Montée en puissance de l'aide internationale

De partout dans le monde, l'aide internationale destinée aux pays frappés par les tsunamis meurtriers dans l'océan Indien est montée en puissance hier, avec le départ de nouveaux avions acheminant nourriture, eau, médicaments et vêtements vers les régions sinistrées, tandis que plusieurs dizaines de millions d'euros ont déjà été promis, selon les Nations unies.

Les pays les plus riches se sont engagés à hauteur de 250 millions de dollars en aide d'urgence pour les victimes des raz-de-marée qui ont succédé dimanche au plus violent séisme depuis 40 ans, tandis que des millions de dollars de plus étaient promis dans le cadre d'autres contributions.

L'ONU a lancé hier un appel aux pays donateurs pour un montant de 130 millions de dollars, destiné à faire face aux besoins immédiats au Sri Lanka, en Indonésie et aux Maldives, à la suite des dégâts causés par les raz-de-marée de dimanche dernier. Sur ce total, 70 millions de dollars sont destinés au Sri Lanka, 40 millions à l'Indonésie et 20 millions aux Maldives, a-t-il précisé.

En plus de ces 130 millions de dollars, les Nations unies vont lancer un appel international aux dons le 6 janvier, pour couvrir la phase d'urgence. Selon des responsables onusiens, des milliards de dollars seraient nécessaires pour reconstruire les pays sinistrés.

«C'est un immense désastre», a souligné le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, mardi soir sur CNN, en annonçant la date à laquelle l'appel serait lancé. «J'espère que la réponse sera généreuse.»

Kofi Annan a interrompu ses vacances et est rentré hier soir à New York afin de superviser l'effort humanitaire de l'ONU en faveur des pays affectés par les tsunamis. M. Annan s'entretiendra ce matin avec Jan Egeland, secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, qui coordonne l'action de l'ONU dans ce domaine. Au cours des deux derniers jours, M. Annan s'est entretenu au téléphone avec les dirigeants de tous les pays frappés par le désastre, non seulement pour leur présenter ses condoléances mais aussi pour «s'enquérir de leurs besoins les plus urgents». Il a également été en contact avec les principaux pays donateurs «pour examiner l'effort humanitaire international et souligner le rôle de coordination de l'ONU en la matière», selon son porte-parole.

Après la catastrophe de dimanche, le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) a annoncé hier le lancement d'un dispositif majeur d'assistance dans la province indonésienne d'Aceh, où un pont aérien d'urgence va être mis en place pour fournir abris et secours à plus de 100 000 personnes. «La ville d'Aceh, la plus proche de l'épicentre du séisme, a été pratiquement détruite et la population locale a besoin de toute urgence d'abris et d'autres produits de première nécessité», a fait valoir Ruud Lubbers, le haut-commissaire pour les réfugiés.

Fonds d'urgence

Depuis son ranch de Crawford au Texas, George W. Bush a annoncé hier que les États-Unis, l'Inde, l'Australie et le Japon avaient formé une coalition internationale pour coordonner les secours et les efforts de reconstruction internationaux. En Europe, les gouvernements ont débloqué des fonds d'urgence. L'Espagne a promis hier 50 millions d'euros — la plus importante contribution pour un seul pays —, dont 80 % en dons et le reste en prêts. La Grande-Bretagne s'est engagée à hauteur de 15 millions £ (35 millions $CAN) pour les efforts de secours.

À Paris, le gouvernement français a annoncé une contribution de 15 millions d'euros (24,7 millions $CAN) à l'aide internationale dans la région et l'Allemagne a porté la sienne à 20 millions d'euros (33 millions $CAN). Le Danemark a annoncé qu'il allait diriger les efforts du Partenariat humanitaire international (Danemark, Suède, Norvège, Finlande, Pays-Bas et Grande-Bretagne) pour établir un centre de coordination et d'évaluation de l'ONU sur l'île indonésienne de Sumatra. Copenhague a fait don de 85 millions de couronnes danoises (18,8 millions $CAN) pour financer ce centre.

De toutes parts des avions continuaient de décoller vers les régions sinistrées. Pour la France, «environ 20 tonnes d'aide humanitaire — postes médicaux, station de potabilisation d'eau» — devaient partir pour l'Indonésie et cinq tonnes vers les Maldives, selon l'Élysée. Par ailleurs, un patrouilleur de la Marine nationale devait participer aux efforts de recherches en Thaïlande et des équipes spécialisées de la gendarmerie et de la police nationale, à l'identification des victimes.

Le Portugal a annoncé le départ de deux avions cargo, qui devaient acheminer «21 tonnes d'aide humanitaire» au Sri Lanka, hier et aujourd'hui. La Russie a envoyé un troisième avion au Sri Lanka.

Enfin, le Pakistan a proposé son aide à l'Inde, son vieux rival. Signe de l'amélioration des relations entre les deux puissances nucléaires voisines, le premier ministre pakistanais, Shaukat Aziz, a téléphoné hier à son homologue indien, Manmohan Singh, un entretien d'un quart d'heure auquel il a transmis les condoléances et la sympathie de son gouvernement et du peuple pakistanais.

FMI

L'aide apportée à la région pourra aussi prendre la forme d'un assouplissement des mesures imposées par le Fonds monétaire international (FMI) à certains pays. Hier, le FMI s'est dit prêt à amortir le contre-coup financier du séisme qui a dévasté l'Asie du Sud en examinant notamment le remboursement des prêts dus par l'Indonésie. Les représentants du Fonds sont en contact avec les gouvernements des différents pays touchés par la catastrophe, a indiqué hier à des journalistes un responsable du FMI sous le couvert de l'anonymat.

«Nous leur proposons notre assistance sous quelque forme que ce soit et nous leur disons que nous serons là lorsqu'ils sentiront qu'ils peuvent demander notre aide», a ajouté ce responsable. Le FMI serait prêt au besoin à envisager un ajustement des remboursements des prêts de l'Indonésie, a-t-il laissé entendre.

Les États-Unis ont aussi indiqué hier être favorables à des mesures d'allégement de la dette des pays de l'Asie du Sud dévastés par des raz-de-marée, mais ils n'ont pas réagi à une idée lancée par l'Allemagne d'un moratoire pour l'Indonésie et la Somalie. «Nous sommes ouverts à toutes sortes d'idées», a déclaré Andrew Natsios, administrateur de l'Agence américaine pour le développement international (USAID), lors d'une conférence de presse.

Le chancelier allemand, Gerhard Schröder, avait auparavant indiqué à Berlin que son gouvernement allait proposer un moratoire sur la dette de l'Indonésie et de la Somalie lors de la prochaine réunion du Club de Paris, sans fournir plus de précisions. L'Indonésie et la Somalie sont les deux pays touchés par les tsunamis ayant passé des accords avec le Club de Paris.

D'après l'Associated Press, Reuters et l'Agence France-Presse