des médias ne résiste pas aux actuelles demandes de Radio-Canada, ces mêmes demandes nous seront imposées l'année prochaine, avec ce que ça implique de grève possible et de lock-out», déclare Robert Fontaine, président du Syndicat des communications qui regroupe les syndiqués du Québec.

Le conflit actuel touche les 5500 employés radio-canadiens de la Guilde canadienne des médias du Canada, ce qui exclut les employés du Québec et des Maritimes, qui sont environ 1400 regroupés au sein du Syndicat des communications de Radio-Canada.

L'impact du conflit sur la programmation est majeur à l'extérieur du Québec, mais il est visible aussi au Québec. Les correspondants parlementaires à Ottawa sont silencieux depuis hier ainsi que les correspondants nationaux. Les émissions régionales comme L'Ouest en direct ou L'Ontario en direct sont annulées à RDI. Certains correspondants étrangers membres de la Guilde, comme Patrick Brown ou Don Murray, sont tenus au silence.

Dans l'ensemble du Canada la plupart des émissions régionales sont bouleversées. Par exemple, les émissions d'information locales le matin à la radio (l'équivalent de C'est bien meilleur le matin dans tous les autres marchés) sont remplacées par une émission nationale enregistrée à Toronto. Sur Newsworld, on se rabat sur le contenu de BBC World.

Et s'il se passe une événement majeur à Ottawa, par exemple une conférence de presse importante d'un ministre fédéral ou de Paul Martin, habituellement diffusée à RDI et Newsworld? «Nous avons des plans d'urgence» répond sobrement Jason MacDonald, porte-parole de Radio-Canada/CBC.

Mais Radio-Canada promet de diffuser les matchs de la Ligue canadienne de football ainsi que les matchs de la Ligue nationale de hockey dans le marché anglophone, si le lock-out devrait perdurer jusqu'en octobre (la télé française ne diffuse plus au Québec les matchs de la LNH, comme on le sait).

Ce conflit de travail est le cinquième en six ans, et le troisième lock-out, performance difficile pour l'actuel président de Radio-Canada Robert Rabinovitch. Au Québec, on se souvient que le Syndicat des communications avait connu un dur lock-out au printemps 2002.

Après 15 mois de négociations infructueuses les deux parties ont constaté leur désaccord la semaine dernière. Plus de 87 % des syndiqués avaient accordé cet été un mandat de grève à leur comité de négociation. Jeudi dernier la direction de Radio-Canada avait déposé une offre globale prévoyant notamment une augmentation salariale de 2 % par année jusqu'en 2007, offre rejetée par le syndicat. Devant la menace de grève Radio-Canada a décrété le lock-out dimanche soir à minuit.

Le conflit tourne surtout autour de la place des permanents et des contractuels, un domaine pour lequel la direction exige d'obtenir plus de souplesse. Selon Jason MacDonald, 72 % des membres de ce syndicat sont permanents, et Radio-Canada veut avoir le choix d'embaucher un permanent ou un contractuel pour un poste. Les employés actuels qui sont permanents conserveraient leur permanence, mais, à l'avenir, on veut obtenir plus de souplesse pour pourvoir un poste, alors qu'à l'inverse le syndicat veut rendre permanents des postes temporaires.

«Nous avons un syndicat qui refuse de reconnaître que le monde de la radiodiffusion a changé et que nous avons besoin de plus de souplesse» ajoute Jason MacDonald.

De son côté la Guilde en a appelé hier au conseil d'administration de Radio-Canada ainsi qu'au cabinet fédéral pour qu'ils «mettent un terme à cette agression de la part de la haute direction» de Radio-Canada, selon la présidente du syndicat, Lise Lareau.

Bref, tout semble en place pour un conflit long et difficile. Et le vice-président de la sous-section CBC/Radio-Canada de la Guilde, Pierre Claveau, s'inquiète des répercussions du conflit pour les francophones de l'extérieur du Québec. «Ces gens-là sont pris en otages: ils n'ont pas beaucoup d'autres moyens de s'informer» déclare-t-il.