Le sida étend ses tentacules

Si le sida recule dans certaines communautés, la bête continue néanmoins à étendre ses tentacules aux quatre coins de la planète, conclut un rapport qui sera rendu public aujourd'hui par le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan. Le problème, c'est que l'énergie «spectaculaire» déployée depuis 2001 ne suffit manifestement pas à enrayer la progression de l'épidémie.

Il n'y a vraiment pas de quoi pavoiser dans ce rapport qui montre clairement que les objectifs fixés pour 2005 aux termes de la déclaration d'engagement adoptée par l'Assemblée générale le 27 juin 2001 sont désormais hors de portée pour la majorité des pays signataires. «Nous constatons de vrais signes de progrès dans la lutte contre le sida au niveau communautaire, mais ce n'est toujours pas suffisant», affirme à regret Kofi Annan dans un communiqué.

Il est vrai que ladite dé-claration voyait grand avec, pour fondement vital, la réalisation de l'«objectif de développement pour le millénaire» qui vise à «stopper et à inverser l'épidémie d'ici 2015». Mais avec 4,9 millions de nouvelles infections et un nouveau record de mortalité (3,1 millions de décès) en 2004, les Nations unies voient bien que l'épidémie poursuit sa lancée et réussit même à distancer la riposte.

Résultat: en décembre 2004, 39,4 millions de personnes étaient infectées par le VIH. «L'épidémie de sida est entrée dans une phase nouvelle et critique, et il doit en être de même pour la riposte», croit le directeur exécutif d'ONUSIDA, le Dr Peter Piot. «L'accès universel à la prévention et au traitement du VIH est la seule manière de distancer l'épidémie. Il faut que ce soit l'objectif immédiat sur le plan mondial.»

L'écart est en effet de taille. Par exemple, un des objectifs du millénaire stipulait que, d'ici la fin de 2005, la prévalence du VIH parmi les hommes et les femmes âgés de 15 à 24 ans dans les pays les plus touchés devait avoir diminué d'au moins 25 % par rapport à 2001. En réalité, les jeunes continuent de représenter la moitié de l'ensemble des nouvelles infections au VIH dans le monde et n'ont souvent pas accès aux services de prévention salvateurs.

Plus inquiétant encore, environ 2,3 millions d'enfants de moins de 15 ans vivent avec le VIH. Le virus fait également des ravages chez les moins de cinq ans puisque 3 % des décès lui ont été attribuables en 2004, un ratio qui peut atteindre les 50 % dans certaines communautés.

L'accès aux services de traitement et de prévention du VIH reste très faible, bien que le nombre de personnes sous traitement antirétroviral ait augmenté de près des deux tiers pendant la deuxième moitié de 2004. À la fin de l'année dernière, seulement 12 % des six millions de personnes qui ont besoin d'un traitement sur la planète y avaient accès. Partout dans le monde, seule une personne sur cinq a accès aux services de prévention.

En dépit de la multiplication des programmes de traitement, 11 pays d'Afrique subsaharienne sont donc susceptibles de perdre, d'ici 2006, plus du dixième de leur main-d'oeuvre à cause du sida. Sans compter le fait que l'épidémie tend à briser les liens intergénérationnels, précise M. Annan. «En s'attaquant aux jeunes adultes en âge de travailler, le sida déclenche une série d'événements qui risquent de réduire à néant des sociétés entières. En d'autres termes, le sida est un problème exceptionnel qui exige des mesures exceptionnelles.»

Mais le message passe encore très mal, en dépit des appels répétés à la sensibilisation. En 2003, les services de prévention qui ciblent les personnes les plus à risque n'ont atteint que 16 % des professionnels du sexe, 11 % des hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes, 20 % des enfants des rues et moins de 5 % des 13 millions de consommateurs de drogues injectables dans le monde.

Et il ne faudrait pas croire que la guerre de la prévention ne se joue qu'en Asie, en Afrique et en Europe de l'Est. «En 2004, l'épidémie s'est propagée dans toutes les régions, y compris en Amérique du Nord et en Europe occidentale, où la réussite de la prévention précoce a cédé le pas à l'augmentation des comportements sexuels à risque», note encore le secrétaire général.

Les Nations unies reconnaissent que l'action mondiale contre le sida a connu une évolution «spectaculaire» depuis quatre ans. Dans le monde entier, le nombre de personnes bénéficiant de services de conseils et de tests a doublé au cours des quatre dernières années. Le nombre de femmes ayant accès aux services de prévention de la transmission mère-enfant du VIH a augmenté de 70 % tandis que le nombre de jeunes qui ont reçu une éducation en matière de sida a doublé.

Dans les pays en développement, le financement de la lutte contre le sida a également augmenté de manière très significative, passant de deux milliards $US en 2001 à une somme estimée à huit milliards de dollars en 2005. Mais les ressources sont toujours bien en deçà des besoins pour faire reculer efficacement l'épidémie.

En septembre prochain, les leaders mondiaux se réuniront aux Nations unies afin d'évaluer les progrès réalisés dans la mise en oeuvre de la Déclaration du millénaire et de tracer la voie à suivre. «La manière dont nous nous situons dans la lutte contre le sida est cruciale. Stopper la propagation est non seulement un objectif de développement pour le millénaire en soi, c'est une condition préalable à la réalisation de la plupart des autres objectifs», prévient M. Annan.
1 commentaire
  • abderrahmane oucible - Inscrit 22 septembre 2005 19 h 40

    Le sida est le resultat de notre ignorance et nos vices

    Ce mal contemporain resulte de la précarité et la grande fragilité de nôtre santé,comme il resulte de notre inconscience sociale .

    En effet,les conditions de notre vie actuelle ont favorisé le terrain à ce maudit virus,qui ,par sa virrulence extreme, finirait tôt ou tard par conquerir le sang de toute l'humanité et l'exploiter suivant sa fantaisie.

    La santé humaine à l'heure actuelle est en plein deterrioration par le fait que notre corps humain n'a pu supporté les nouvelles conditions imposées dans notre biosphére: la pollution atmosphérique,de l'eau,de la terre,et la pollution dû aux rayonnements ,au bruit et la pollution de notre éducation et notre conscience morale .

    Il faut avouer que nous sommes de vrais ignorants.
    Qu'adviendrait-il de nos enfants ,ces innocents,nous leur avons laissé un bien sale heritage: des trous d'ozone,de l'air irrespirable,de l'eau empoisoné de la terre sterile ,des mers et des océans bourrés d'égouts,et de dechets nucléair.
    C'est trés injuste de notre part.

    Consciences saines et dirigeants democrates de notre planéte l'avenir de l'espéce humaine est entre vos mains.