Beaudoin reprend les rênes de Bombardier

À l'âge de 66 ans, Laurent Beaudoin reprend du service comme président et chef de la direction de Bombardier. Son bureau inclut aussi deux vice-présidents exécutifs, dont son fils Pierre, âgé de 43 ans, qui accède également au conseil d'administration, ce qui en fait de façon de plus en plus évidente le dauphin de cette grande entreprise dont les actionnaires prépondérants que sont les Bombardier et les Beaudoin veulent conserver le contrôle.

Ces changements, dont l'annonce a pris tout le monde par surprise, entraînent le départ instantané de Paul Tellier, à qui il restait un an avant l'expiration du mandat.

Dans une brève déclaration faite à l'intention des investisseurs, Laurent Beaudoin a fait savoir que le programme de rationalisation mis en place par M. Tellier et dont l'application n'est pas terminée sera poursuivi de façon vigoureuse. M. Beaudoin a ajouté que cette étape, dont M. Tellier a été l'artisan, est à la base du virage qui s'amorce maintenant avec l'objectif de remettre la société sur le chemin de la croissance, de la rentabilité et d'une valeur plus grande de l'action pour la plus grande satisfaction des actionnaires. «Nous avons une réputation de 20 ans à reconquérir», a-t-il dit, en rappelant qu'à son arrivée comme président et chef de la direction, en 1979, il avait fallu aussi procéder à une restructuration et s'orienter ensuite vers la croissance qui s'est poursuivie pendant deux décennies. «Je suis déterminé à mettre cette expérience à profit maintenant», a poursuivi M. Beaudoin.

Ces changements surviennent à quelques semaines seulement de l'une des plus importantes décisions que les dirigeants de Bombardier auront à prendre, soit celle de se lancer ou pas dans la construction d'une nouvelle famille d'appareils de 110 à 135 places, un projet qui nécessiterait des investissements de deux milliards et pour lequel l'appui de partenaires financiers et gouvernementaux est essentiel. M. Beaudoin n'y a fait aucune allusion directe hier.

Cette annonce surprise ne semble avoir provoqué aucune secousse particulière dans les capitales de Québec et d'Ottawa, puisque les ministres Audet et Emerson ont déclaré que les changements n'allaient modifier en rien leur attitude quant à la façon de venir en aide à Bombardier.

Le retour de M. Beaudoin à la barre a d'autre part été reçu comme une bonne nouvelle dans les milieux syndicaux montréalais; ceux-ci ont l'impression que le nouveau président insistera davantage pour établir la nouvelle usine au Québec, si bien sûr la décision d'aller de l'avant avec la série C est entérinée.

Le nouveau bureau du président, qui est une structure tripartie avec comme troisième membre André Navarri, âgé de 51 ans, président de Bombardier Transport, sera le lieu d'élaboration des stratégies de développement à moyen et long terme, ainsi que le point de rencontre de la planification stratégique et de l'application concrète des plans qui auront été établis, afin de ne jamais de perdre de vue l'objectif d'atteindre une plus grande valeur pour les actionnaires, a expliqué M. Beaudoin.

La succession

Par ailleurs, cette structure à la haute direction n'a pas, de toute évidence, un caractère de longue durée, étant donné l'âge du président, qui faisait hier lui-même allusion à sa succession éventuelle. Toutefois, pour l'instant il ne met aucune date limite pour se trouver un remplaçant, ce qui évitera, dit-il, de mettre une pression non nécessaire à ce sujet. On peut souligner tout de même que jamais dans des fonctions officielles de très haut niveau le père et le fils n'auront eu à travailler d'aussi près que maintenant, ce qui pourrait éventuellement rendre plus facile un changement à la barre si celle-ci devait passer des mains du père à celles du fils. MM. Beaudoin fils et Navarri devront en outre rendre des comptes directement au conseil d'administration, duquel Laurent Beaudoin demeure le président.

Au fait, c'est tôt hier matin que le conseil d'administration de Bombardier s'est réuni pour se prononcer sur un seul point à l'ordre du jour, soit la mise en place de cette nouvelle structure de direction et l'approbation des personnes proposées pour en faire partie, entraînant automatiquement le départ de M. Tellier.

Le conseil d'administration a entériné ces changements proposés par le comité des ressources humaines et de la rémunération en prévision du changement de la garde qui, de toute façon, aurait eu lieu au moment du départ de M. Tellier, lequel avait annoncé son intention de ne pas accepter un second mandat. M. Beaudoin a fait valoir hier qu'il n'aurait pas été sage de confier la prochaine étape dans le cheminement de Bombardier à quelqu'un qui va partir à court terme.

M. Beaudoin a déclaré par ailleurs que M. Tellier a pleinement rempli le mandat qu'on lui avait confié, soit celui de rationaliser les activités de toutes les divisions, de vendre certains actifs comme ceux des Produits récréatifs, de l'aéroport de Belfast et des Services de défense, en plus de réussir à renfoncer le bilan avec une émission de 1,2 milliard. M. Beaudoin se dit heureux que M. Tellier parte en demeurant en bons termes avec ceux qui restent.

Toutefois, ces changements importants ne font pas que des heureux puisque deux administrateurs ont sur-le-champ remis leur démission, soit Michael McCain et Jalynn Bennet. Les actionnaires ont également manifesté leur grande surprise en faisant dans l'avant-midi tomber le cours du titre de 25 %, mais le choc s'est résorbé un peu au fil des heures, si bien qu'à la fermeture, l'action subalterne B se transigeait à 2,11 $., en chute de 44 cents ou de 17,25 %. Plus de 90 millions d'actions ont changé de propriétaires au cours de la journée à la Bourse de Toronto.

Le Devoir