L'Asie mobilise le monde

Une survivante des tsunamis meurtriers s’attardait hier près d’un grand tableau, dans le village de Velankani, en Inde, où les autorités avaient affiché les photos de centaines de victimes dans le sud du pays, dévasté par la catastrophe.
Photo: Agence Reuters Une survivante des tsunamis meurtriers s’attardait hier près d’un grand tableau, dans le village de Velankani, en Inde, où les autorités avaient affiché les photos de centaines de victimes dans le sud du pays, dévasté par la catastrophe.

Le monde entier répond à l'appel d'aide de l'Asie du Sud et du Sud-Est, frappée par de gigantesques raz-de-marée qui ont fait au moins 50 000 morts. Venue d'Europe, du Japon, d'Australie, des États-Unis mais aussi de pays plus pauvres comme la Roumanie et le Cambodge, l'aide annoncée se chiffre déjà par dizaines de millions de dollars. Hier, des avions de ravitaillement et des équipes d'assistance ont aussi pris la route vers les zones sinistrées en vue d'assurer les premiers secours, notamment du ravitaillement et de l'aide médicale.

Lundi, l'ONU a évalué à des milliards de dollars le coût des destructions qu'ont entraînées les énormes tsunamis dans une dizaine de pays dont le Sri Lanka, l'Inde, la Thaïlande, l'Indonésie, la Malaysia, les Maldives, le Bangladesh et la Birmanie. L'organisation fera rapport des besoins précis de chaque pays au cours des prochains jours, mais elle annonce déjà que le montant de l'aide demandée fracassera les records passés. La somme dépassera assurément les 1,6 milliard de dollars qui avaient été demandés au printemps 2003 pour aider à la reconstruction de l'Irak après l'offensive américaine. À titre comparatif, l'ONU avait lancé un appel d'aide de 350 millions pour les victimes du tremblement de terre de Bam, en Iran, l'an dernier, somme au bout du compte couverte à 60 %. La Croix-Rouge internationale a pour sa part révisé sa demande d'aide de 7,5 à 44 millions de dollars. En réponse, les États-Unis, qui avaient débloqué 660 000 $ d'aide immédiate, enverront 42 millions de dollars supplémentaires en crédits et en produits de première nécessité. Vingt avions ravitailleurs (nourriture, eau, etc.) de l'armée américaine ont pris la route de l'Asie du Sud et plusieurs navires ont été déroutés. Après une première aide de cinq millions de dollars pour couvrir les besoins vitaux, la Commission européenne a quant à elle annoncé hier 33 millions d'aide supplémentaire et se dit en mesure de fournir jusqu'à 50 millions.

La plupart des pays d'Europe, en même temps qu'ils envoyaient des équipes sur place, ont débloqué des premiers fonds: cinq millions de dollars pour l'Allemagne, 500 000 $ pour la Grèce, un million pour la Suisse, 550 000 $ pour la République tchèque, 1,6 million pour l'Irlande, 3,3 millions pour les Pays-Bas, 400 000 $ pour la Hongrie, sous forme de médicaments convoyés mardi par un groupe de médecins en route pour le Sri Lanka. Les pays nordiques ne sont pas en reste avec dix millions pour la Norvège, 2,1 millions pour le Danemark, 500 000 $ pour la Finlande et 4,5 millions pour la Suède.

Encore meurtrie par le séisme de Bam, l'Iran a aussi répondu à l'appel en envoyant 221 tonnes de matériel d'une valeur de 650 000 $. Des pays qui ne sont pas des donateurs habituels, comme la Chine et le Brésil, sont aussi entrés dans la ronde de dons. Même des États plus pauvres comme la Roumanie et le Cambodge ont chacun offert 50 000 $.

Le responsable des questions humanitaires de l'ONU, Jan Egeland, a salué la réponse «immédiate et généreuse» de la communauté internationale. Le commissaire européen à l'aide humanitaire a pour sa part plaidé pour une aide soutenue afin qu'un vide ne s'installe pas entre l'aide d'urgence et l'aide à la reconstruction.

