Commandites - La liste des millionnaires s'allonge

Claude Boulay, du Groupe Everest, a entrepris hier après-midi son témoignage très attendu devant la commission Gomery. Il disposera de trois jours pour livrer sa version des faits.
Photo: Pascal Ratthé Claude Boulay, du Groupe Everest, a entrepris hier après-midi son témoignage très attendu devant la commission Gomery. Il disposera de trois jours pour livrer sa version des faits.

Un nouveau millionnaire du programme des commandites, tout aussi généreux que ses homologues à l'égard du Parti libéral du Canada (PLC), Claude Boulay, a amorcé son témoignage à la commission Gomery, hier en se positionnant comme un homme issu d'un quartier pauvre, Saint-Henri, qui a su gravir les échelons de la société grâce à l'éducation et au travail. Des choix payants à la lumière de son bilan financier, le créditant de salaires et dividendes de 6,2 millions de dollars en neuf ans.

M. Boulay, le président du Groupe Everest, a décroché des contrats de commandite d'une valeur de 67,6 millions de dollars de 1995 à 2003. L'agence a acheminé des commandites fédérales de 28,3 millions, perçu des commissions de 4,2 millions, et facturé des honoraires et coûts de production de 7,7 millions.

M. Boulay, Everest et ses employés furent de généraux donateurs du PLC, en versant 194 832 $ à la formation politique entre 1996 et 2003. L'épouse de M. Boulay, Diane Deslauriers, a participé à l'organisation de nombreux cocktails et autres activités de financement pour les libéraux. Des témoins entendus à ce jour à la commission Gomery, dont Jean Brault et Gilles-André Gosselin, l'ont décrite comme une femme particulièrement insistante lorsque venait le temps de solliciter des contributions financières. Mme Deslauriers a aussi travaillé pour Everest, recevant des salaires et dividendes de 336 965 $ de 2000 à 2003.

Claude Boulay, qui semblait fort détendu au moment d'amorcer son témoignage, a exprimé l'intention de «montrer un autre volet de ce qui s'est fait en commandite». «Chez Everest, on a eu "value for money". On a vu effectivement qu'il y a des gens qui ont travaillé et qui ont livré la marchandise», a-t-il dit. M. Boulay veut faire en sorte que le millier d'employés ayant oeuvré chez Everest au fil des ans «retrouvent la fierté à laquelle ils ont droit». Son envolée n'a duré qu'une dizaine de minutes, les travaux de la commission ayant été ajournés jusqu'à ce matin. M. Boulay disposera des trois prochains jours pour livrer sa version des faits.

Les Boulay entretiennent une relation familiale avec le premier ministre Paul Martin, avec qui ils sont à tu et à toi. En avril 2001, monsieur Martin avait décliné une invitation à célébrer le 50e anniversaire de Claude Boulay, se permettant quelques blagues dans une lettre adressée «à cher Claude».

Une victime, une vraie

En matinée, le promoteur Gaétan Mondoux a mis quelques minutes pour réduire à néant la crédibilité de Luc Lemay et Jacques Corriveau, dans un témoignage empreint de bonhomie. M. Mondoux, l'organisateur des salons de chasse et pêche de Trois-Rivières et Sherbrooke, recevait tout au plus quelques dizaines de caisses de bière en commandite en 1997. Ses salons attiraient entre 4000 et 7000 personnes, et il s'occupait de tous les aspects (location des stands, signalisation, publicité, etc.) pour un coût total de 45 000 $ par événement. En 1998, il a vendu à Polygone/Expour les droits de commandite des salons de Trois-Rivières et Sherbrooke pour 10 000 $ par événement, une entente lui ayant rapporté 100 000 $ en cinq ans.

