Grève étudiante: la CASSEE jette l'éponge

Le plus vaste mouvement de grève étudiante de l'histoire du Québec perd ses derniers protagonistes militants. Hier, les représentants de la Coalition de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante élargie (CASSEE), réunis en congrès à Sherbrooke, ont en effet décidé «d'inviter les membres à considérer un repli stratégique», c'est-à-dire de rentrer en classe malgré le rejet qu'ils opposent à l'entente de principe intervenue il y a une dizaine de jours entre le gouvernement et les Fédération étudiante universitaire (FEUQ) et collégiale (FECQ) du Québec.

«Le rapport de force nécessaire pour obtenir des gains n'est plus là», estime Héloïse Moysan-Lapointe, porte-parole de la CASSEE, en analysant l'essoufflement du mouvement depuis la conclusion de l'entente de principe. Toutefois, la coalition se garde de faire une recommandation officielle en faveur de la fin de la grève: mais, en tenant compte de l'avis exprimé hier au congrès, les quelque 30 000 étudiants grévistes membres de la CASSEE devront se prononcer au cours de la semaine sur l'opportunité de poursuivre la contestation, lors des assemblées générales hebdomadaires qui servent à reconduire le mandat de grève générale illimitée que certains appliquent depuis le 24 février. «Nous serions agréablement surpris si des associations décidaient de poursuivre la grève», mentionne Mme Moysan-Lapointe, mais la CASSEE s'attend plutôt à ce que la majorité des grévistes réintègrent les cours. Le cas échéant, la coalition formée pour la grève fermera ses livres et redeviendra simplement l'Association pour une solidarité syndicale étudiante.

Ce «repli» annoncé de la CASSEE, qui avait été la première à descendre dans la rue avec 30 000 étudiants — jusqu'à 200 000 autres leur ont ensuite emboîté le pas — indique clairement que le mouvement de grève arrive à sa fin. La totalité des 65 000 membres de la FECQ qui ont été en grève ont mis fin la semaine dernière à leur action, tandis que la FEUQ ne recense plus qu'environ 5000 de ses membres (Université Laval, de Montréal et de Sherbrooke) encore en débrayage. Des assemblées générales sont, là aussi, prévues cette semaine pour réévaluer cette position.

La CASSEE dresse un bilan mitigé des retombées de la grève. «C'est certain que nous allons rentrer en classe à contrecoeur, dit Héloïse Moysan-Lapointe. Nous aurions pu obtenir plus que ce qu'il y a dans l'entente, mais la FEUQ et la FECQ ont amoindri les revendications du mouvement en ne négociant que la remise [en bourses] des 103 millions de dollars» qui avaient été convertis en prêts lors du dernier budget Séguin. L'entente intervenue entre le gouvernement et les deux fédérations prévoit le retour des 103 millions à partir de 2006-2007. L'année actuelle est complètement oubliée, tandis que 70 millions seront réinvestis l'an prochain.

Néanmoins, Mme Moysan-Lapointe estime que «cette grève a eu du bon: sans elle, il n'y aurait pas eu de réinvestissement. Ça valait la peine. Elle a aussi permis de consolider la pratique de l'assemblée générale», un principe de démocratie cher à la CASSEE.

Pour le président de la FEUQ, Pier-André Bouchard, la décision un peu forcée de la CASSEE indique «que la majorité de leurs membres ne suivaient pas l'essentiel de leurs revendications», qui incluaient notamment l'abolition de la réforme de l'aide financière et diverses mesures devant mener à la gratuité scolaire.

La FEUQ, qui avait recommandé à ses membres d'accepter l'entente de principe, dévoilera ce matin les résultats finaux des votes tenus en congrès. Mais la tendance majoritaire observée jusqu'ici indique une acceptation générale de l'offre, malgré des grincements de dents pour les 133 millions perdus.

«Il y a deux choses à retenir de la grève, croit Pier-André Bouchard. D'une part, le fait de savoir qu'on va revenir à la situation initiale au cours de la deuxième année nous apparaît acceptable dans les circonstances. Ça veut dire qu'un étudiant en cinquième secondaire ne sentira jamais les effets de la compression. Nous avons quand même récupéré 482 des 515 millions sur cinq ans», mentionne-t-il.

«Mais, surtout, le mouvement a fait prendre conscience à une majorité d'étudiants de l'importance de la chose politique, de la mobilisation. Cette prise de conscience, elle dépasse largement la cause des 103 millions, croit-il. Le pire qui aurait pu arriver, ç'aurait été de faire une grève de six semaines et de ne rien avoir au bout. Les étudiants auraient retenu le message que la mobilisation ne sert à rien.» Il estime que cet acquis sera précieux dans les prochains mois, «parce que nous avons un gouvernement qui parle de dégeler les frais de scolarité: on ne baissera certainement pas les bras, il nous aura encore dans les pattes».

Au tour des profs

L'accalmie prévue avec les étudiants risque néanmoins d'être de courte durée pour le gouvernement Charest. Dès ce matin, quelque 5500 membres de la Fédération des professionnelles et professionnels de l'éducation du Québec (FPPE-CSQ) seront en effet en débrayage pour décrier la lenteur des négociations visant à renouveler une convention collective échue depuis juin 2003. «La grève [d'aujourd'hui] constitue un premier coup de semonce visant à démontrer au gouvernement la détermination du personnel à obtenir un règlement satisfaisant ce printemps», indiquaient hier les responsables de la fédération.

Et après la grève des devoirs, les perturbations des enseignants deviendront plus visibles dans les prochains jours. À partir de demain, ce sera au tour des 80 000 enseignants membres de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE), affiliée à la CSQ, d'entamer une série de débrayages rotatifs. Une grève générale est prévue le 6 mai, si aucune entente n'intervient d'ici là.
1 commentaire
  • Seb Viel - Inscrit 11 avril 2005 18 h 24

    Une convention collective ???

    Comme vous le savez tous, et se sans condamné le regroupement, la CASSEE à décidé d'abandonner le combat. La situation est compréhensible pour tout les étudiants qui désirent terminer leur session avec l'impact le plus minime possible.

    Le vrai problème, c'est que la masse étudiante vient de sceller une convention avec le gouvernement libéral pour 3 ans les empêchants de voir le budget de financement augmenter. Bon j'avoue, voir le gouvernement libéral dégager un quelconque bénéfice relève de l'utopie mais advenant le contraire, les étudiants vont avoir beaucoup de difficultées à justifier d'autre moyens de pression.

    Reste qu'à l'image d'Orwell, garder le peuple ignare et dans la propagande assure au gouvernement une main-mise du peuple mais à l'opposée, le peuple est aussi coupable de ne pas se révolter à la moindre lueur d'injustice. Finalement, devrons nous faire un jour ce que nous faisons avec les temples mercantiles que sont les centres commerciaux, c'est-à-dire tout raser pour tourt reconstruire ?

    Tiens, ca me fait penser à une chanson d'Indochine ça, Punishement Park. Nostalgie, quand tu nous tiens !!

    SeB