Les «pingres» rajustent leur aide

Devant l'ampleur de la catastrophe et les accusations répétées de pingrerie, les puissances occidentales se sont empressées d'annoncer une augmentation substantielle de l'aide octroyée aux pays d'Asie du Sud-Est victimes des tsunamis meurtriers. Le Canada n'est pas en reste, avec l'annonce mercredi d'une aide supplémentaire de 36 millions de dollars, mais le Québec traîne la patte.

Dès le deuxième jour après la catastrophe, le gouvernement de Jean Charest, par l'entremise de la ministre des Relations avec les citoyens et de l'Immigration, Michelle Courchesne, a annoncé une aide de 100 000 $ aux sinistrés de l'Asie du Sud-Est. «Le Québec a été le premier à réagir», souligne Myriam Marotte, de la Croix-Rouge, division Québec.

Or les gouvernements de l'Ontario et de la Colombie-Britannique ont annoncé hier l'octroi d'une aide substantielle, respectivement de cinq et huit millions de dollars.

«Quand on regarde l'ampleur de la catastrophe,

100 000 $, c'est bien peu, c'est trop peu, c'est minime, critique la députée péquiste de Prévost, Lucie Papineau. Je souhaite de tout coeur que le gouvernement du Québec révise sa position. Surtout que nous, comme pays riche, on pourrait faire plus. À côté des cinq millions en Ontario, c'est comme donner 25 sous par rapport à 1000 $ à quelqu'un qui est dans le besoin.»

Au bureau du premier ministre du Québec, on répond qu'il n'y a «pas d'aide supplémentaire» de prévue, explique l'attachée de presse de Jean Charest, Marie-Claude Champoux.

Au ministère des Relations internationales (MRI), la position n'a pas changé depuis le début de la semaine. «Pour l'instant, on reste sur les 100 000 $ annoncés mardi. Les Québécois ont contribué par leurs impôts et leurs taxes; si certains désirent le faire plus amplement, ils peuvent le faire par la Croix-Rouge directement», affirme Amélie Blondeau, de la direction des communications du MRI.

Fortement critiqué pour sa lenteur à réagir, le gouvernement canadien a par ailleurs révisé mercredi à la hausse le montant remis aux organismes venant en aide aux sinistrés des tsunamis. Les dons offerts par Ottawa se chiffrent maintenant à 40 millions de dollars.

Mais c'est contre les États-Unis, première puissance mondiale, que la critique a été la plus sévère. Le quotidien français Le Figaro a ridiculisé, hier, la décision initiale du président Bush de consacrer 15 millions $US à la tragédie. «Quinze millions de dollars, c'est moins de la moitié des ventes quotidiennes d'aliments pour chiens et chats aux États-Unis. C'est dix fois moins que le coût d'un jour de guerre en Irak pour l'armée américaine», écrit le quotidien, reconnu pour ses positions conservatrices.

À l'intérieur même des États-Unis, les critiques se sont multipliées, notamment de la part du très influent quotidien New York Times qui, dans un éditorial, affirme espérer «que le secrétaire d'État Colin Powell a été personnellement embarrassé» d'annoncer une aide de 15 millions $US deux jours après une tragédie «qui coûtera des milliards». Un montant qui représente, selon l'éditorialiste, «moins de la moitié de ce que les républicains prévoient pour célébrer l'assermentation du président Bush» en janvier.

L'annonce faite mercredi d'une aide supplémentaire totalisant 35 millions $US n'a pas fait taire les critiques. «Ce n'est encore qu'une goutte d'eau», affirme le New York Times, en ajoutant que les États-Unis dépensent moins de 0,25 % de leur budget annuel en aide aux pays pauvres.

La surenchère ne s'est pas fait attendre du côté de la France, qui a annoncé hier qu'elle était prête à doubler le montant de ses dons aux victimes des raz-de-marée en Asie, ce qui porterait l'aide promise par l'Hexagone à plus de 57 millions $US. La France essuyait ainsi des critiques provenant du patron de l'Agence américaine pour le développement (USAID), Andrew Natsios, qui avait déclaré mercredi que «le programme d'aide humanitaire de la France n'est pas si gros que cela».

Désormais, c'est en millions, voire en dizaines de millions, que l'aide vient des gouvernements et de nombreuses organisations non gouvernementales (ONG) qui ont lancé des collectes de fonds partout dans le monde. En tête des pays donateurs se trouvent, outre les États-Unis, le Canada et la France: les Pays-Bas (36,8 millions $US), l'Union européenne (27 millions $US), le Japon (39,5 millions $US), le Royaume-Uni (29 millions $US), l'Australie (27,2 millions $US). Des pays connaissant de grandes difficultés économiques contribuent aussi, comme la Roumanie et le Cambodge, qui ont débloqué chacun plus de 40 000 $US. La Suède est le plus gros donateur actuel, avec 75 millions en aide «d'urgence initiale», mais son cas est particulier: elle est l'un des pays occidentaux les plus touchés, entre 1000 et 4500 de ses ressortissants manquant toujours à l'appel.

Dès le lendemain de la catastrophe, lundi, l'accusation de «radinerie» ou de «pingrerie» à l'égard des puissances occidentales avait surgi, venant du responsable des questions humanitaires de l'ONU, Jan Egeland. Ce dernier avait alors souligné que plusieurs pays riches ne consacrent qu'environ 0,1 % ou 0,2 % de leur PNB à l'aide au développement, au lieu du 0,7 % promis dans la déclaration du millénaire en 2000.

Somme toute, les accusations et les critiques semblent avoir porté fruits. Washington a fait savoir qu'il était favorable à des mesures d'allégement de la dette de ces pays. L'Allemagne et la France, elles, ont proposé un moratoire sur la dette des pays les plus touchés, notamment l'Indonésie, idée qui devrait être examinée par le Club de Paris — groupe informel de créanciers publics formé de 19 pays — qui se réunira le 12 janvier. Selon la Banque mondiale, la dette extérieure publique des cinq pays les plus touchés par la catastrophe du 26 décembre s'élève à plus de 300 milliards de dollars.

Avec AFP, Reuters et Libération
1 commentaire
  • Martin Doyon - Abonné 3 janvier 2005 20 h 59

    "Je n'ai jamais eu aussi honte..."

    Lorsque j'ai appris que le Gouvernement du Québec faisait l'aumône de cent mille malheureux dollars (canadiens!) aux victimes du tsunami, j'ai tout d'abord cru à une mauvaise blague. Puis je me suis dit qu'on allait rajuster le tir. Mais non: encore aujourd'hui (3 janvier), il est toujours question de cent mille dollars. Si les circonstances n'étaient pas si dramatiques, ce serait à se rouler de rire par terre.

    Quel manque d'envergure! Monsieur Charest avait l'occasion de faire un peu oublier l'aide ridicule accordée aux sinistrés des Gonaïves, et l'a ratée de la plus belle façon. Pour paraphraser un Premier Ministre qui en avait, lui, de l'envergure: "Je n'ai jamais eu aussi honte d'être Québécois..."

    Martin Doyon
    Chambly