Québec ouvre la porte aux paramédics

Cédant aux pressions, Québec s'est finalement décidé à ouvrir la porte aux paramédics. Le ministre de la Santé et des Services sociaux (MSSS), Philippe Couillard, a en effet annoncé hier qu'il faisait siennes les recommandations circonspectes de l'Agence d'évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé (AETMIS), qui suggèrent que les soins avancés d'urgence fassent l'objet d'une introduction «prudente et progressive» au Québec.

Cette annonce sonne également la fin du purgatoire pour les 18 paramédics formés à grands frais par Urgences Santé au Collège Durham, en Ontario, afin d’acquérir les techniques de soins préhospitaliers avancés. Dès demain, un comité se penchera sur leur sort afin de déterminer la meilleure façon de les réintégrer aux activités cliniques préhospitalières de la grande région de Montréal.

«Le MSSS désire intégrer les 18 personnes qui ont de bonne foi entrepris une formation de techniciens ambulanciers en soins avancés dans le cadre d’un projet-pilote qui fera lui-même partie d’un projet de recherche défini par un groupe multidisciplinaire qui inclura des représentants des ambulanciers mais aussi du Collège des médecins, d’Urgences Santé et des agences régionales de santé», a promis le ministre Couillard, qui a insisté pour que tous les partenaires soient de ce deuxième essai.

Québec s’est également prononcé sur la question de la formation, un enjeu qui avait fait l’objet de demandes répétées au cours des dernières années pour culminer, le mois dernier, par une large campagne de sensibilisation menée par les ambulanciers. Il semble que leurs demandes aient été entendues: le MSSS et le ministère de l’Éducation se sont concertés et ont décidé de rehausser la formation au niveau d’un véritable diplôme d’études collégiales.

«Le contenu de cette formation visera à dépasser le niveau de paramédics de soins primaires, qui est celui qu’on observe dans beaucoup d’endroits au Canada, et à définir de notre côté la formation continue que nous aimerions apporter aux techniciens ambulanciers déjà en exercice», a expliqué le ministre Couillard, qui entend lancer le tout dès septembre 2006.

En témoignage de sa bonne foi, Philippe Couillard a également mis l’accent sur la volonté de son gouvernement de mener à bien l’ensemble des recommandations qui feront l’objet d’un projet-pilote. «Il est certain que le projet-pilote, comme le projet qui avait été commencé à Urgences Santé, va être associé à des coûts, et on est disposés à investir dans ce projet-là», a-t-il précisé.

Concrètement, l’évaluation faite par l’AETMIS a d’abord reposé sur la recension exhaustive de la documentation scientifique pertinente. L’analyse a également tenu compte de l’évolution des soins préhospitaliers à l’échelle internationale, canadienne et québécoise, notamment en ce qui a trait à la formation du personnel et aux modalités de pratique des soins avancés.

«On arrive à la conclusion que les données sont prometteuses, mais pas suffisamment pour introduire les soins avancés partout au Québec tout de suite», a expliqué l’un des signataires de l’avis, le Dr Reiner Banken. L’AETMIS recommande donc que les soins avancés d’urgence fassent l’objet d’une introduction progressive en privilégiant les traitements de la détresse respiratoire, des douleurs thoraciques et de l’arrêt cardiorespiratoire.

L’AETMIS juge également qu’il faut faire preuve de prudence et procéder par étapes. «Dans d’autres provinces canadiennes et aussi aux États-Unis, les soins avancés sont utilisés pour les traumatismes même si on sait aujourd’hui que ce n’est pas bon. Il ne faudrait surtout pas répéter les erreurs commises ailleurs», a prévenu le Dr Banken.
Les quelques données disponibles indiquent en effet que les soins avancés n’offrent aucun avantage ou désavantage pour ce qui est de la morbidité et de la mortalité des patients en arrêt cardiorespiratoire d’origine non traumatique, bien que leur bénéfice reste plausible. Les données indiquent aussi que les soins avancés sont associés à des effets néfastes chez les jeunes enfants et dans le traitement des traumatismes.

Ce revirement spectaculaire de la part du ministère a reçu hier un accueil très favorable de la part de l’Association professionnelle des paramédics du Québec (APPQ) et du Rassemblement des employés-techniciens ambulanciers du Québec (RETAQ-CSN).

«On est partis d’un gouvernement complètement fermé, qui avait une vision très obtuse des soins avancés, et là, on voit que notre rhétorique a été reprise par l’AETMIS», a commenté le porte-parole du RETAQ, Stephan Scalabrini. Le RETAQ est d’autant plus satisfait de la tournure des événements que le ministre Couillard a également ouvert la porte à la création éventuelle d’un ordre professionnel.

Même son de cloche à l’APPQ, qui n’a pas caché sa fierté d’avoir su marquer autant de points. «Je suis satisfaite de voir qu’on veut rehausser la formation de niveau primaire mais surtout de voir que le rapport dit en toutes lettres que le Québec doit commencer à suivre l’exemple des autres provinces», a commenté la présidente de l’APPQ, Diane Verreault.

Bien sûr, tous ces changements prendront un certain temps avant de gagner le terrain. Un comité sera en effet chargé de vérifier de quelle manière ce déploiement pourra se faire dans les différentes régions du Québec. À cet égard, l’APPQ et le RETAQ entendent tous deux prendre une part active aux discussions du groupe de travail qui se réunira pour la première fois demain.

Le Devoir