La transaction fut fort lucrative... pour Luc Lemay et Jacques Corriveau. M. Lemay, propriétaire de Polygone/Expour, a reçu 1,61 million de dollars en commandite du gouvernement fédéral lors de ces cinq années, tandis que M. Corriveau, de Pluri-Design, a touché des honoraires de un million. Pour convaincre le ministère des Travaux publics de verser de l'argent, Polygone/Expour a gonflé l'achalandage estimé du salon de Sherbrooke à 21 000 personnes et celui de Trois-Rivières à 25 000 personnes. C'est Jacques Corriveau qui a bouclé les accords avec le directeur du programme des commandites, Charles Guité, par l'unique force de son expérience et ses talents de négociateur hors pair, assure-t-il.

Sous la férule de M. Mondoux, un salon de chasse et pêche prenait son envol pour 45 000 $. Sous le tandem Corriveau/Lemay, la facture a grimpé entre 226 000 et 430 000 $ par salon (y compris la commandite); facture payée au bout du compte par les contribuables canadiens.

Comble du malheur, M. Mondoux a organisé de A à Z les deux salons, pour lesquels Jacques Corriveau prétend avoir amené son inestimable expérience, entre autres pour la signalisation. Cette fameuse signalisation consistait à apposer des panneaux pour diriger la clientèle vers l'entrée, la sortie, les toilettes. De menues tâches que M. Mondoux accomplissait lui-même. L'homme est même allé jusqu'à débourser l'argent pour les campagnes de publicité locales annonçant la venue des événements. Les factures de Pluri-Design pour services rendus lors de ces événements ne disent rien qui vaille au promoteur. «Ce ne sont pas des travaux qui ont eu lieu dans mes salons. Je ne connais pas M. Corriveau, ni sa compagnie», a tranché M. Mondoux.

Mais il y a plus. Les honoraires de Pluri-Design excèdent le montant de la commandite à quatre reprises. «Qu'est-ce que ça vous inspire?», a demandé le procureur de la commission, Bernard Roy. «Ben, de changer de métier», a rétorqué M. Mondoux, en suscitant le rire franc de l'auditoire. «Je ne comprends pas, c'est ça. C'est bizarre», a-t-il ajouté. À sa sortie de la Commission, M. Mondoux a laissé entendre «qu'il y a eu un vol quelque part» dont il n'est pas l'auteur.

De son côté, Jacques Corriveau a terminé son témoignage en jurant à nouveau qu'il n'avait jamais discuté de commandites avec personne d'autre que Charles Guité et Jean Brault, le patron de Groupaction. M. Corriveau a nié les allégations formulées récemment par le lobbyiste Alain Renaud, selon lesquelles il aurait pu aborder le sujet avec Jean Carle, l'ancien directeur des opérations au cabinet du premier ministre Chrétien.

Un ancien employé de Pluri-Design, Gaétan Sauriol, a enfin confirmé de peine et de misère que M. Chrétien avait appelé au moins une fois au bureau de M. Corriveau. Celui-ci avait d'ailleurs donné la consigne d'être avisé sur-le-champ si M. Chrétien ou son épouse tentaient de le joindre.
2 commentaires
  • Raymond Fleury - Inscrit 19 avril 2005 09 h 44

    Claude Boulay dit «vrai».

    Quand Claude Boulay dit :«...on en a eu value for money», il dit vrai.

    Voyez par vous-même. L'argent que sa généreuse épouse, Mme Diane Deslauriers, est allé solliciter pour le Parti libéral du Canada ( la parti de Jean Lapierre et de Lucienne Robillard entre autres) rapporta,dit-on, la somme de 194,832 dollars de 1996 à 2003.

    Dans le même temps,ou à peu près, son charmant époux s'est vu verser un montant de 6,2 millions en salaire et dividendes de 1995 à 2003 et elle, cette dévouée épouse, un rachitique montant de 336,965 dollars de 2000 à 2003. Cet exemple démontre encore une fois que la réussite d'un homme s'explique bien souvent par l'appui inconditionnel d'une généreuse épouse.

  • Robert Lauzon - Abonné 20 avril 2005 15 h 33

    Mission impossible

    Je suis écoeuré!
    La vermine, la Mafia et les politiciens pourris ça survit toujours. Les deux derniers groupe ayant adoptés le savoir faire du premier " Mourrir s'il le faut pour laisser vivre le chef"