Landry renonce à Verchères

Si jamais Bernard Landry décide de revenir à la vie politique — un dossier qui sera réglé d'ici vendredi —, il devra le faire ailleurs que dans Verchères. Car l'ancien chef du Parti québécois (PQ) ne s'est pas manifesté hier, alors que se terminait la période de mises en candidature en prévision de l'investiture péquiste du 29 août dans la circonscription que représentait M. Landry jusqu'à sa «retraite».

À 18h30, hier, l'exécutif du parti n'avait pas eu de nouvelles de Bernard Landry, ce qui confirme que celui-ci a renoncé à reprendre son siège de député de Verchères, qu'il occupait depuis 1994. Pour être candidat à sa propre succession dans sa circonscription, M. Landry aurait dû demander un bulletin de candidature, le faire signer par 25 membres et le rapporter avant la fermeture des mises en candidature. Rien de cela n'a été fait. Ainsi, c'est entre Guy Lebel, Jean Bellemare et le député bloquiste de Verchères, Stéphane Bergeron, que se fera la course à l'investiture. La date de l'élection partielle sera annoncée d'ici au 6 décembre par le premier ministre Charest.

En disant non à Verchères, Bernard Landry a-t-il dit non à un retour? Après les rumeurs les plus diverses entourant la période de réflexion de l'ancien premier ministre, personne ne semblait prêt, hier, à faire cette équation. «Je ne ferais pas de parallèle entre son refus de la députation et la prise de sa décision, indique son vieil ami Yves Michaud, à qui M. Landry parle régulièrement. S'il redevient chef du PQ, il n'est pas obligé d'aller poireauter à l'Assemblée nationale. En restant en dehors, il aurait un an et demi pour battre le rappel des troupes, un peu comme Jacques Parizeau l'avait fait [entre 1988 et 1989]. Je pense même qu'il s'agirait d'une bonne stratégie, et qu'il en avait fait une condition pour se représenter.» M. Michaud évalue toujours à 50-50 les chances de voir Bernard Landry effectuer un retour. «C'est pile ou face.»

Le signe qu'«il ne compte pas revenir»

À l'inverse, le politologue Jean-Herman Guay croit qu'il s'agit là «d'un indicateur de plus disant qu'il ne compte pas revenir. M. Landry est enraciné dans Verchères. S'il revient dans un autre comté, il y a toujours la chance de se faire battre [M. Landry a déjà perdu des élections dans Joliette et Laval-des-Rapides dans les années passées] ou de se faire accuser d'être parachuté si on lui donne un comté sûr.»

Au comité de campagne de Pauline Marois, on estime sobrement que «c'est un non-événement qui ne veut pas dire qu'il ne posera pas sa candidature plus tard. Alors on attend».

Ainsi, il semble que Bernard Landry — qui n'a pu être joint hier — poursuive toujours sa réflexion. Selon certaines personnes, le chef démissionnaire aurait entamé une tournée de consultation des députés péquistes, pour voir qui serait prêt à l'appuyer. Personne de la députation ne s'est à ce jour affiché publiquement en faveur du retour de M. Landry. Au contraire, certains se sont prononcés contre, alors que plusieurs ont déjà choisi leur camp entre Richard Legendre, Pauline Marois, Louis Bernard et André Boisclair.

En contrepoids des partisans d'un retour de Bernard Landry qui ont mis sur pied un site Internet d'appui il y a quelques semaines, (www.retourbernardlandry.org), des militants se présentant comme «souverainistes-péquistes», ont créé ces derniers jours un site contre ce retour (www.paslandry.bobos.ca). L'interface est identique, mais l'intention fort différente. Quelque 180 personnes avaient signé hier soir la pétition contre le retour de M. Landry. Plus de 5000 ont fait l'inverse sur le site d'appui.

Les architectes du site des contre ont refusé hier de révéler leur identité — ce qui ne permet donc pas de juger du sérieux de la démarche virtuelle. Mais dans un échange de courriels avec Le Devoir, ces responsables ont affirmé «que le retour de Bernard Landry nuirait à la crédibilité du parti», et, au bout du compte «à l'option».

«Nous avons l'impression qu'il va revenir», écrivent-ils en se basant sur les commentaires «de personnes très proches de l'ancien chef». Et s'ils affirment avoir appuyé Bernard Landry lors du vote de confiance du congrès de juin, les auteurs estiment maintenant «qu'il doit respecter sa décision, parce que celle-ci a libéré de nouvelles énergies. Elle a changé la donne [...]. Nous avons marché avec le chef, nous avons été solidaires: l'heure du bilan a sonné.»

Toujours dans la colonne des contre, il y a 25 représentants du Comité national des jeunes du PQ qui ont exprimé hier, dans une lettre ouverte destinée à M. Landry, leur opposition à son retour. «Il est impératif que cette course puisse servir à moderniser les bases mêmes du mouvement qui sera incarné par un nouveau leadership», écrit dans cette lettre Claude Villeneuve, président du comité. Celui-ci avait déjà annoncé ses couleurs la semaine dernière, mais il l'a fait hier au nom de plusieurs signataires. Les jeunes péquistes invitent plutôt M. Landry à aider le parti en tant «qu'homme de convictions et de pédagogue».

Marois candidate

Pendant ce temps, la course au leadership du PQ se poursuit entre la douzaine de candidats déclarés. Mercredi, Pauline Marois déposera officiellement sa candidature, alors qu'elle présentera dans la journée les 1000 signatures nécessaires. Selon le directeur des communications de sa campagne, Daniel Bussières, le document est prêt depuis une semaine.

Mme Marois deviendra la quatrième candidate officielle, après André Boisclair, Louis Bernard et Richard Legendre. M. Bussières indique que Pauline Marois a réussi à faire adhérer au parti plusieurs nouveaux membres, mais il n'a pas donné d'indications précises. Le camp Boisclair affirme de son côté que son candidat a attiré 5000 nouveaux membres depuis le début de sa campagne. Le nouveau chef du PQ sera choisi le 15 novembre.
1 commentaire
  • Marie-France Legault - Inscrit 15 août 2005 14 h 09

    Un impulsif!

    M. Landry a été pris à son propre jeu. Son impulsivité lui joue des tours. Lors du vote de confiance à 76 %, il a réagi trop vite sous le coup de l'émotion. Je crois que son égo a été plus fort que tout. Il aurait pu attendre et remettre à plus tard sa décision à tête reposée... Maintenant, le mal est fait... Impossible de retourner en arrière. Les jeux sont faits: 12 candidats sont sur les rangs. Et même si je n'aime pas particulièrement M.Landry et que je ne partage pas son option, il m'est apparu le SEUL ayant les qualités requises pour éclipser les 12 prétendants. Mais souvent un «mal» se révèle un «bien» par la suite. Et les candidats seront forcés d'avoir un programme bien défini, des réponses aux nombreuses questions que ne manqueront pas de leur poser les citoyens.