L'aérien redémarre

Paris — Après plus de trois années de crise, le transport aérien redémarre grâce à la reprise du trafic et d'importantes réductions de coûts, mais sa rentabilité est freinée par le pétrole cher, et toujours des surcapacités qui poussent à de nouveaux rapprochements.

À l'exception notable des majors américaines, les compagnies aériennes, principales clientes du salon du Bourget, ont repris des couleurs en 2005. «Une partie de l'industrie est rentable», a reconnu fin mai le directeur général de l'Association internationale du transport aérien (IATA) Giovanni Bisignani, en dressant un tableau pourtant alarmiste du paysage aérien mondial. L'IATA ne prévoit pas de retour à l'équilibre pour l'ensemble du secteur avant 2006.

Depuis 2001, les compagnies aériennes ont essuyé coup sur coup le ralentissement économique mondial, les attaques terroristes du 11 septembre, l'épidémie de SRAS et les conflits en Afghanistan puis en Irak. «Les pertes entre 2001 et 2004 ont dépassé les 36 milliards $US», a rappelé M. Bisignani à l'assemblée générale annuelle de IATA.

En 2004, «les transporteurs américains ont perdu neuf milliards $US», a-t-il précisé. Mais les «Européens ont généré 1,4 milliard $US de bénéfices et les Asiatiques 2,6 milliards de profits», a-t-il nuancé.

Ce contraste s'explique par la spécificité du modèle nord-américain, analyse l'ancien président de l'association et p.-d.g. d'Air France-KLM Jean-Cyrill Spinetta. «Les compagnies d'Europe exploitent majoritairement des vols longs-courriers internationaux, alors que leurs homologues américaines opèrent des lignes intérieures» et sont donc «davantage en compétition avec les compagnies à bas tarifs».

Pour les transporteurs non américains, l'embellie s'explique par deux facteurs: la reprise du trafic et la pression sur les coûts. Le nombre de passagers transportés a augmenté de 8,7 % de janvier à avril, et le transport de fret de 4,7 %, selon IATA. Par ailleurs, les compagnies traditionnelles ont passé au crible leurs postes de dépenses pour abaisser leur seuil de rentabilité. À l'horizon 2007, l'édition de billets papier sera partout abandonnée au profit de procédures électroniques moins onéreuses, ajoute IATA. Ces efforts sont d'autant plus importants que l'une des principales charges d'exploitation des compagnies, le carburant (entre 15 et 20 % des coûts), explose, dans le sillage de la flambée du pétrole.

Mais «le principal problème du secteur [...] est qu'il est en situation de surcapacité», affirme le patron d'Air France-KLM, premier groupe aérien né de la fusion de deux compagnies nationales. Ces derniers mois, plusieurs transporteurs lui ont donné raison en amorçant des rapprochements: America West a épousé US Airways, TAP (Portugal) a annoncé son intention de prendre 20 % du capital de Varig (Brésil) et Lufthansa (Allemagne) a racheté Swiss.

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