Artisanat - Le bois à la lettre

Fini le temps des vieux stylos en plastique au bout mâchouillé qui traînaient sur le comptoir de la cuisine. L'heure est aux instruments d'écriture en bois stylisés, dont ceux signés Robert David.

Ébène de Madagascar, acajou d'Amérique, bubinga du Cameroun, bois de rose du Brésil... Ces noms font rêver de contrées étrangères et évoquent des textures uniques et des odeurs envoûtantes. Mais ils désignent surtout ces bois exotiques qui créent le charme et l'exclusivité des stylos, plumes fontaine et accessoires de calligraphie fabriqués par Robert David.

Par terre, sur les tablettes, dans les armoires, l'atelier est rempli de ces planches de bois de tailles et de couleurs différentes qui subiront la magie de l'artisan. Ici, du bois de sumac, un bois vert qui fait des reflets à la noirceur. Là, du bois d'amourette des Philippines, le plus rare, à 190 $ la planche. Plus loin, du bois d'olivier de Bethléem, dispendieux de par sa seule origine en Terre sainte. Dans un autre coin, du bois de Gaiac, le plus lourd du monde.

Entouré de ses outils pour tailler le bois et de ses laques pour la minutieuse finition des objets, Robert David est tout sourire dans son petit musée du bois. C'est qu'il a toujours été un artiste dans l'âme, raconte-t-il. En 1958, à 17 ans, il étudie à l'École des beaux-arts de Montréal, aux côtés d'Armand Vaillancourt et de Tex Lecor, tous deux un peu plus âgés que lui. Il pratique ensuite la photographie et la peinture durant une bonne partie de sa vie.

Mais c'est le bois qui suscite chez lui de «nouvelles sensations» et lui permettra enfin d'abandonner son emploi de vendeur automobile, qu'il occupait depuis 22 ans. Collectionneur d'outils depuis toujours, il achète son premier tour à bois chez Canadian Tire et commence à tourner des bûches qu'il prend à même son foyer. Il tâtonne ainsi pendant longtemps sans vraiment savoir ce qu'il en fera.

Jusqu'au jour où il met les pieds chez un fournisseur de bois, où il découvre des bois dont la diversité, en matière tant d'origines que de genres, le fascine aussitôt. Alliant son côté pratique à son coup de foudre, il décide alors de confectionner des instruments d'écriture fonctionnels et de qualité qui feront ressortir la richesse et la beauté de ce matériau.

À l'image de la création patiente et attentionnée du moindre de ses stylos, Robert David a développé son art pendant de longues années avant d'en arriver à produire les petits chefs-d'oeuvre qu'il offre maintenant. Infatigable rat de bibliothèque et grand explorateur d'Internet, il s'est renseigné sur le bois et a même traduit en français tous ces noms exotiques à partir de leur dénomination latine.

Dans son atelier maintenant équipé d'outils haut de gamme et dans lequel même la température et l'humidité sont contrôlées, Robert David a fait des tests, perfectionné sa technique et découvert de nouveaux secrets de production tout en finissant par créer des stylos et des plumes fontaine qui poussent même plusieurs clients à renier les fameux stylos Mont Blanc.

Il remplace par exemple les habituels bouts en or 24 carats par des bouts de titane, qui, malgré l'acidité de la peau, ne s'usent pas prématurément. M. David est également le seul artisan au Québec à fabriquer des porte-plume en bois avec un intérieur en cuivre qui empêche la rouille de s'installer. Il est bien connu de l'Association des calligraphes du Québec, et les écoles de calligraphie s'arrachent ces porte-plume exclusifs.

Comme un véritable coureur des bois, Robert David sillonne le Québec depuis maintenant trois ans pour exposer ses petits bijoux d'écriture. Son poste de traite actuel? Le Salon des métiers d'art, à la Place Bonaventure, jusqu'à dimanche. Petit indice pour trouver son stand: un humidificateur improvisé par cet amoureux du bois afin que ses oeuvres ne fendent pas à l'air trop sec des lieux...

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Les Stylos David

(514) 648-1868

www.vif.com/users/robertdavid