Israël admet une bavure que le Hamas jure de venger

Gaza — Des chars israéliens ont tué quatre membres d'une famille palestinienne hier avant l'aube, lors d'une incursion à Gaza, poussant le ministre de la Défense Benyamin Ben-Eliezer à présenter ses «regrets» et le mouvement intégriste Hamas à promettre de venger leur mort par celle de civils juifs.

Quelques heures après leur mort, un adolescent palestinien de 12 ans a été tué par des soldats israéliens montant la garde à un poste militaire de la bande de Gaza proche de la frontière égyptienne, ont rapporté des témoins et des sources médicales palestiniennes.

La famille Al Hadjine, la mère, ses deux fils aînés et un cousin ont été tués lors de la seconde incursion en 48 heures dans le village côtier de Cheikh Idjline, au sud de la ville de Gaza, en réaction à des «mouvements suspects d'un certain nombre de gens» dans un no man's land proche de la colonie juive de Netzarim.

«Toute une famille a été supprimée», murmurait un proche des victimes en état de choc dans le hall d'accueil de l'hôpital Chifa de Gaza, où Rouwaïda, 55 ans, ses deux fils, Achraf, 23 ans, et Nihad, 17 ans, ainsi que leur cousin Mohamed, 20 ans, ont été transférés.

Tous quatre ont été fauchés dans leur sommeil par six obus tirés sur l'habitation familiale. «Que puis-je dire? C'est un massacre. Ils ont décimé ma famille», a confié à Reuters le mari de Rouwaïda, Osman, fou de douleur.

De source militaire israélienne, on précise que l'incursion avait été suscitée par des renseignements ayant fait état d'un trafic d'armes effectué au moyen de barils flottants au large des côtes. D'après des médias israéliens, l'examen des barils aurait révélé qu'ils contenaient des réfrigérateurs et non des munitions. Tsahal affirme que les conteneurs ont coulé et que leur contenu reste incertain.

Le ministre israélien de la Défense, Benyamin Ben-Eliezer, a exprimé des «regrets» pour la mort des quatre «civils innocents» et a fait savoir qu'il avait ordonné à l'armée de «lui présenter sur-le-champ ses conclusions sur l'incident et les conséquences à en tirer pour l'avenir».

Le président palestinien Yasser Arafat a dénoncé dans un communiqué un «crime délibéré visant à saboter les efforts de paix entrepris par nos amis du "quartette" (groupe de médiateurs internationaux) et à saboter l'initiative arabe de paix».

Mahmoud Zahar, un des dirigeants du mouvement palestinien intégriste Hamas à Gaza, a pour sa part annoncé à Reuters de nouveaux attentats contre des civils israéliens pour venger la mort des quatre Palestiniens «tués de sang-froid. «sraël peut s'attendre à ce qu'on tue ses civils», a-t-il ajouté.

Les funérailles de la famille Hadjine ont été organisées dans la ville de Gaza par Hamas, dont des haut-parleurs annonçaient que «la vengeance sera douloureuse et forte comme un tremblement de terre» et que la vie des Israéliens va «devenir un enfer».

Cette affaire fragilise un peu plus l'accord «Gaza-Bethléem d'abord», conclu le 18 août par les dirigeants israéliens et palestiniens, qui prévoit un allègement des restrictions imposées par Tsahal dans les territoires autonomes en échange de mesures fermes contre les activistes palestiniens.

Si Bethléem, au sud de Jérusalem, a été évacuée, la mise en oeuvre de l'accord à Gaza tarde à se concrétiser — à cause de la persistance des violences, assure l'État hébreu. Ben-Eliezer a annulé les nouvelles conversations qu'il devait avoir mercredi avec son interlocuteur, le ministre palestinien de l'Intérieur, Abdel-Razzek Yahya.

Les deux hommes devaient étudier les moyens de consolider les mesures de sécurité convenues la semaine dernière afin de réunir les conditions d'un cessez-le-feu progressif. L'armée israélienne continue d'imposer un couvre-feu dans six villes autonomes de Cisjordanie.

Le ministre danois des Affaires étrangères, Per Stig Moller, dont le pays assure la présidence tournante de l'Union européenne, a annoncé qu'il se rendrait la semaine prochaine au Moyen-Orient pour discuter d'un «plan de route» pour la paix.

Au cours de la nuit de mercredi à hier, des soldats israéliens ont passé au crible une zone industrielle des environs de Djénine, en faisant sauter des portes de boutiques au moyen d'explosifs, ont rapporté des témoins. De source militaire, on a confirmé qu'«une opération» y était en cours.

Ces actions de l'armée coïncident avec la visite dans la région d'un des secrétaires d'Etat adjoints américains, David Satterfield, premier émissaire américain à rencontrer depuis de longues semaines dirigeants israéliens et palestiniens — hormis Yasser Arafat lui-même — pour tenter de rétablir le calme.

À voir en vidéo