Lettres: Post-scriptum à l'« affaire Juppé »

Je suis fier d'appartenir à une université qui n'était pas disposée à accueillir Alain Juppé en son sein comme professeur, fier aussi d'avoir été parmi ceux qui, sans ambiguïté, ont exprimé leur refus. Voici les principales raisons de l'attitude que j'ai adoptée.

Il y a fort heureusement des règles, procédures et critères pour le recrutement de professeurs. Ceux-ci doivent être strictement respectés. Les universités doivent être des modèles du respect de la règle de droit. Depuis que des universités existent, un de leurs piliers est l'autonomie. Pendant des siècles, elles se sont défendues contre les interférences du pouvoir politique. Protéger l'université contre son instrumentalisation politique reste une ardente nécessité.

L'université est et doit rester une communauté d'étudiants et d'enseignants. Son rôle ne se limite pas à la transmission du savoir. Elle doit être un lieu d'apprentissage non seulement du savoir-faire mais aussi du savoir-vivre et du savoir-être. Elle a une mission éthique qui consiste, entre autres, à promouvoir une culture civique et de respect du droit. Jean Jaurès a écrit: «On n'enseigne pas ce que l'on sait mais ce que l'on est.»

C'est pour cela que j'estime qu'une université soucieuse de sa mission et de son intégrité ne peut pas faire abstraction de la condamnation pénale de M. Juppé. Minimiser le délit pour lequel il a été condamné comme une peccadille, c'est rendre un mauvais service à l'État de droit démocratique. M. Juppé peut-il être un modèle pour les étudiants en général et pour ceux qui se destinent à l'administration publique en particulier même si, au dire du directeur de l'ENAP, il ne sera pas appelé à enseigner l'utilisation des fonds publics?

Dire que le fait de ne pas admettre M. Juppé comme professeur dans une université lui inflige une «double peine» est parfaitement aberrant. Est-ce une peine que de ne pas admettre une personne comme enseignant dans une communauté universitaire?

Enfin, sans être Québécois d'origine, je ne pense pas qu'il soit dans l'intérêt du Québec et de ses universités de devenir une sorte de refuge ou d'asile pour des hommes politiques ayant eu des démêlés avec la justice dans leur pays. [...]

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