Immigration: Ottawa donne un coup d'accélérateur

Trois mois après avoir pris la relève de sa controversée prédécesseure Judy Sgro, le ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration du Canada (CIC), Joseph Volpe, a fait hier une série d'annonces pour huiler l'engrenage du système d'immigration, visant notamment à faciliter la réunification des familles, à améliorer le recrutement d'étudiants étrangers et à accélérer le processus menant à l'obtention de la citoyenneté.

Le ministre Volpe a fait ces annonces hier à Montréal, flanqué du ministre responsable du Québec, Jean Lapierre, suivant un scénario qui n'est pas sans rappeler le climat pré-électoral. Interrogé par les journalistes sur le contexte de ces annonces, le ministre Volpe s'est contenté de déclarer: «C'est toujours le bon moment pour faire des choses correctes. [...] On vit dans un monde où la politique répond aux exigences du peuple.»

Le gouvernement investira donc 69 millions sur deux ans pour octroyer la citoyenneté plus rapidement aux résidents permanents qui y sont admissibles avec, à la clé, le passeport et le droit de vote. On espère ramener le délai maximal à un an, alors qu'il s'étire pour l'instant de 18 mois à trois ans.

Ottawa injectera également 36 millions par année pour tripler le nombre de parents et de grands-parents qui pourront être admis au Canada dans le cadre du programme de réunification familiale, passant de 6000 à 18 000 par année. «Cela devrait nous permettre de réduire les délais de 25 %», précise le ministre Volpe. Actuellement près de 110 000 parents ou grands-parents attendent de rejoindre leurs proches au Canada. CIC abaissera également de 60 à 55 ans l'âge limite pour exiger des examens de connaissances linguistiques et de connaissances générales sur le Canada.

Le Conseil canadien pour les réfugiés (CCR) accueille favorablement les fonds investis pour faciliter la réunification des familles: «Les gens peuvent attendre des années voire des décennies avant que les demandes soient traitées. Les parents décèdent parfois avant de pouvoir immigrer», observe la présidente du CCR, Janet Dench. Une interrogation subsiste cependant dans son esprit: est-ce qu'on acceptera moins de réfugiés ou moins de conjoints et d'enfants dans le cadre de la réunification familiale pour faire entrer les personnes âgées? L'organisme qui avait sonné l'alarme il y a quelques mois sur la réunification des conjoints et des enfants s'inquiète aussi du fait que le ministre n'ait rien prévu pour eux.

Étudiants étrangers

Ottawa facilitera aussi la vie aux étudiants étrangers en leur permettant de travailler pendant leurs études et même deux ans après. On étendra à toutes les régions le programme-pilote qui permet aux étudiants étrangers de travailler à l'extérieur du campus. Pour l'instant, les étudiants fréquentant les universités des villes de Montréal et Québec en sont exclus.

Après leur bac, les diplômés auront également droit à un permis de travail de deux ans. Cependant, pour Montréal, ce permis sera d'une durée limitée d'un an. Pour Joseph Volpe, cela aidera au recrutement des étudiants étrangers et augmentera les chances que ces derniers s'établissent au Québec. «Cela adonne que tous les étudiants étrangers qui viennent ici ne sont pas des cheiks d'Arabie. Ils paient beaucoup plus cher leurs frais», a argué Jean Lapierre, dans son habituel langage imagé.

À la Fédération étudiante universitaire du Québec, on crie victoire, y voyant l'effet concret des démarches effectuées ces derniers mois. «Je fais partie de ceux qui croient qu'il faut plus d'immigrants au Québec. Qui sont les mieux placés pour immigrer, sinon les gens formés chez nous? Avec le travail hors campus, cela offre une possibilité d'intégration inégalée», se félicite Pier-André Bouchard, soulignant que 90 % des quelque 15 000 à 20 000 étrangers qui fréquentent les universités québécoises étaient jusqu'à présent privés de permis de travail puisqu'ils étudient à Montréal ou Québec.

Réaction du Bloc québécois

Tout en jugeant positives les annonces du ministre, la critique du Bloc québécois, Meili Faille, les a qualifiées de «purement électoralistes». Le comité de parlementaires sur la Citoyenneté et l'immigration a e effet entamé il y a 10 jours une tournée du Canada. Or, les annonces semblent calquées sur certains des témoignages entendus lors des audiences, qui doivent normalement mener à un rapport au mois de juin. «Sur un coup de tête basé sur quelques témoignages, le ministre décide de faire des annonces. Pourquoi est-ce parce qu'il veut devancer le rapport du comité. [...] Cela semble décousu. [...] On a l'impression que le ministre fait des annonces à la veille d'une élection sans avoir attaché tous les fils», a réagi Meili Faille, déplorant le fait que le ministre reste de glace quant aux demandes maintes fois répétées d'instaurer la section d'appel pour les réfugiés prévue dans la loi.

Le ministre a d'ailleurs été interpellé hier à la sortie de sa conférence de presse au centre-ville par quelques sans-papiers en attente d'expulsion. Après avoir calmement écouté l'histoire de quelques-uns d'entre eux, dont un Palestinien à qui l'asile a été refusé alors qu'il a été accordé à son frère, M. Volpe a précisé qu'il ne traitait pas de cas individuels. Il a cependant répété que son ministère étudiait présentement l'ensemble du système de statut de réfugié.

Les immigrants, membres de la Coalition Solidarité sans frontières, lui demandaient de régulariser la situation de tous les sans-papiers. «Cela pourrait être possible, mais il faut que j'examine tout cela avec mes [fonctionnaires]», a répondu brièvement le ministre avant de s'esquiver.
1 commentaire
  • Claude L'Heureux - Abonné 20 avril 2005 10 h 02

    Plan B d'Ottawa?

    Il faut se réjouir de ces mesures qui faciliteront la vie des immigrants. Il ne faut pas être naïf non plus pour ne pas s'interroger sur l'opportunisme de la mesure qui favoriserais les plus agées qui voteront Libéral et voudront rester dans le Canada... Comme en 1995! Un gouvernement du PQ (il ne faut pas compter sur Jean...) devra prévoir des mesures d'accueils, de ces nouveaux citoyens, aussi "signifiante" que celles d'Ottawa!