Jusqu'à 100 000 morts

Un enfant tend la main parmi la foule des sinistrés pour recevoir de la nourriture et des vêtements, à Cuddalore, au sud de Madras, en Inde.
Photo: Agence Reuters Un enfant tend la main parmi la foule des sinistrés pour recevoir de la nourriture et des vêtements, à Cuddalore, au sud de Madras, en Inde.

Banda Aceh, Indonésie — Le bilan de l'horreur ne cesse d'amplifier en Asie du Sud-Est, dévastée par les tsunamis meurtriers. Au dernier décompte fait hier, le nombre de morts recensé indique désormais 80 000 victimes, mais la Croix-Rouge internationale craint que plus de 100 000 personnes n'aient en réalité péri dans la catastrophe.

Et ce nombre pourrait encore grossir si les risques d'épidémies se concrétisent. Hier, l'UNICEF rappelait que les eaux stagnantes peuvent être aussi meurtrières que les vagues déferlantes. L'organisme onusien estime que des millions de personnes sont exposées à un «grave risque» d'épidémies, comme le choléra et la malaria, si des actions immédiates ne sont pas prises pour fournir de l'eau potable dans les zones sinistrées.

Dans les villages côtiers, la désolation est totale. L'odeur de la mort empestait hier les rues de Banda Aceh, capitale de la province d'Aceh située dans le nord de Sumatra. Une centaine de cadavres boursouflés et noircis gisaient toujours sur le front de mer, au milieu de débris en tous genres recrachés par l'océan. Le même type de scènes se voyait aussi ailleurs.

Les autorités sanitaires pensent qu'une quantité importante de dépouilles se trouvent toujours dans les zones les plus reculées ou dans les villes les plus proches de l'épicentre du séisme.

«Je dirais qu'il y a vraisemblablement entre 50 000 et 80 000 morts», a déclaré Michael Elmquist, chef pour l'Indonésie du Bureau de l'ONU pour la Coordination des affaires humanitaires (OCHA).

Encore hier, le bilan des victimes n'a cessé de gonfler. Plus de 500 000 blessés étaient recensés et des dizaines de milliers de personnes étaient toujours recherchées. Le nombre des personnes déplacées est lui aussi très élevé: un million de personnes au Sri Lanka, 160 000 en Inde et 29 000 en Thaïlande, selon la Croix-Rouge et les autorités.

Le chef des opérations de soutien de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Peter Rees, redoutait un bilan des morts et des disparus «absolument énorme». «Je ne serais pas du tout surpris que nous dépassions les 100 000 morts, une fois que nous aurons vu ce qui s'est passé dans les archipels Nicobar et Andaman», dans le sud de l'Inde, a déclaré M. Rees.

Dès lundi, un responsable du district avait estimé que 30 000 personnes pouvaient avoir disparu dans ces archipels du sud du golfe du Bengale composés de plus de 500 îles. Les autorités indiennes ont fait état d'un bilan provisoire de 10 850 morts, dont environ 6000 dans l'État du Tamil Nadu (sud-est du pays) et 4000 dans les archipels Nicobar et Andaman.

En Indonésie, les autorités ont annoncé 45 268 morts, mais il manquait encore un décompte exact des victimes de la côte ouest de Sumatra. Dans cette île, la plus proche de l'épicentre du séisme de magnitude 9 qui s'est produit dimanche à 40 kilomètres sous la surface de l'océan, entraînant une série de vagues meurtrières, plus de 10 000 personnes auraient péri. Au Sri Lanka, 22 493 personnes ont été tuées, et 1829 en Thaïlande. Dans les autres pays directement touchés par les tsunamis, 90 personnes sont mortes en Birmanie, selon les organisations humanitaires internationales, 65 en Malaysia, 67 aux Maldives et deux au Bangladesh.

Pour éviter la propagation d'épidémies, un millier de cadavres déformés par les eaux ont dû être déchargés par des camions dans des fosses communes de Sumatra sans avoir pu être identifiés. Les équipes militaires qui ont pu atteindre pour la première fois la côte ouest de l'île évoquaient un spectacle de dévastation totale.

Selon le général Endang Suwarya, chef de l'armée dans la province d'Aceh, «75 % de la côte ouest a été détruite». Les journalistes qui ont pu survoler la zone ont vu défiler des villages ensevelis sous la boue et l'eau de mer, des maisons effondrées ou aux toitures arrachées.

Étrangers

Dans le monde entier, des pays s'inquiétaient pour leurs touristes portés disparus. Beaucoup d'étrangers qui passaient leurs vacances sur les plages asiatiques figurent parmi les morts, notamment dans les stations du sud de la Thaïlande, où la mort de 473 ressortissants étrangers originaires de 36 pays a été confirmée. On craint à cet endroit que la moitié des quelque 1800 morts soient des touristes étrangers.

L'Allemagne et la Grande-Bretagne ont confirmé chacune le décès de 26 de leurs ressortissants. Mais le chancelier allemand Gerhard Schröder avançait hier que le nombre total d'Allemands décédés «dépassera clairement les trois chiffres». Le bilan français est passé à 20 morts, tout comme celui de l'Autriche et de la Norvège. Là aussi, les bilans seront revus à la hausse, puisque des milliers de touristes, dont plus de 2000 Scandinaves, manquent encore à l'appel.

De nombreux pays occidentaux ont continué au cours de la journée de rapatrier des milliers de leurs ressortissants qui étaient en vacances sur les plages de l'océan Indien.

Malgré tout, l'aide humanitaire commençait à arriver en masse dans les pays touchés. Le long de la côte sud de l'Inde, la vaccination contre le choléra, la typhoïde, l'hépatite A et la dysenterie de 65 000 rescapés du tsunami a commencé dans l'État de Tamil-Nadu. Une centaine de médecins et 175 tonnes de riz ont aussi atteint Banda Aceh, à Sumatra.

À plusieurs endroits, les sinistrés désespérés volent de la nourriture partout où ils le peuvent. Des pillages étaient également signalés dans les stations balnéaires thaïlandaises des îles de Phuket et Phi Phi, où des touristes occidentaux ont laissé derrière eux leurs biens dans les hôtels dévastés.

D'après Associated Press, l'Agence France-Presse, Reuters et Le Monde