Des recherches qui sauvent des vies à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
Depuis 2019, l’Hôpital est désigné Institut universitaire en hémato-oncologie et en thérapie cellulaire.
Photo: Fondation de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont Depuis 2019, l’Hôpital est désigné Institut universitaire en hémato-oncologie et en thérapie cellulaire.

Ce texte fait partie du cahier spécial Philanthropie

La Fondation de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont soutient le centre hospitalier dans plusieurs de ses pôles d’excellence, afin de toujours être à la fine pointe des dernières avancées pour soigner les patients et pour sauver plus de vies.

Créée en 1978, la Fondation s’est rapidement imposée comme un endroit d’engagement communautaire, explique le p.-d.g. du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, Jean-François Fortin Verreault. C’est notamment avec l’aide de l’organisme philanthropique que l’Hôpital a pu mettre sur pied la thérapie cellulaire, visant à traiter certains cancers hématologiques, au Québec. « On guérit des gens grâce à ça », soutient-il.

Le centre de soins est d’ailleurs l’un des pionniers en recherche sur les cellules souches et en thérapie cellulaire. « C’est le plus grand centre de greffe au Québec et c’est l’un des plus importants au Canada en greffes allogéniques », explique la directrice du programme de greffe et thérapie cellulaire de l’Université de Montréal, la Dre Silvy Lachance, au sujet de l’expertise développée depuis quatre décennies dans l’hôpital.

« La greffe de cellules souches, ce qu’on appelait avant une greffe de moelle osseuse, en fait, c’est une greffe qu’on va prélever dans la moelle osseuse », résume la Dre Lachance. « Au cours des dernières années, on s’est rendu compte qu’on peut faire circuler les cellules souches dans le sang périphérique et aller les collecter là. C’est pourquoi, si on veut avoir un terme plus général, on va parler de greffes de cellules souches ou de thérapie cellulaire », ajoute-t-elle.

Celle qui est hématologue spécialisée dans le domaine a aussi été directrice du programme de greffe de cellules souches de l’hôpital jusqu’en 2020. La thérapie cellulaire sert surtout à traiter des cancers hématologiques, dit-elle. Mais cette approche est également utilisée pour soigner d’autres pathologies dites « non cancéreuses », comme l’insuffisance médullaire, qui consiste en une anomalie de production de cellules par la moelle osseuse.

Pour ces avancées, le Centre d’excellence en thérapie cellulaire a d’ailleurs été nommé institut. « Ça veut dire que le gouvernement a reconnu l’excellence en hémato-oncologie greffe et thérapie cellulaire de l’hôpital », souligne la médecin.

La Fondation a joué un rôle clé dans l’élaboration de ce type de soins, en mettant sur pied notamment des espaces de recherche. « [Les chercheurs] travaillent en étroite collaboration avec les donateurs pour créer des chaires de recherche qui permettent le développement des programmes d’excellence pour aller vers des traitements cliniques », explique la directrice scientifique du Centre de recherche de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, Sylvie Lesage.

D’autres spécialisations de pointe

Hormis en ce qui a trait à l’hémato-oncologie, l’Hôpital de Maisonneuve-Rosemont se distingue également dans la néphrologie et dans l’ophtalmologie. « Des gens de l’ensemble du Québec viennent ici pour y être soignés », explique Jean-François Fortin Verreault.

« L’est de Montréal, c’est plus de 535 000 personnes », rappelle-t-il. Mais il ajoute qu’environ 15 % de la clientèle de l’hôpital provient d’ailleurs au Québec. Ainsi, en néphrologie, le centre hospitalier héberge le plus grand centre de dialyse de la province avec le plus grand nombre de patients. « Les centres d’excellence sur spécialités vivent en harmonie avec les soins généraux et les services réguliers offerts aux gens de l’est de l’île de Montréal », précise-t-il.

« Avec cette expertise, on a recruté beaucoup de chercheurs cliniciens qui viennent s’intéresser aux problèmes associés aux maladies rénales », ajoute Mme Lesage.

