Penser les milieux de vie pour affronter la transition écologique

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
À Laval, l’aménagement de rues résilientes permet de lutter contre les îlots de chaleur et de favoriser la rétention des eaux pluviales, en plus d’encourager le transport actif.
Vincent Girard À Laval, l’aménagement de rues résilientes permet de lutter contre les îlots de chaleur et de favoriser la rétention des eaux pluviales, en plus d’encourager le transport actif.

Ce texte fait partie du cahier spécial Habitation

La transition écologique occupe une place tout aussi importante dans la première Politique métropolitaine d’habitation pour le Grand Montréal. Au Québec,c’est le transport individuel qui génère le plus de gaz à effet de serre. Comment concevoir, alors, des quartiers qui contribuent à cette transition ?

Construire des milieux de vie qui minimisent les déplacements, favorisent les transports actifs et collectifs et diminuent les émissions de GES, « ce n’est pas une question de choix, c’est une responsabilité », souligne la mairesse de Longueuil, Catherine Fournier. Le milieu municipal, qui sous-utilise ses pouvoirs dans ce domaine, a pourtant plusieurs outils à sa disposition.

« La manière dont on aménage nos villes peut favoriser la transition écologique. Les villes ont le pouvoir d’encadrer le développement et de décider ce qui peut être développé, où et comment », explique Stéphane Boyer, maire de Laval.

Or, les villes héritent des politiques d’habitation des dernières dizaines de décennies. « On n’a pas créé assez d’espaces habitables près des milieux complets », soutient Catherine Boisclair, urbaniste et coordonnatrice à Vivre en ville. Plusieurs banlieues, dont Longueuil, ont été développées sur le modèle de l’automobile. « Il y a un coup de barre à donner », acquiesce Mme Fournier.

Ce changement de direction passe par la protection de la nature et des terres agricoles, l’accès à des logements abordables et centraux, une meilleure offre de services de proximité et de transport. Le tout rendu possible par une densification des quartiers centraux.

« Ce n’est plus une question de savoir si on va densifier ou non, c’est comment on va le faire », affirme Mme Boisclair. La densification, douce ou marquante, passe par les habitations accessoires, la subdivision de logements, les maisons intergénérationnelles, la construction sur des stationnements ou les immenses centres d’achats sous-utilisés.

Les municipalités doivent favoriser la construction (plus performante d’un point de vue écoénergétique) dans les coeurs villageois et les quartiers centraux. L’idéal ? Vivre à 15 minutes à pied de l’épicerie et de commerces de proximité, de l’école ou de la garderie, et près du transport en commun. « Au-delà de la transition écologique, la densification rend possible la mise en place du transport en commun », note le maire de Laval.

Protéger les milieux intacts

 

En plus de nourrir la population, les milieux naturels et agricoles, protégés notamment par la densification des quartiers existants, offrent à leur tour des services écosystémiques importants. Par exemple, les milieux humides, qui agissent comme de véritables éponges, jouent un rôle de protection contre les inondations.

Mais il y a encore du travail à faire. « C’est plus facile en ce moment de construire loin. L’ensemble de l’industrie de la construction doit apprendre de la densification verte », remarque Mme Boisclair. Avec son nouveau Plan de protection des milieux naturels, Longueuil souhaite par exemple donner plus de prévisibilité aux promoteurs, leur indiquant les secteurs à développer et à préserver.

Verdir la ville

 

Construire près du déjà bâti va de pair avec des stratégies de verdissement. Et ce, même si parfois, la construction d’habitats exige de couper des arbres. « C’est contre-intuitif, mais sinon, on détruit nos forêts », observe Mme Boisclair.

Encore une fois, les options sont multiples : trottoir en banquette, fosses de filtration, toits végétalisés… En plus de lutter contre les îlots de chaleur, ces aménagements absorbent les pluies abondantes au lieu de saturer le système d’égouts municipaux. Certaines municipalités obligent les promoteurs à retenir les eaux de pluie sur leur site, ce qui alimente aussi le verdissement, et évite que les installations de filtrage ne rejettent des eaux non traitées faute de capacité lors des pluies très abondantes.

Agir pour le bien commun

 

Une chose est claire : pour affronter la transition écologique, il faudra revoir nos façons d’habiter le territoire, et accélérer le processus pour construire plus d’habitations. « Chacune de nos décisions a un impact sur l’allure de la ville et sur le mode de vie des gens », résume M. Boyer.

Devant des projets de densification, on assiste souvent à une levée de boucliers. « Il faut se demander comment favoriser l’acceptabilité sociale. Pour nous, ça passe par des projets qui respectent le patrimoine, et font du verdissement », croit Mme Fournier. Si pour beaucoup, la maison unifamiliale est synonyme d’espace pour les enfants pour jouer dehors, ce n’est pas la seule option.

« On peut construire plus dense, mais en faisant de la place pour les enfants : cours intérieures, terrasses sécuritaires, etc. », énumère M. Boyer. Plus de densité signifie finalement plus de services et de commerces de proximité, et plus de transport en commun. Comme quoi, s’attaquer à la crise climatique attire aussi des solutions quant à la crise des logements abordables, et améliore la qualité de vie d’un plus grand nombre de personnes.

« C’est plus facile en ce moment de construire loin. L’ensemble de l’industrie de la construction doit apprendre de la densification verte. »

L’idéal ? Vivre à 15 minutes à pied de l’épicerie et de commerces de proximité, de l’école ou de la garderie, et près du transport en commun.

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