Souveraineté: un OUI à 54 %

Québec — Attisé par l'indignation populaire que soulève le scandale des commandites, l'appui à la souveraineté du Québec vient d'atteindre un sommet, à 54 % pour le OUI, tandis que les trois quarts des Québécois estiment que Jean Chrétien et le Parti libéral du Canada les ont trahis après le référendum de 1995.

C'est ce qui ressort d'un sondage d'opinion Léger Marketing-Le Devoir-The Globe and Mail réalisé du 20 au 24 avril auprès de 1008 répondants québécois. Cet échantillon comporte une marge d'erreur maximale de plus ou moins 3,1 %, 19 fois sur 20. C'est la première fois qu'une enquête d'opinion évalue l'effet de la commission Gomery non seulement sur les intentions de vote mais aussi sur l'appui à la souveraineté.

La commission Gomery, «c'est l'événement qui a le plus perturbé les Québécois et qui a le plus favorisé la souveraineté depuis l'échec de l'accord du Lac-Meech», estime le président de Léger Marketing, Jean-Marc Léger. «Ce n'est pas juste des chiffres, c'est fondamental», a-t-il ajouté.

Le dépit que ressentent les Québécois à l'endroit de l'ex-premier ministre Jean Chrétien et du PLC est perceptible dans toutes les couches de la population, quelle que soit l'allégeance politique. Si 76 % de l'ensemble des Québécois estiment avoir été trahis par le PLC et son ancien chef, une majorité de fédéralistes (65 %) éprouvent ce sentiment, de même qu'une majorité de libéraux (55 %). Il y a même 13 % des fédéralistes qui seraient incités à voter OUI lors d'un référendum.

Depuis les sommets d'avant le référendum de 1995, jamais l'appui à la souveraineté n'avait atteint ce niveau de 54 %, sauf à une seule occasion, en octobre 1998, lors de la campagne électorale qui opposait Lucien Bouchard à Jean Charest. Cependant, en mars de la même année, l'appui à la souveraineté se situait à 42 %. En fait, de 1997 à 2002, les intentions de vote en faveur de la souveraineté avaient fléchi. Depuis un an toutefois, l'appui à la souveraineté a souvent franchi la barre des 45 %. La plus grande visibilité du gouvernement fédéral qu'assuraient les commandites a peut-être contribué au fléchissement de l'ardeur souverainiste, a avancé M. Léger, «mais maintenant, on voit l'effet boomerang de la commission Gomery sur la stratégie postréférendaire de Jean Chrétien».

D'autres indicateurs montrent aussi que l'option souverainiste se remplume. «Si on regarde l'ensemble des indicateurs, c'est un peu les conditions gagnantes qui sont en train de se créer», estime M. Léger.

Ainsi, près d'un Québécois sur deux (49 %) croit que le Québec deviendra un pays, du jamais vu depuis les années de l'après-Meech, entre 1990 et 1994, a rappelé le sondeur. Ils sont moins nombreux (41 %) à croire que le Québec n'obtiendra pas un jour ce statut souverain.

Autre surprise du sondage: 49 % des Québécois souhaitent la tenue d'un référendum sur la souveraineté alors que 46 % n'en veulent pas. «C'est nouveau», a confirmé M. Léger. Dans les sondages précédents, une nette majorité de Québécois se disait contre la tenue d'un autre référendum.

Certes, les souverainistes maintiennent toujours la même ambivalence: 56 % d'entre eux voudraient que le Québec continue de faire partie du Canada, contre 40 % qui pensent le contraire. «C'est une constance. La souveraineté, ce n'est pas le premier choix des Québécois. Mais entre le statu quo et la souveraineté, la souveraineté gagne», a souligné M. Léger.

Le sondage confirme en outre la forte avance dont jouit le Bloc québécois. Le parti souverainiste récolte 53 % des intentions de vote, contre 22 % pour le Parti libéral, 12 % pour le Parti conservateur et 10 % pour le Nouveau Parti démocratique. Si jamais le Bloc obtenait ce score aux prochaines élections, ce serait la première fois de l'histoire que l'option souverainiste recueillerait la majorité des voix, a fait remarquer M. Léger. En 1981, René Lévesque avait récolté 49 % des votes; en 1993, pour le Bloc québécois, Lucien Bouchard avait fait le même score, tout comme le référendum.
3 commentaires
  • Julian Reid - Inscrit 27 avril 2005 15 h 48

    Un point de vue du ROC

    Pour un ontarien né anglophone mais devenu frnacophone, la situation présente du Canada et du Québec est effrayant. Je comprends bien sûr le point de vue souverainiste. Je comprends le sens du trahison des québecois et des québecoises. Je peux vous assurer que tous les canadiens et canadiennes partagent cette émotion. En même temps, je pense que le Canada est quelque chose de spécial, et que le Québec est une partie intégrale du pays.