Le Centre universitaire d’ophtalmologie de l’Université de Montréal, situé à l’hôpital, pousse aussi les études sur les soins des yeux, notamment grâce à une banque de tissus. « Il y a toute une expertise en recherche fondamentale pour essayer de comprendre les pathologies et amener de nouveaux traitements », explique Mme Lesage.

C’est d’ailleurs la Fondation du centre hospitalier qui assure l’essor de ces axes d’excellence. Ainsi, l’organisme vise non seulement à fournir de meilleurs soins aux patients, mais également à former des professionnels de la santé et à avancer les recherches dans le but de développer de nouveaux remèdes.

« C’est plus de 5000 stagiaires qui viennent chaque année au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal. Et Maisonneuve-Rosemont est un partenaire privilégié de l’Université de Montréal, mais aussi du Collège de Rosemont et du Collège de Maisonneuve pour la formation des jeunes en santé », souligne M. Fortin Verreault.

En hémato-oncologie, des recherches effectuées à l’hôpital ont d’ailleurs mené à la découverte de la molécule UM171, qui a permis « d’augmenter de façon exponentielle » le taux de succès des greffes. « Des patients ont pu bénéficier de ce traitement novateur plus tôt. Ce sont des gens qui n’avaient plus d’autres possibilités de traitement. Et ça a sauvé la vie de plusieurs personnes », note-t-il au sujet de cette découverte qui sera prochainement commercialisée.

« Sans l’appui de la Fondation, l’Hôpital n’aurait pas pu maintenir ses axes d’excellence qui servent la population à la hauteur de ce qu’il fait aujourd’hui. Il n’aurait pas pu non plus développer la recherche », plaide le p.-d.g. au sujet de telles avancées médicales.

La thérapie cellulaire est également étudiée pour d’autres pathologies. Ce « transfert de cellules pour redonner la vie au patient », explique Mme Lesage, vise aussi « à réparer des yeux, des cœurs. Ça s’appelle de la médecine régénératrice quand on fait ce type de traitement pour réparer un tissu existant ».

Des découvertes qui changent des vies

Parmi les patients qui ont été traités à l’hôpital, il y a Alexandra Yelle. La jeune femme de 28 ans, qui travaille comme agente de bord pour une compagnie aérienne, y a subi une greffe de cellules souches.

C’est en janvier 2018 qu’elle a appris être atteinte d’une leucémie myéloïde aiguë, une forme de cancer du sang. « J’étais dans le bureau de mon médecin en uniforme. Je suis rentrée chez moi et je ne savais pas si j’allais le remettre un jour », se remémore-t-elle.

Après avoir reçu des traitements de chimiothérapie à l’hôpital de Saint-Jérôme, dans la région où elle habite, c’est une fois en rémission qu’elle a subi une greffe de cellules souches à Maisonneuve-Rosemont. « Avec le type de leucémie que j’avais, je devais avoir recours à une greffe de moelle osseuse pour être sûre que les risques de rechute soient plus bas », explique la jeune femme.

Mais trouver un donneur a pris un certain temps. « J’ai un demi-frère, mais on n’était pas compatibles », précise celle qui a été la patiente de la Dre Lachance. Le traitement salvateur est venu d’Europe, et a été obtenu grâce à une banque internationale de donneurs.

Son rétablissement après la greffe n’a toutefois pas été de tout repos. « J’étais quand même dans une chambre d’hôpital pendant cinq semaines à ne rien faire. Rien que de marcher, de manger, c’était difficile », se rappelle-t-elle. Mais elle ajoute avoir été « très bien entourée », autant par le personnel médical que par ses proches. « Honnêtement, c’était ça, le plus important ! »

Elle décrit sa maladie comme « une expérience vraiment étrange » qu’elle ne souhaite à personne. « Mais dans un sens, je suis contente de l’avoir vécue parce que ça fait ouvrir les yeux sur plein de choses de la vie », nuance-t-elle.

Alexandra Yelle souligne avoir été prise en charge par « une équipe extraordinaire » tout au long de cette épreuve. « Et avec toute la recherche et la technologie d’aujourd’hui, c’est plus facile de s’en sortir », croit-elle.

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