La lumière comme arme contre le cancer

Une nouvelle arme vient de s'ajouter à l'arsenal déployé contre le cancer: la lumière. Beaucoup moins dévastatrice que les traitements traditionnels, elle apparaît néanmoins fort prometteuse pour réduire à néant les tumeurs cancéreuses détectées précocement.

La photothérapie ou thérapie photodynamique (TPD), comme on la dénomme, n'est pas nouvelle en soi. Des chercheurs l'expérimentent depuis une vingtaine d'années. Mais ce n'est qu'au cours des dernières années qu'elle a fait son entrée dans les hôpitaux canadiens et qu'elle est devenue une nouvelle corde à l'arc des oncologues dans leur lutte contre les cancers du poumon, de l'oesophage et de la vessie. Elle faisait même l'objet d'un sommet organisé conjointement par l'université McGill et l'université de Toronto le week-end dernier à Montréal.

Un des grands attraits de la TPD est que l'intervention qu'elle requiert est peu invasive et engendre peu d'effets secondaires contrairement à la chirurgie, à la chimiothérapie et à la radiothérapie, souligne le Dr Brian C. Wilson, professeur de biophysique médicale à l'université de Toronto et chercheur à l'hôpital Princess Margaret de la Ville reine. L'intervention consiste dans un premier temps à injecter par intraveineuse dans le bras du patient une substance photosensibilisatrice qui se répandra dans l'organisme par la circulation sanguine avant de se concentrer dans les cellules tumorales. On illumine ensuite — un à deux jours plus tard — la tumeur imprégnée de cette substance à l'aide d'un rayon laser émettant une lumière d'une longueur d'onde ou couleur particulière qui excite l'agent photosensibilisateur, lequel libère alors de l'oxygène extrêmement réactif qui détruit les cellules cancéreuses avec lesquelles il est en contact. «L'activation de la substance sensibilisatrice tue les cellules cancéreuses directement ou en endommageant les vaisseaux sanguins qui nourrissent la tumeur», précise Brian Wilson.

La TPD exerce également un effet supplémentaire, ajoute le Dr Mostafa Elhilali, professeur et directeur du département de chirurgie au Centre universitaire de santé McGill (CUSM). «Lorsqu'elles sont détruites, les cellules tumorales libèrent leurs protéines (ou antigènes) dans la circulation sanguine, dit-il. Ces protéines sont alors reconnues par le système immunitaire comme étant des corps étrangers, contre lesquels il produit des anticorps. Cette réponse immunologique peut alors battre en brèche le cancer qui se serait développé dans d'autres régions de l'organisme qui n'auraient pas été traitées.»

Bien que la substance photosensibilisatrice se répande dans un premier temps dans tout l'organisme, elle est rapidement éliminée par les cellules normales, explique Brian Wilson. «Pour des raisons que nous ne comprenons pas encore, cette substance prend beaucoup plus de temps à disparaître des cellules tumorales, dit-il. Nous attendons donc [un à deux jours] que la substance ait disparu des tissus normaux et qu'elle ne soit présente que dans la tumeur avant d'exposer celle-ci à la lumière.»

«La concentration de la substance photosensibilisatrice dans la tumeur et le fait que l'on puisse diriger le faisceau de lumière spécifiquement sur les cellules que l'on désire éliminer permet de limiter l'altération des tissus sains», souligne le Dr Elhilali.

La TPD permet de s'attaquer non seulement au cancer de la peau, qu'il est aisé d'exposer à la lumière, mais aussi à de multiples organes enfouis dans l'organisme. La lumière générée par laser peut en effet être acheminée partout dans l'organisme grâce à une fibre optique. On peut ainsi traiter facilement un cancer du poumon par la TPD en introduisant la fibre optique dans les bronches.

Les médecins du CHUM, du CUSM et du CHUL emploient actuellement la TPD pour traiter les cancers de l'oesophage, du poumon et de la vessie, trois cancers pour lesquels les autorités sanitaires canadiennes ont donné le feu vert. Des études cliniques sont toutefois en cours sur divers autres cancers, dont les cancers de la peau, du cerveau, du sein, de la bouche et de la prostate. «Presque toutes les tumeurs solides qui peuvent être atteintes par une fibre optique peuvent être traitées par la TPD», ajoute Brian Wilson.

Bien que dans certains cas de cancers du poumon la TPD apparaisse comme la seule thérapie qui puisse être tolérée par le patient, la photothérapie est le plus souvent employée en combinaison avec les thérapies plus traditionnelles. «Le grand avantage de la TPD est qu'elle n'induit aucune interaction avec les autres traitements — radiothérapie et chimiothérapie — et que l'on peut soumettre le patient à cette thérapie à n'importe quelle étape de son traitement: avant la radiothérapie et la chimiothérapie, ou une fois que le cancer récidive, souligne le Dr Wilson. Contrairement à la radiothérapie, on peut répéter la TPD chez un même patient en principe autant de fois que l'on veut.»

«La TPD ne remplacera pas la radiothérapie, précise toutefois le chercheur. Elle est plutôt une autre arme offerte au médecin et au patient, qui peuvent alors décider de la combinaison et de la séquence qui seront les meilleures pour le malade.»

Lorsque la TPD est proposée au tout début d'un cancer qui n'a généré qu'une petite tumeur bien circonscrite, comme par exemple dans la vessie, elle peut entraîner une guérison complète, affirme le Dr Elhilali.

Dans certains cas, elle peut permettre de frayer une ouverture dans les voies respiratoires de telle sorte que le malade puisse mieux respirer ou avaler. La TPD peut même prévenir certains cancers, notamment le cancer de l'oesophage.

Chez les personnes atteintes du syndrome de Barrett, une affection causée par des brûlures d'estomac chroniques, la paroi de l'oesophage s'est transformée de telle sorte qu'elle est devenue très propice au développement d'un cancer, explique le Dr Wilson. «La TPD permet de détruire les cellules enflammées afin que la paroi oesophagienne se retapisse de cellules normales, et ce, avant qu'un cancer ne se développe», dit-il.

Outre ses multiples applications, la TPD possède également l'avantage de présenter très peu d'effets secondaires. Le seul qui est signalé est la sensibilité à la lumière que le patient conserve pendant quelques semaines, soit le temps que la substance photosensibilisatrice soit complètement éliminée de son organisme. «Les patients doivent simplement faire attention à ne pas s'exposer à un soleil trop intense, indique le Dr Wilson. De plus, la TPD présente une très faible toxicité. Dans le cas du cancer de la peau, par exemple, la TPD n'endommage pas la structure de la peau et permet même une très bonne cicatrisation des tissus.»

Le Dr Wilson avoue toutefois qu'aucune étude clinique visant à comparer l'efficacité de la TPD à celle de la radiothérapie n'a encore été effectuée et que de telles vérifications permettront sans aucun doute de confirmer le potentiel énorme de cette nouvelle forme de traitement contre le cancer qui préserve la qualité de vie des patients.