Libre opinion: Le Togo va imploser

Alerte au Canada et à la communauté internationale: le Togo risque d'imploser! En effet, après l'échec du double coup d'État militaire et constitutionnel de février dernier, le Rassemblement du peuple togolais (RPT), le parti-État au pouvoir depuis 38 ans, prépare des élections frauduleuses pour légitimer, à partir de dimanche — date de l'élection présidentielle —, Faure Gnassingbé, le fils du général Gnassingbé Eyadema, ancien président-dictateur du Togo, mort le 5 février 2005. Emmanuel Bob-Akitani est le candidat de la coalition de six partis de l'opposition démocratique.

Le processus électoral est déjà entaché d'irrégularités (refus de révision des listes électorales et de délivrance des cartes d'électeur), au vu et au su d'une CEDEAO (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest) complaisante mais censée jouer le rôle

d'observateur.

Pour la campagne électorale, le RPT bénéficie des ressources de l'ensemble des organes de l'État, y compris l'armée. L'opposition manque visiblement de moyens matériels et financiers. Cependant, elle a la faveur du peuple togolais qui, las et écoeuré de près de 40 ans de dictature absolue et ne voulant pas d'une dynastie «constitutionnelle», exprime son aspiration à la liberté et réclame par des manifestations populaires une élection présidentielle libre et transparente.

Des heurts opposent régulièrement des manifestants de l'opposition aux forces de sécurité et à des militants du RPT, faisant des blessés et des morts (AFP, Lomé, Togo, 8 avril 2005). Dans certaines préfectures, on signale des saccages de résidences d'officiels et de sièges de partis politiques (AFP, Lomé, Togo, 11 avril 2005). La campagne électorale est émaillée de discours à teneur tribaliste et ethnique, distinguant les gens du Nord et du Sud.



De lourdes conséquences

La prochaine élection présidentielle au Togo augure donc très mal. Face à la détermination du RPT de gagner à tout prix ce scrutin ainsi qu'à la volonté du peuple et d'une opposition convaincue que le changement du régime de dictature doit se faire contre vents et marées, toutes les conditions semblent réunies pour que le Togo implose.

En effet, la plupart des analystes et experts s'accordent pour reconnaître que les principaux indicateurs d'alerte précoce de prévention de conflits sont au rouge dans le pays, qu'il s'agisse du système d'Aide à la détection anticipée des crises (ADAC) ou du module de Prédiction automatique de conflits intraétatiques par filtrage indicatif de règles de classification (PACIFI). Le moindre dérapage ou la moindre contestation des résultats du vote du 24 avril plongeront le Togo dans un chaos total (Afrique Diagnostic, no 504, avril 2005).

Les conséquences seront lourdes en vies humaines perdues pour une population non armée face une armée ethnique, pléthorique et prétorienne, formée et encadrée par la France, dont tous les présidents de la Ve République (de De Gaulle à Chirac en passant par Pompidou, Giscard d'Estaing et Mitterrand) ont toujours soutenu de façon indéfectible le régime autocratique d'Eyadema.

Qu'il suffise de rappeler que le 5 février 2005, dès l'annonce publique du décès du général Gnassingbé Eyadema, qui a dirigé le Togo d'une main de fer pendant 38 ans, le haut commandant de cette armée a perpétré un double coup militaire et constitutionnel pour nommer à la succession du défunt son fils Faure Gnassingbé. Ce dernier a démissionné de la présidence de la République le 24 février, sous les pressions nationales et internationales.

En ce moment historique où le Togo est à la croisée des chemins, la politique française d'antidémocratisation du pays est interpellée par le peuple togolais.

L'ombre du Rwanda

Il n'est pas exagéré de dire que les syndromes du Rwanda ou de la Côte-d'Ivoire planent sur le Togo, ce pays d'Afrique de l'Ouest dont la population s'élève à quatre millions d'habitants, situé sur le golfe du Bénin au sud et bordé par le Burkina Faso au nord, la République du Bénin à l'est et le Ghana à l'ouest.

La diaspora togolaise d'ici lance un appel solennel au Canada, à l'ONU, à l'Union africaine, à l'Agence internationale de la francophonie, à l'Union européenne, aux États-Unis, à tous les pays du G8 et à la communauté internationale dans son ensemble afin qu'ils prennent leurs responsabilités pour que, après 38 ans de tyrannie, le Togo recouvre enfin sa liberté sans bain de sang.