Lutte antitabac - La fin ne justifie pas les moyens

Le lobby antitabac a eu raison du gouvernement. Même si les fumeurs représentent le quart de la population du Québec, il sera interdit de fumer dans les endroits dits publics à partir de janvier 2006.

Dans la campagne menée pour obliger le gouvernement à promulguer une telle loi, l'idée de la toxicité de la fumée secondaire a été martelée, on l'a soutenue de tout ce qui peut sembler lui convenir, sans faire d'analyse, sans discuter d'objections, sans donner de références. Bref, le lobby antitabac a eu recours à de la manipulation psychologique dans la plus pure tradition de la propagande.

Le but du lobby antitabac est clair: réduire au minimum le nombre de fumeurs au Québec. C'est un objectif on ne peut plus louable. Mais cette fin, aussi noble soit-elle, justifie-t-elle tous les moyens? Une bonne cause ne sanctifie pas les moyens qu'elle utilise.

La campagne visant à convaincre les citoyens de l'importance de ne pas consommer de tabac est assurément marquée du sceau de la manipulation en ce sens qu'elle affirme mais ne fait jamais appel à l'argumentation. Cela a été flagrant dans cette campagne visant à interdire l'usage du tabac dans les endroits publics.

Jean-Marie Domenach, cité par Philippe Breton dans La Parole manipulée, définit la propagande comme une technique mettant en application «cinq règles de mise en forme: la personnification d'un ennemi unique; la défiguration des faits; la répétition du message; l'adaptation du message aux différents publics; la contagion».

Examiner la campagne antitabac à la lumière de seulement trois de ces critères suffit à constater qu'il s'agit bel et bien d'une campagne de propagande.

Reine des règles de la propagande, elle est surtout appliquée par des régimes dictatoriaux et est d'une redoutable efficacité.

Dans la stratégie de communication adoptée par le lobby antitabac, les compagnies de tabac sont responsables de tous les maux. Toutes les autres parties prenantes dans ce dossier sont des victimes. Les fumeurs? Des victimes! Les gouvernements? Des victimes aussi!

La manoeuvre est astucieuse en ce qu'elle permet à certains acteurs impliqués de continuer à profiter de la situation sans subir les foudres du lobby antitabac. C'est le racket de la protection! Et, bien sûr, il y a un prix à payer. Les fumeurs, présentés comme des toxicomanes incapables de décider d'eux-mêmes, y perdent leur droit de parole. Le gouvernement, obligé de se soumettre aux diktats du lobby, y perd son droit de gouverne.

La défiguration des faits

L'arrogance et le mépris affichés par le lobby antitabac pour toutes les recherches ou les études qui arrivent à des conclusions contraires à celles qui servent sa cause, voire envers des opinions contraires à la sienne, sont caractéristiques d'une démarche manipulatoire. La tactique employée dans ce cas consiste à discréditer l'auteur, à tuer le messager. La manipulation ne prise guère l'argumentation, c'est-à-dire l'échange d'une parole. La manipulation cherche à supprimer la possibilité de choisir.

«La fumée secondaire augmente de 25 % les risques de développer un cancer du poumon.» C'est peut-être vrai, mais on ne dit jamais 25 % de quoi. «136 Québécois meurent tous les ans à cause de la fumée secondaire.» C'est une déclaration qui frappe l'imagination! Cela nécessiterait à tout le moins une explication. Comment en est on arrivé à cette conclusion? Y a-t-il des études qui arrivent à des conclusions différentes? Le lobby antitabac ne le dit pas et personne ne pense à le lui demander. C'est un cas typique où le message est construit uniquement en fonction de sa capacité à emporter coûte que coûte l'adhésion de l'auditoire.

Il y a aussi les fameux sondages d'opinion, qui font parfois l'objet d'interprétations douteuses. La manipulation est une méthode de présentation et de diffusion d'une opinion qui donne l'illusion d'un accord entre le manipulateur et sa victime. C'est ainsi que la moindre majorité favorable à un durcissement de la Loi sur le tabac devient un «consensus social» sur la question, alors qu'il faudrait plutôt parler dans certains cas d'une profonde division de la société.

L'adaptation du message

Pour ce faire, le lobby antitabac se sert de la séduction. Il s'agit de séduire afin de conditionner l'auditoire de telle façon que celui-ci accepte le message sans discussion. Quoi de mieux que la bonne bouille d'un Jean Pagé ou du chic d'une Mireille Deyglun pour imposer une façon de voir les choses à un public ou à un autre? C'est ce que Lionel Bélanger, dans La Persuasion (collection «Que sais-je?»), appelle la «persuasion-séduction».

Il y a aussi l'«argument d'autorité». L'appel à l'autorité permet de trancher, plutôt que de discuter, en vue de faire accepter un comportement. Le lobby antitabac a enrôlé de gré ou de force tout ce qu'il peut y avoir de professionnels de la santé ainsi que d'associations et d'organismes de santé publique, non seulement dans sa croisade mais dans sa façon de la mener. Et gare à ceux qui ne rentrent pas dans le rang!

Le lobby antitabac a décrié la publicité des produits du tabac au point d'en réclamer l'interdiction. On ne peut pas critiquer les méthodes manipulatoires chez ses adversaires et les appliquer soi-même. Il y a une distinction à faire entre une éthique des fins et une éthique des moyens. Une distinction que le lobby antitabac ne fait manifestement pas.