Portraits des trois boursiers de la Fondation Arbour

Jean-Benoît Nadeau
Collaboration spéciale
De gauche à droite: Marianne Araj, Jean-Philippe Sicard et Nadira Hajjar
Photomontage: Le Devoir De gauche à droite: Marianne Araj, Jean-Philippe Sicard et Nadira Hajjar

Ce texte fait partie du cahier spécial Philanthropie

Marianne Araj, Jean-Philippe Sicard et Nadira Hajjar ont tous les trois obtenu une bourse de la Fondation Arbour, qui leur a permis de poursuivre leurs études sans trop de stress financier. Nous les avons rencontrés.

Une bouée à la mer

Lorsque Marianne Araj découvre l’existence de la Fondation Arbour, l’étudiante en maîtrise de gestion à l’Université de Montréal est au bout du rouleau. Outre les difficultés normales que peut rencontrer une étudiante, qui plus est immigrante, elle vit la situation très inhabituelle de proche aidante de ses parents vieillissants, en particulier de sa mère malade, dans un pays qu’elle ne connaît pas. « Je suis fille unique. Je devais les accompagner à leurs rendez-vous médicaux, aux suivis. La bourse m’a sortie de la misère. »

À 26 ans, cette native d’Alep en Syrie a déjà vécu deux vies. Étudiante en médecine, elle est blessée par un éclat d’obus en 2014, et sa mère l’envoie alors étudier à Paris. Ses parents, de leur côté, fuient le pays quelques années plus tard. Ils s’installent à Montréal sur les traces de cousins de son père — qui a appris le français en étudiant chez les frères maristes. Mais Marianne, qui termine une licence en biologie à l’Université Paris-Est Créteil, ne pourra les rejoindre qu’en 2019 après avoir surmonté d’énormes difficultés administratives.

« Cette bourse, c’est beaucoup plus que de l’argent. Il y a le mentorat, le soutien moral, le réseautage. C’est très précieux. Mes épreuves m’avaient sérieusement affectée, et je manquais de confiance en moi. »

Marianne Araj est maintenant analyste clinique au CHU Sainte-Justine, responsable de l’implantation du« Panda », diminutif de PandaWebRx, un logiciel de gestion de toutes les prescriptions médicamenteuses et non médicamenteuses. Grâce à elle, « on sort — un peu — du papier ! »

Le boursier vétéran

Jean-Philippe Sicard est un des anciens boursiers de la Fondation Arbour : la sienne remonte à ses années d’études de maîtrise en 2008-2009 à l’École de technologie supérieure (ETS).

« M. Arbour était encore vivant à l’époque, et je l’ai rencontré », raconte l’ingénieur de 38 ans, qui est p.-d.g. de Ton Équipier, une firme de consultants en commercialisation de produits innovants. « J’étais un bon étudiant, mais je le faisais un peu mécaniquement, sans orientation claire. M. Arbour m’a conforté dans mon choix. Une bourse comme ça, c’est une grosse tape dans le dos. »

Même si l’obtention de la maîtrise n’est pas une condition de la bourse, il admet s’en vouloir d’avoir jeté l’éponge après deux sessions. « Je ressentais trop le besoin de travailler », raconte l’ingénieur. « Mais tout de même, l’entreprise que j’ai fondée en 2017 avec Sébastien Bibeau correspond exactement à mon projet de maîtrise, qui était la gestion de projet en innovation. »

Ton Équipier, qui réunit six employés, aide les très petites PME innovantes à commercialiser et à faire la mise en marché de leur produit. « Nos clients sont des entrepreneurs hyperspécialisés qui se passionnent pour le développement d’un produit, mais détestent la commercialisation. Alors, nous leur montons un plan de commercialisation et nous l’exécutons avec eux. »

Après seulement cinq ans d’existence, Ton Équipier a géré plus de 270 projets auprès d’une centaine de clients très variés dans l’aviation, les ressources humaines, la finance, le design et même le secteur municipal. Dans l’esprit de la Fondation, Jean-Philippe Sicard apporte maintenant sa contribution au système éducatif. À l’incubateur Centech de l’ETS, il adonné plusieurs ateliers à des groupes de 20, 30 ou 40 étudiants-entrepreneurs. Et il enseigne désormais comme chargé de cours à l’Université de Sherbrooke. « La cause de l’éducation me tient à cœur. »

La passion pour les études

Nadira Hajjar ne sait pas comment elle aurait pu terminer son MBA à l’Université de Sherbrooke en 2015 sans la bourse de la Fondation Arbour. La fondatrice de FlipNpik, un logiciel de visibilité destiné aux commerces de proximité, a connu un parcours pour le moins éclectique, qui l’a vue passer de la littérature au MBA en transitant par la biologie moléculaire et les sciences pharmaceutiques.

« Je viens d’une famille qui valorisait énormément les études », raconte celle qui est arrivée du Liban à 18 ans au début des années 2000. « Je me suis tout de suite retrouvée dans le système ici. Ça m’a donné des possibilités que je n’aurais jamais eues au Liban. »

C’est ici qu’intervient la Fondation Arbour, avec une bourse qui va lui permettre de passer à travers cette année de MBA très exigeante, qui est aussi sa dixième année d’études universitaires. « Avec 11 cours par session, ça allait très vite. J’étais énormément endettée, et il m’était impossible de travailler dans ces conditions. J’avais la marge de crédit remplie au maximum. »

L’idée de son entreprise lui est venue alors qu’elle réalisait un travail d’équipe. « Nous examinions les difficultés des petits commerces à se publiciser sur des plateformes Web, qui sont toutes mal adaptées. Nous avons découvert qu’un des problèmes des petits est qu’ils n’ont pas le temps de créer du contenu. Alors, nous leur proposons de créer des contenus pour eux à travers les consommateurs, qui sont récompensés pour l’avoir fait. C’est l’idée à l’origine de FlipNpik. »

Après quatre années de développement, l’entreprise était prête à lancer la commercialisation en 2020, juste au moment où a frappé la COVID. « La pandémie nous a retardés, mais là, c’est parti. »

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