Vaillancourt, maire de Laval à vie?

Le maire Gilles Vaillancourt, qui règne sans partage à l'hôtel de ville de Laval depuis 2001, aura-t-il un opposant lors du scrutin de novembre? Peut-être que oui, peut-être que non. Depuis des mois, Philippe Garceau et Daniel Lefebvre, ses adversaires lors des dernières élections municipales, songent à faire front commun pour lui livrer bataille. Mais ils hésitent car une campagne électorale constitue une entreprise coûteuse et risquée.

Lors des élections du 4 novembre 2001, Gilles Vaillancourt avait balayé ses adversaires en faisant élire ses 21 candidats. L'opposition, composée de cinq élus et dirigée par Philippe Garceau, avait été anéantie alors que l'autre candidat à la mairie, Daniel Lefebvre, n'avait pas davantage réussi à faire élire un seul conseiller. Comme lors des élections de 1997, la division du vote avait bien servi M. Vaillancourt.

M. Garceau avait tenté de tenir le rôle de chef de l'opposition, mais sans élu au conseil, il s'était fait retirer les budgets de recherche accordés aux partis d'opposition. «Pendant quatre ans, tu es pris avec tes dettes et tes marges de crédit, indique M. Garceau. Et tu n'as pas un sou pour t'aider, pour payer un attaché politique qui fait de la recherche, assiste aux réunions du conseil et fouille les dossiers afin de pouvoir faire une critique et une surveillance de l'administration en place. Comment voulez-vous qu'un parti d'opposition fasse de l'opposition quand il est démuni financièrement et qu'il n'a pas un seul membre au conseil municipal?»

De son côté, Daniel Lefebvre raconte avoir tenté pendant un an d'obtenir des documents de l'administration au moyen de la Loi d'accès à l'information mais que les délais imposés ont eu raison de sa patience. «En plus, ils vous demandent 25 ¢ la feuille. J'ai arrêté après un an», dit-il.

À l'aube de nouvelles élections, les deux hommes mijotent un possible retour dans l'arène politique de Laval. L'automne dernier, ils ont décidé d'unir leurs forces, question de ne pas diviser le vote cette fois-ci. Mais ils n'ont pas encore désigné de chef et avancent avec prudence. Avant de se jeter dans la mêlée, ils veulent mesurer leurs chances, jauger l'intérêt des électeurs et voir si le jeu en vaut la chandelle. Une campagne électorale, ça coûte très cher, explique Daniel Lefebvre, qui évalue le coût de toute cette opération à un million de dollars. À ce chapitre, le parti du maire Vaillancourt, le PRO des Lavallois, détient d'ailleurs une confortable avance puisqu'il a terminé l'année 2004 avec près de 900 000 $ dans ses coffres.

Et la perspective de s'attaquer à une administration qui a vogué pendant quatre ans sans opposition et qu'ils n'ont pas eu les moyens de surveiller de près ne leur sourit pas beaucoup. L'économie à Laval se porte plutôt bien, et on apprenait cette semaine qu'en 2004, les investissements sur le territoire ont augmenté de 12,5 % par rapport à l'année précédente. «C'est sûr qu'il y a des signes qui ne nous donnent pas le goût. D'un autre côté, parfois, il y a les obligations morales, les engagements qu'on a peut-être déjà pris. Ça pèse dans la balance aussi, et c'est ça qu'il faut regarder.»

Les deux hommes doivent également composer avec des considérations personnelles. «Je ne suis pas indépendant de fortune, j'ai un bureau d'avocats, indique M. Garceau. Il faut que je travaille pour gagner ma vie. Je n'ai pas un marché d'alimentation, un centre commercial ou une entreprise de production qui fonctionne quand je ne suis pas là. On est confrontés à des choix personnels.»

Daniel Lefebvre en a surtout contre le peu d'intérêt démontré par les médias montréalais à l'égard de Laval qui, avec ses 364 000 habitants, constitue pourtant la troisième ville en importance de la province après Montréal et Québec. «Il n'y a pas de couverture médiatique. Ça n'a pas de commune mesure avec des élections à Montréal, indique M. Lefebvre. Ce qui fait que si vous voulez parler aux Lavallois, qui sont en plus inondés d'information d'autres villes, vous devez continuellement les harceler de brochures de toute sorte pour qu'ils se rappellent de vous. Et ça, ça coûte une fortune.»