Au Québec et au Canada

À son tour, le gouvernement du Québec a annoncé hier une contribution de 100 000 $ pour aider les victimes des tsunamis qui ont ravagé plusieurs régions côtières de l'océan Indien dimanche. Le don sera versé à la section québécoise de la Croix-Rouge (CR), partenaire de premier plan du gouvernement.

«On a des ressortissants de ces pays ici», a fait valoir au Devoir la ministre québécoise des Relations avec les citoyens et de l'Immigration, Michelle Courchesne, depuis les bureaux de la CR où elle faisait l'annonce de la contribution. «On veut leur signifier qu'on est avec eux.» La ministre a rappelé qu'il y a un an presque jour pour jour, elle était au même endroit pour verser 50 000 $ à la CR afin de venir en aide aux sinistrés du tremblement de terre de Bam, en Iran. L'ampleur de la catastrophe asiatique justifiait de doubler la mise.

Un avion de la Défense canadienne a décollé de Trenton hier après-midi pour acheminer aux zones sinistrées 25 tonnes de matériel de secours, comme l'avait annoncé plus tôt le ministère canadien des Affaires étrangères (MAE), en collaboration avec l'ACDI et la Croix-Rouge, à l'occasion d'une conférence de presse. Il s'agit essentiellement de fournitures médicales, des bâches de plastique, des contenants d'eau et des comprimés pour la purifier d'ici l'installation de systèmes d'assainissement de l'eau afin d'éviter l'éclosion d'épidémies.

Le MAE a profité du point de presse pour préciser que les premières 48 heures suivant la catastrophe avaient été consacrées à coordonner la réaction gouvernementale, à répondre aux demandes des ressortissants et à apporter des secours aux sinistrés. Un représentant des affaires consulaires a souligné que le centre d'opération sur le terrain était ouvert 24 heures sur 24 pour venir en aide aux Canadiens dans le besoin, répondant ainsi aux allégations de désorganisation qui circulaient hier. «Nous avons été pris de court par cette catastrophe, a reconnu Serge Paquette, mais tous les postes sont maintenant actifs», notamment sur l'île de Phuket, en Thaïlande, et au Sri Lanka. «Nous allons renforcer nos effectifs selon les besoins.»

En fin de journée hier, les dons versés à la division québécoise de la CR s'élevaient à 651 000 $ (y compris les 100 000 $ de Québec et l'enveloppe de 25 000 $ versée lundi par la Ville de Montréal). À l'échelle du pays, ils atteignaient 2,5 millions en mi-journée. L'organisme travaille en coordination avec la Fédération internationale des Croix-Rouge et Croissant-Rouge, dont ses deux délégations régionales de New Delhi et de Bangkok reçoivent les dons amassés au pays. Celles-ci ont livré la marchandise de secours déjà en stock dans leurs entrepôts (en prévision d'un désastre) dans les heures suivant le désastre. «Notre travail consiste à remplir les entrepôts, à refaire la distribution et à apporter du soutien à ces sociétés nationales», précise Ginette Archambault, agente de secours international à la CR québécoise. «La particularité de la CR, c'est qu'elle est spécialisée dans la réponse aux désastres. On est entraînés pour ça.»

La campagne d'UNICEF Canada a permis de récolter plus d'un quart de million de dollars pour aider les enfants et les familles des pays sinistrés. Dans la capitale des Maldives, dont l'une des îles de l'archipel a été complètement submergée par le tsunami, l'organisme a commencé à s'occuper de 200 enfants qui ont tout perdu. Au Sri Lanka sont acheminés draps, matelas, serviettes, savon et bouteilles d'eau pour 100 000 personnes. Quarante tonnes d'articles (abris, fournitures médicales) supplémentaires ont aussi été expédiées dans la ville de Colombo. Vision Mondiale a rehaussé ses objectifs de dons à deux millions de dollars compte tenu de la générosité des Canadiens. Ceux-ci ont déjà donné plus de 500 000 $ à l'organisme chrétien.

Avec l'Agence France-Presse