Le pape Benoît XVI, alias le cardinal Joseph Ratzinger - Qui est donc celui qui condamne Harry Potter?

Alors que le Vatican s'apprête à mettre à l'index Da Vinci Code et que l'oeuvre de J. K. Rowling (Harry Potter) a été vertement critiquée et condamnée par Benoît XVI (alias le cardinal Joseph Ratzinger) en 2003, on peut à juste titre s'interroger sur ce nouveau pape qui dirige aujourd'hui l'Église catholique et qui sera au grand rendez-vous des Rencontres mondiales de la jeunesse du 15 au 21 août 2005 à Cologne.

Notons d'abord qu'à l'âge de lire Harry Potter, 14 ans, celui qui allait devenir pape joint plutôt les Jeunesses hitlériennes. Un peu plus tard (à l'âge de 16 ans), Joseph Ratzinger entre dans la brigade anti-aérienne de l'armée allemande pour défendre une usine BMW où travaillaient des prisonniers du camp de Dachau. Ensuite, il fut affecté à la construction de fossés antitanks en Hongrie, d'où il pouvait voir chaque jour passer des centaines de convois remplis de Juifs en direction des camps d'extermination. Et sa belle carrière militaire se termina en 1945 comme prisonnier de guerre.

Dans ses mémoires (Ma vie, Souvenirs (1927-1977), trad. M. Huguet, Fayard, 144 p.), Ratzinger, alors devenu évêque, se défend évidemment d'avoir volontairement adhéré aux Jeunesses hitlériennes, prétextant qu'il y était obligé. D'autre part, il affirme ne jamais avoir tiré sur qui que ce soit durant la guerre parce que, selon ses dires, son arme n'était jamais chargée, son doigt étant infecté. Drôle de défense!

Mais ne soyons pas cyniques et tentons de donner une image juste du personnage. Il faut d'abord parler des deux Ratzinger: le premier, le libéral, fut conseiller spécial du cardinal Joseph Frings lors du concile Vatican II de 1962 à 1965. Il préconisait alors une ouverture de l'Église catholique au monde et une réforme complète du Saint-Office, qu'il jugeait trop sectaire. Puis vint le deuxième Ratzinger, celui de mai 68 qui, s'opposant farouchement aux idées marxistes en vogue dans les universités allemandes et françaises à cette époque, changea radicalement d'allégeance et devint conservateur. Car si l'on peut dire que Ratzinger fut d'abord le défenseur d'une approche libérale en tout début de carrière, on doit ajouter qu'il en devint rapidement et pour longtemps un opposant acharné.

Il faut savoir que Ratzinger, alors professeur de théologie à l'Université de Tübingen, n'a guère apprécié en 1968 d'être contesté par ses étudiants; surtout que ceux-ci défendaient des idées communistes qu'il jugeait alors incompatibles avec l'enseignement du Christ. En cela, il rejoignait tout à fait son prédécesseur au trône de Saint-Pierre, Jean-Paul II qui, en tant que séminariste pendant l'après-guerre, avait lui aussi souffert des affres du communisme dans sa Pologne natale. Pour eux, comme pour toute l'Église catholique depuis Pie XII d'ailleurs, le marxisme soviétique, avec l'athéisme qu'il défendait, représentait la pire des calamités. On se souviendra d'ailleurs à ce sujet que, déjà avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, l'Église catholique avait pris une position pour le moins surprenante: plutôt que de dénoncer haut et fort le régime criminel d'Adolf Hitler, elle l'appuya tacitement en reconnaissant en lui un allié anticommuniste de taille.

Après 1968, l'ascension de Ratzinger au sein de la hiérarchie ecclésiastique fut fulgurante. Nommé cardinal en 1977 par Paul VI, il est ensuite nommé président de la Commission biblique pontificale de même que président de la Commission internationale de théologie. En 1981, Jean-Paul II le nomme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Notons que cette congrégation est la plus ancienne des neuf congrégations de la curie romaine. Elle remonte au Moyen Âge et s'appelait alors la Congrégation de la Sainte Inquisition et avait notamment pour tâche d'envoyer les hérétiques au bûcher.

C'est surtout, il faut le dire, à titre de policier de la foi qu'il oeuvra étroitement au cours des 24 dernières années auprès de Jean-Paul II. Même au sein de l'Église, il était craint de ses pairs. D'où son surnom de Panzerkardinal, en référence aux tanks allemands qui durant la guerre défonçaient sans vergogne les lignes ennemies. C'est donc lui qui s'assurait du silence des théologiens dissidents et qui, à l'occasion, faisait le ménage dans un clergé qu'il considérait trop ouvert aux idées de notre époque. Rappelons que, depuis 1981, il aurait ainsi muselé plus d'une centaine de théologiens, dont certains très réputés tels Eugen Drewermann ou encore le célèbre Hans Küng.

De la même manière, celui qui allait devenir Benoît XVI s'opposa systématiquement à tous les membres du clergé catholique qui, dans les pays d'Amérique du Sud, luttaient pour plus de justice envers les pauvres. On se souviendra que dans ces pays s'était constitué au fil des ans un mouvement mi-religieux mi-politique mené par des prêtres et des évêques se battant dangereusement contre l'oppression des dictatures. C'était ce qu'on appelait la théologie de la libération. Or, c'est ce mouvement que s'est empressé d'écraser de tout son poids le cardinal Ratzinger en prétextant que, de par ses idées socialistes, il ne correspondait aucunement à l'enseignement du Christ.

Il s'affaira ainsi à museler le théologien brésilien Leonardo Boff en le destituant. De plus, sous son influence, le pape Jean-Paul II remplaça l'archevêque Camara par nul autre que José Cardosa, un conservateur d'extrême droite. Et, c'est à la demande expresse de Ratzinger que l'ancien évêque du Chiapas, Samuel Ruiz Garcia, se plia bien malgré lui à un enseignement disons plus conservateur. Bien qu'on reconnaisse généralement en Ratzinger un brillant théologien, plusieurs de ces théologiens considèrent toutefois que les Saintes Écritures, de par leur nature, laissent place à beaucoup d'interprétation. Refuser le dialogue en cette matière relève selon eux d'une fermeture d'esprit peu conciliable avec la parole du Christ.

C'est d'ailleurs sur ses conseils que son prédécesseur, Jean-Paul II, garda la ligne dure en ce qui a trait au sacerdoce des femmes, au mariage homosexuel ou sur les questions concernant l'euthanasie ou le contrôle des naissances. Notons d'ailleurs que, lors des dernières présidentielles américaines, Ratzinger appuyait publiquement le candidat George W. Bush, pourtant protestant, alors qu'il rejetait du revers de la main la candidature du très catholique John Kerry, ce dernier étant favorable au libre choix en matière d'avortement. Mentionnons enfin qu'il est avec Jean-Paul II le coauteur de l'encyclique Dominus Iesus affirmant la primauté absolue de l'Église catholique sur toutes les autres religions. Tout récemment, Ratzinger s'opposa radicalement à l'entrée de la Turquie (un État musulman) dans l'Union européenne.

On sait par ailleurs que, peu avant sa nomination à la papauté, Ratzinger travaillait à la rédaction d'un nouveau catéchisme de plus 900 pages. S'agira-t-il maintenant qu'il est pape de l'imposer à ses jeunes fidèles?