Jean-Claude Grenier, journaliste pendant 18 ans au Courrier Laval, n'est pas convaincu que les deux hommes pourront se tirer d'affaire dans un affrontement avec Gilles Vaillancourt. «Il faut vraiment que tu sois équipé pour l'affronter. Moi, je me dis que le jour où Vaillancourt ne sera plus maire de Laval, c'est le jour où lui décidera de ne plus être maire de Laval. Il n'y a personne qui va battre Vaillancourt. Il va être là aussi longtemps qu'il va vouloir l'être, un peu comme Yves Ryan à Montréal-Nord. C'est un monstre de la politique à Laval, et il a une machine forte et huilée derrière lui», explique-t-il.

De plus, Philippe Garceau et Daniel Lefebvre n'incarnent pas la relève, selon lui. «Ce sont des "has-been". Ils n'ont pas réussi dans le passé, à une époque où ils auraient pu réussir. Si, vraiment, il y a des gens qui aspirent à succéder à Gilles Vaillancourt ou à lui faire de l'opposition d'une certaine manière, il faudrait voir ailleurs que Lefebvre et Garceau parce que, à mes yeux, ils ne représentent pas la solution», ajoute M. Grenier.

Mais l'absence d'opposition depuis quatre ans à l'hôtel de ville n'est pas saine pour la démocratie locale, et la possibilité que M. Vaillancourt, qui sollicite un cinquième mandat, n'ait pas d'opposant lors du prochain scrutin est inquiétante, dit-il. Ceux qui tenteront de lui livrer bataille devront surmonter un obstacle de taille, celui du financement de leur parti, face à la formation du maire, fort nantie. «À Laval, c'est de "la grosse argent" qui circule dans la machine électorale. Les gens d'affaires et les entrepreneurs sont tous accrochés à la manette de M. Vaillancourt», résume M. Grenier.

«Mais parmi les gens d'affaires, j'en connais qui ne sont pas d'accord avec certains de ses projets et certaines de ses visions. D'autres contestent son leadership ou sa domination à l'hôtel de ville, mais personne n'ose le dire. C'est un fait», ajoute-t-il.

Daniel Lefebvre reconnaît que dans les circonstances, le financement d'un parti adverse ne sera pas aisé: «On ne se le cachera pas. Les gens choisissent un parti parce que ça leur profite d'une certaine façon. Dites-moi pourquoi ils viendraient se mettre en arrière de nous officiellement? Ils n'ont pas intérêt.»

Philippe Garceau et Daniel Lefebvre entendent prendre une décision sous peu. M. Garceau pense que le fait de s'unir afin de ne pas diviser le vote leur donnera un avantage par rapport aux élections précédentes. En 1997, rappelle-t-il, 60 % des gens avaient voté contre M. Vaillancourt, mais il avait malgré tout réussi à faire élire 16 conseillers sur 21.
2 commentaires
  • normand dupras - Inscrit 18 mars 2007 13 h 51

    ville a l'abandon

    Pour moi M. Vaillancourt devrais tout simplement se retirer de la mairie car la ville est une vraie poubelle. Les rues les trottoirs tous est a l'abandon. Cela fait trop lontemps que M. Vaillancourt est en poste et ne fais plus rien pour notre ville qui en plus est d'une pauvreté et un laissé allé. Au lieu de promouvoir sa ville que les sorties dans les resto et les bars son proches, il devrait investir dans plutôt dans le nettoyage et les infranstructures. BYBYBY M. Le Maire c'est assé de rire de vos élues.

  • Daniel KREUTZER - Inscrit 8 juin 2007 15 h 07

    Vaillancourt Maire à vie........................

    N'oubliez pas que vous êtes sur Internet , et que vous paraissez en tête des réponses pour une recherche "mairie de laval" faite par des habitants de Laval ou de la Mayenne (France) sans que vous n'indiquiez "Laval (Québec)" ; ce qui peut induire en erreur des gens qui seraient surpris d'apprendre que leur maire François d'Aubert ne serait plus en fonction ? car , autrement , on ne peut découvrir l'erreur que vers la fin de l'article ! Bien cordialement à vous , et vive le Québec Libre !