La pluie comme diachylon

Appelés sur les lieux d’un incendie dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, ces pompiers  luttaient hier contre une chaleur d’un autre type sous le regard des badauds compréhensiblement dépoitraillés.
Photo: Jacques Nadeau Appelés sur les lieux d’un incendie dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, ces pompiers luttaient hier contre une chaleur d’un autre type sous le regard des badauds compréhensiblement dépoitraillés.

Vivement que les nuages et les averses prennent d'assaut pour de bon le ciel du sud du Québec. Ils demeurent dans l'immédiat les seuls espoirs pour chasser ce smog exceptionnel en attendant que les Québécois revoient enfin leur mode de transport énergivore.

Encore hier après-midi les météorologues sonnaient l'alerte rouge pour la quatrième journée consécutive. Un record de durée et de concentration de gaz polluants qui n'avait pas été atteint depuis 1988.

La conjoncture de plusieurs événements a contribué à rassembler les ingrédients explosifs du smog particulièrement étouffant des derniers jours. D'abord, une crête de haute pression a initié un mouvement de circulation en provenance du sud-ouest qui a transporté les polluants crachés par les grands centres industriels du Midwest américain et du sud de l'Ontario jusque sur nos villes. Celles-ci ont à leur tour ajouté leur grain de sel à cette soupe chimique que le soleil ardent et les très hautes températures ont bien mijoté. De cette marmite en ébullition se sont échappés des effluves d'ozone et de fines particules en suspension, les deux principaux constituants du smog.

«Alors que l'ozone qui se trouve dans les hautes couches de l'atmosphère nous protège des effets délétères des rayons ultraviolets, celui qui est généré à basse altitude est toxique et provoque des problèmes de santé chez les personnes âgées et les jeunes enfants», spécifie Jacques Rousseau, météorologue spécialiste en qualité de l'air.

L'ozone provoque la constriction des bronches, explique le Dr Louis Drouin du Département de santé publique de Montréal-Centre. Et les particules en suspension sont si fines (environ 2,5 microns ou 0,0025 mm) qu'elles parviennent à s'infiltrer jusqu'aux alvéoles des poumons. On comprend ainsi que les épisodes de smog où ces polluants sont particulièrement abondants entraînent des difficultés respiratoires et cardiaques chez les personnes déjà handicapées à cet égard. Et se traduisent par un nombre accru d'hospitalisations, de consultations à l'urgence, de décès précoces chez les personnes atteintes de problèmes respiratoires ou cardiaques, comme l'asthme, l'emphysème, la bronchite chronique et l'insuffisance cardiaque.

Le smog des derniers jours a dû être particulièrement éprouvant pour ces individus puisque les particules fines ont dépassé les 50 microgrammes par mètre cube alors qu'elles oscillent généralement entre 20 et 30. Pour leur part, les concentrations d'ozone ont atteint lundi et mardi des pointes de 90 ppb (parties par milliard). Une valeur critique compte tenu que les météorologues considèrent comme mauvaise la qualité de l'air lorsque les valeurs rejoignent les 82 ppb.

Il s'agit là d'un record qui n'arrive toutefois qu'à la cheville de ceux que connaissent certaines mégapoles américaines et européennes, où les concentrations d'ozone frôlent les 180 ppb. Des plafonds durant lesquels les autorités locales interdisent à certaines automobiles (immatriculées paires alternant avec les impaires) de circuler.

Car les véhicules à moteur sont les grands coupables du smog urbain puisqu'ils génèrent 50 % des gaz polluants et des particules fines qui contribuent à sa formation. La combustion des différents combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon, etc.) et du bois par les centrales thermiques, mais surtout par les innombrables automobiles, produisent des oxydes d'azote, qui sont les composés précurseurs de l'ozone.

«On ne réduira véritablement le smog qu'en changeant les comportements, lance le Dr Louis Drouin. Nul besoin d'un 4x4 qui consomme deux à trois fois plus d'essence au kilomètre que les petites cylindrées pour se rendre au centre-ville!»

Il interpelle également le gouvernement du Québec pour qu'il rende obligatoire au plus tôt son programme d'inspection-entretien des véhicules à moteur, demeuré à l'état de projet pilote depuis cinq ans. «Les véhicules mal entretenus qui représentent environ 20 % de notre parc automobile sont responsables de 80 % des émissions de gaz polluants», précise-t-il.

Il demande aussi aux pouvoirs publics de financer plus adéquatement le transport en commun. Une revendication qu'a soulevée également l'association sans but lucratif Transport 2000 qui défend les usagers des transports collectifs. «Il faudrait introduire la gratuité du transport public au moment des épisodes de smog et ne pas réduire le service comme on le fait actuellement durant les vacances estivales», a commenté Normand Parisien, directeur général de l'organisme.

En guise de recommandations, le Dr Drouin invite les personnes les plus vulnérables à réduire au minimum les activités physiques intenses et à rester au calme dans des endroits bien ventilés. «Il est également important de boire beaucoup, de se vêtir légèrement et de se rafraîchir dans la piscine ou dans les centres commerciaux climatisés si votre habitation ne l'est pas», souligne-t-il. Les sportifs quant à eux ne sont pas tenus d'interrompre leur entraînement bien qu'ils puissent éprouver une gêne respiratoire.