Marois: il faut un chef au PQ à l'automne

Le Parti québécois a besoin d'un chef rapidement. Pour maintenir l'élan souverainiste des derniers mois et surtout éviter que les militants ne s'entre-déchirent, une course à la direction doit se dérouler au plus tard à la fin de l'automne, estime Pauline Marois, seule candidate déclarée pour l'instant.

Il ne sert à rien de le nier: dès l'annonce de la démission de Bernard Landry, samedi soir, la course à sa succession venait de démarrer. La cohésion au sein d'une formation politique comme le PQ étant une chose fragile, il vaut mieux ne pas envenimer la situation. Après des semaines et des mois de débats qui pourraient être difficiles sinon déchirants, le PQ aura à resserrer les rangs, croit la députée de Taillon qui en est à sa troisième tentative pour se hisser à la tête du PQ.

«Il y a une question de conjoncture liée au fait qu'il y a d'autres événements dans la vie politique du Québec et du côté d'Ottawa. Mais, en même temps, j'ai une expérience d'une course au leadership et je peux vous dire que lorsque c'est long, trop long, cela risque de détériorer [les liens dans le parti]. Et c'est normal, parce que chacun fait valoir son point de vue, a des orientations à défendre, a un style de leadership», a expliqué hier au Devoir Pauline Marois.

Au lendemain du congrès qui a laissé le Parti québécois sans chef, Mme Marois prend position fermement dans ce qui ressemble à une stratégie pour forcer le jeu: influencer la décision de l'exécutif national qui doit établir les modalités de la course au leadership et obliger le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, à choisir son camp alors qu'il est déchiré.

Si en 2001, lors du départ de Lucien Bouchard, elle avait tardé à réagir, Mme Marois se lance dans les hostilités sans hésitation. Du coup, elle rejette l'idée d'attendre l'année prochaine pour pourvoir le siège laissé vacant, une proposition qui avantagerait Gilles Duceppe qui a échoué dans sa tentative de provoquer des élections fédérales ce printemps. Elle ferait montre d'un trop grand empressement, critiquent certaines personnes dans le parti. Mme Marois réplique qu'elle avait un devoir de cohérence compte tenu du fait qu'elle se disait prête, il y a encore trois semaines, à poser sa candidature si M. Landry partait après le vote de confiance.

«Dimanche matin, je ne pouvais pas dire que je ne savais pas. J'ai dit la vérité, et ça m'apparaissait important de le faire. Une fois fait, ça m'a donné la liberté et le temps nécessaires pour me préparer et rencontrer des gens. Cette fois-ci, il n'y a aucune hésitation, car ma décision est prise», a-t-elle soutenu.

Ses principaux alliés s'activaient hier pour mener de front la mise en place d'une organisation efficace et la recherche d'appuis parmi les députés. Dans l'immédiat, c'est Danielle Rioux qui a pris la tête des opérations. Mme Rioux a longtemps été directrice-adjointe du Parti québécois. Elle a également travaillé auprès de Mme Marois alors que cette dernière assumait les fonctions de ministre des Finances. Nicole Statford, qui a été directrice de cabinet de Mme Marois, gravite également tout près. De retour depuis plus d'un an de Bruxelles, où elle était déléguée du Québec, Mme Statford a participé au congrès du PQ toute la fin de la semaine. «On fait des contacts», a dit Mme Marois qui a multiplié les entrevues hier.

La candidate à la succession ne part toutefois pas de zéro. Dès la défaite du printemps 2003 alors que Bernard Landry avait évoqué la possibilité de son départ, elle avait mis en place son organisation. Malgré la décision de M. Landry de demeurer en poste à l'époque, Mme Marois avait continué à préparer le terrain «sans miner le leadership de Bernard Landry». Le groupe Réflexion Québec qu'elle avait créé pour stimuler la réflexion et les débats est demeuré actif.

Il reste toutefois à l'exécutif national à proposer les modalités de la course au leadership. Avec le changement de statuts qui a été adopté durant le congrès, ce sera à la Conférence nationale des présidents de ratifier le scénario présenté par l'exécutif national présidé par la syndicaliste Monique Richard.

L'équipe de Mme Richard doit prendre en compte certaines contraintes dont celle de l'état des finances du PQ d'autant plus que le parti vient de tenir un congrès. Toutefois, la tenue d'un congrès n'est pas nécessaire pour le leadership, puisque ce ne sont pas des délégués qui éliront le prochain chef, mais bien l'ensemble des membres. Le vote au suffrage universel pourrait se dérouler par la poste ou par l'établissement de bureaux de vote dans chaque région. Hier, aucune réunion de l'exécutif national n'était encore prévue.

Chose certaine, une course à la direction du parti est une occasion pour renouveler l'effectif du parti et débattre d'enjeux fondamentaux. Sur ce point, Pauline Marois se dit prête à défendre le programme qui a été adopté dimanche d'autant plus que l'idée de faire des gestes de rupture avec le Canada dès une victoire électorale n'a pas été retenue par la majorité des délégués péquistes.

Si elle s'accommode de la plate-forme de pays qui devra être mise en place, par opposition à une plate-forme électorale d'un parti qui souhaite devenir le gouvernement du Québec, Mme Marois rappelle qu'il faut «faire preuve de réalisme politique et ne pas abandonner la critique du gouvernement». «Je suis à l'aise avec ça, mais il faudra bien sûr présenter ce qu'on veut faire avant d'arriver là. Si on tient le référendum dans les six premiers mois, c'est pas si mal. [...] Mais il faudra dire aux citoyens qu'entre le moyen où nous serons élus et la réalisation du pays il va falloir gérer un peu. Il faudra faire un budget», a-t-elle fait valoir.

Cette dernière propose d'ailleurs que le parti puisse rapidement se mettre à l'oeuvre pour préparer les documents et réaliser les consultations préalables à la tenue d'un référendum. «Plus on va prendre de temps dans la course, plus cette préparation sera difficile à faire. Et on va toujours bien attendre le chef ou la cheffe pour ça!», a laissé tomber Pauline Marois.
1 commentaire
  • Benoît Bélanger - Inscrit 7 juin 2005 08 h 47

    Déclarations intempestives de madame Marois

    Madame Marois a manqué une belle occasion de se taire dimanche dernier et davantage hier dans ces pages! Madame est en train de nous démontrer qu'elle met ses ambitions personnelles au-dessus de tout, de la décence aussi bien que du Parti! D'une certaine manière,il faut l'en remercier, car nous faire pareil aveu en début de course constitue un signal d'alarme salutaire.

    "L'ambition perd son maître" nous dit le vieil adage. Il y a lieu de souhaiter que la justesse de cette sagesse ancestrale se découvre de nouveau.