Des «gestes concrets» pour l'oecuménisme

Première apparition du nouveau pape Benoît XVI hier dans les rues de Rome.
Photo: Agence Reuters Première apparition du nouveau pape Benoît XVI hier dans les rues de Rome.

Cité du Vatican — Dans sa première homélie-programme prononcée hier matin dans la chapelle Sixtine, le pape Benoît XVI a affirmé avec force son engagement en faveur de l'oecuménisme, insistant sur la nécessité de «gestes concrets» pour parvenir à l'unité des chrétiens.

Il n'a toutefois pas précisé de quels gestes il pourrait s'agir, les relations tant avec les orthodoxes qu'avec les protestants achoppant en premier lieu sur la primauté du pape, que ces Églises chrétiennes ne peuvent accepter. Certes, Jean-Paul II, dont le nouveau pape était très proche, avait suggéré de réviser la manière dont ce primat est exercé, mais aucun progrès concret n'a été accompli depuis.

La «tâche prioritaire» du pape actuel, a affirmé Benoît XVI en parlant de lui-même à la troisième personne, sera de «travailler sans relâche au rétablissement de l'unité pleine et visible de tous les fidèles du Christ. Tel est son devoir impérieux. Il est conscient que les bons sentiments n'y suffiront pas. Il faut des gestes concrets qui entrent dans les âmes et agitent les consciences.»Il appuiera «toute initiative qui puisse paraître opportune pour promouvoir les contacts et l'entente avec les représentants des diverses Églises et communautés ecclésiales».

Mais de quels gestes pourrait-il s'agir? Le cardinal allemand Walter Kasper, chef du Conseil pour l'unité des chrétiens, s'est dit convaincu hier que le nouveau pape pourra «étonner» par ses initiatives à venir.

En l'absence de toute indication précise, les observateurs ne s'attendent pas à des progrès significatifs dans les relations avec les Églises protestantes, même si l'origine allemande du souverain pontife, dont le pays abrite des communautés catholique et protestante d'importance égale, devrait les favoriser.

«Exclu», a dit à l'AFP un prélat du Conseil pour l'unité des chrétiens interrogé sur la possibilité de voir un jour prochain protestants et catholiques communier ensemble, une des principales revendications des Églises évangéliques, qui s'est heurtée à un non ferme de Jean-Paul II. Mais le théologien protestant Paolo Ricca pense qu'il n'y a aucune raison de l'interdire a priori, même s'il trouve le terme d'intercommunion «pas très heureux sur le plan théologique». Il préfère parler d'«hospitalité eucharistique» que devraient s'offrir, selon lui, tous les chrétiens baptisés, même s'ils ne partagent pas la même interprétation de l'eucharistie.

Si les idées de Joseph Ratzinger — qui avait refusé aux Églises chrétiennes non catholiques le nom d'Églises soeurs dans la déclaration vaticane Dominus Jesus de 2000 — restent les mêmes que lorsqu'il dirigeait la Congrégation pour la doctrine de la foi, «il n'y a pas grand-chose à espérer» sur le plan oecuménique, pense M. Ricca. Mais «ses nouvelles responsabilités peuvent conduire le pape à révéler de nouveaux dons et de nouvelles dispositions».

Les idées des protestants sur l'accession de femmes à la prêtrise n'ont aucune chance d'être examinées par le Vatican. Quant aux rapports avec le patriarcat orthodoxe de Moscou, ils sont bloqués par la situation en Ukraine, où les catholiques de rite oriental ont non seulement repris quelque 2500 paroisses confisquées par les orthodoxes en 1946 mais voudraient créer un patriarcat à Kiev. Et ils sont aussi entravés par les accusations de prosélytisme portées par le patriarcat contre les prêtres catholiques en Russie. Avant d'arriver à des gestes concrets sur le terrain, par exemple l'exploitation en commun de certaines églises, un long chemin reste à parcourir pour restaurer un peu de confiance.

Les cardinaux québécois

Les cardinaux québécois, Marc Ouellet, de l'archidiocèse de Québec, et Jean-Claude Turcotte, de l'archidiocèse de Montréal, accueillent par ailleurs avec joie l'élection de Joseph Ratzinger comme souverain pontife.

Mgr Ouellet, en qui certains voient le prochain secrétaire d'État ou encore préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, n'est pas surpris de l'élection rapide du cardinal Ratzinger, devenu cette semaine le pape Benoît XVI.

Il croit que le fait qu'il ait été élu très rapidement démontre l'unité des cardinaux autour de cet homme qu'il qualifie «d'homme le plus extraordinaire dont l'Église dispose pour prêcher l'Évangile et proposer la foi».

Mgr Ouellet croit que le nouveau souverain pontife va faire progresser le message de l'Évangile. De son côté, parlant de ces derniers jours vécus à Rome, Mgr Turcotte affirme n'avoir jamais vécu une expérience aussi intense, tant pour ce qui est de la prière qu'au chapitre des responsabilités ecclésiastiques.

Parlant de Benoît XVI, l'archevêque de Montréal a défini le nouveau pape comme un homme de prières, loin de l'image de l'homme austère qu'il a projetée en tant que préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Mgr Turcotte a toujours été frappé par son esprit d'écoute et sa sagesse. Selon lui, dans le rôle de pape, Benoît XVI montrera des qualités humaines qui étonneront.

Quant à l'éventualité que le cardinal Marc Ouellet devienne le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Mgr Turcotte estime que son confrère a une préparation théologique tout à fait indiquée mais ajoute qu'il est un peu tôt pour lancer des conjectures sur les nominations à venir.