Damas entrouvre la porte à un retrait partiel - Manifestation monstre à Beyrouth contre la Syrie

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Des dizaines de milliers de Libanais ont manifesté leur mécontentement à l’endroit de la Syrie, hier.
Photo: Agence Reuters jamal saidi reuters Des dizaines de milliers de Libanais ont manifesté leur mécontentement à l’endroit de la Syrie, hier.

Pendant que la Syrie a laissé entendre à la Ligue arabe, hier, qu'elle allait bientôt prendre des mesures concernant un retrait partiel de ses troupes présentes au Liban, une véritable marée humaine a déferlé sur la Place des martyrs à Beyrouth, rebaptisée Place de la liberté, en jurant de rester dans la rue jusqu'à ce que la vérité se fasse sur les assassins de Rafic Hariri, ex-premier ministre libanais.

«Les cloches de la libération ont sonné», scandait la foule, estimée à plus de 100 000 personnes, à son arrivée à la sépulture de Rafic Hariri. Il s'agit de la plus importante manifestation antisyrienne depuis l'entrée des troupes de Damas au Liban, un an après l'éclatement de la guerre en 1975.

L'opposition a rejeté sur le pouvoir prosyrien et sur le régime de tutelle syrien la responsabilité de l'explosion spectaculaire qui a tué Rafic Hariri et 17 autres personnes et a blessé 220 personnes, le 14 février.

Dès le matin, des manifestants s'étaient rassemblés sur les lieux de l'attentat, sur le front de mer de Beyrouth, en multipliant les insultes contre la Syrie. Les forces de l'ordre, appuyées par l'armée, étaient déployées en nombre mais se sont contentées de canaliser les manifestants, et aucun incident n'a été enregistré.

Des manifestants ont même essayé de fraterniser avec la troupe, lui offrant des fleurs.

La foule, les députés de l'opposition en tête, a observé une minute de silence à 12h55, au moment où, une semaine plus tôt, Rafic Hariri et sept membres de son escorte ont été tués, puis elle a entonné l'hymne national.

Retrait syrien

L'annonce par la Syrie qu'elle songeait à un possible retrait partiel du Liban a été jugée insuffisante par George W. Bush, qui a appelé, dans un discours prononcé à Bruxelles, à la fin de l'«occupation» du pays du cèdre par l'armée de Damas.

Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a déclaré que le président Bachar el-Assad lui avait confié «sa ferme intention de poursuivre l'application de l'accord de Taëf et de planifier un retrait syrien du Liban, en conformité avec cet accord», conclu en 1989 pour mettre fin à la guerre civile.

Il est attendu de la Syrie, qui maintient 14 000 soldats au Liban, qu'elle retire une partie de ses troupes avant les élections législatives libanaises prévues en mai.

Par ailleurs, l'Union européenne (UE) s'est jointe à l'appel de Washington pour l'ouverture d'une enquête internationale sur l'assassinat d'Hariri. «Le Conseil de l'UE appelle à l'ouverture sans délai d'une enquête internationale pour faire la lumière sur les circonstances de cet attentat et pour en découvrir les responsables», ont déclaré les ministres des Affaires étrangères de l'UE dans un communiqué. La Syrie a démenti toute implication dans cet attentat.

Sami Baroudi, professeur de sciences politiques à l'Université américano-libanaise, a expliqué que les propos de Bush servaient à faire pression sur la Syrie pour qu'elle respecte la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU adoptée l'année dernière, qui exigeait le retrait de ses troupes du Liban. «Je suis certain que d'autres messages seront envoyés du sommet de Bruxelles, mais les Syriens ne pensent pas que le temps est venu pour eux de faire un virage à 180 degrés», a dit Baroudi.

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