    Mais ce n'est pas seulement un opinion qui vient du fédéralisme aveugle, mais du coeur. Même avec les chicaneries du PLC, je suis fier d'être un torontois, un ontarien, un canadien. Je suis fier d'être un citoyen d'un pays qui contient le Québec, et de mes ami(e)s autour de la belle province.

    La question du Québec <<libre>> est le votre. Je n'ai pas le droit de décider l'avenir d'autrui. Mais mon espoir c'est que tous les canadiens et canadiennes, y compris les québecois et les québecoises, surmonteront les actions du PLC pour créer un Québec, un Ontario, un Canada plus fort.

    (Je m'excuse pour mes efforts en français, remplis d'anglicismes et d'erreurs grammaticales, j'en suis sûr.)

  • Alain Gagné - Inscrit 27 avril 2005 21 h 43

    54% c'est très peu

    Considérant l'empleur du scandale des commandites, les souverainistes ne peuvent se réjouir d'un maigre 54% d'appui pour la souveraineté. Les répondants au sondage ont réagis contre le gouvernement fédéral, et non pas pour la souveraineté. Il y a une énorme différence (et une énorme conséquence) entre répondre "oui" lors d'un sondage et cocher "oui" sur un bulletin référendaire. Au contraire de ce que M. Léger croit, je suis persuadé que l'appuis à la souveraineté diminuera au cours des prochains mois.

  • Jean Dunois - Inscrit 28 avril 2005 12 h 18

    Pendule à l'heure

    M. Gagné ne veut pas de l'Indépendance. Il n'y aura donc pas d'Indépendance. Dans mon livre, ça s'appelle «la pensée magique». Convaincant!

    M. Reid, je ne doute pas de votre sincérité. Il y a en effet des Canadians à l'esprit ouvert. Hélas! c'est bien difficile pour vos concitoyens de se faire une idée juste du Québec, compte tenu que votre presse - de Halifax à Toronto, de Calgary à ...MountTréal - s'apparente sur le sujet à une presse de propagande sinon de démolition de tout ce qui a une odeur ou une couleur québécoise. À commencer par la langue...

    Ça fait plus de quarante ans que le Canada trahit toutes ses promesses. Toutes! Les unes après les autres. Et le Québec se retrouve aujourd'hui dans une situation plus intenable que jamais (déséquilibre fiscal, invasion massive du fédéral dans les pouvoirs québécois reconnus par la Constitution, achat des consciences pour la Canadian Unity, corruption et mise-à-bas de la démocratie au nom même de cette «Unity», la liste est longue, très longue).

    C'est trop tard, M. Reid. Vraiment trop tard. Mais rien ne vous empêche de demeurer notre ami. Il n'y aura pas de mur de Chine autour du Québec, vous savez. On sera d'ailleurs de fort bons amis, de manière générale, puisque nous n'aurons plus de motifs pour continuellement nous engueuler.

    Ah... toute cette superbe énergie désormais consacrée à autre chose qu'à se taper sur la gueule. Ce n'est pas merveilleux, ça, comme horizon d'avenir...?

    Créer des Gilles Vigneault et des Louis Lortie plutôt que de dégobiller sur - «émigrés de l'intérieur» - «vos» hommes de main, tels Stéphane Dion, Denis Coderre ou André Ouellet et Jean Pelletier. Extra!!!

    Nous avons été de très mauvais amants (ça ne peut fonctionner quand l'un des partenaires cherche par tous les moyens à dominer l'autre). Or rien ne nous interdit de nous révéler de très civilisés amis. Et c'est très certainement là l'état d'esprit du Québec tout entier.

    Le divorce Québec-Canada, loin d'être une catastrophe, sera un baume sur l'avenir de nos deux pays. Nous serons des égaux qui se respecteront.

    Ce qui au total et au surplus, ce qui n'est pas négligeable, nous rendra plus fort face au bulldozer étatsunien.

    Bien entre nous, qu'exiger de plus...?