Débat autour de la légalisation de la prostitution - L'esclavage sexuel, pépère et labellisé

Au début de juillet, Françoise de Panafieu, députée de l'Union pour une majorité présidentielle, parti de la majorité à l'Assemblée nationale française, relançait la proposition de rouvrir des maisons closes afin de lutter contre la violence faite aux prostituées, de plus en plus nombreuses en Europe. La suggestion a suscité un débat qui fait rage depuis. Le problème de la prostitution n'étant pas propre à la France et la situation montréalaise étant parfois utilisée pour illustrer le propos des protagonistes, nous avons jugé intéressant de vous présenter les points de vue de deux intellectuelles de renom, toutes deux reconnues pour leur engagement dans la cause des femmes, l'avocate Gisèle Halimi et la philosophe Élisabeth Badinter, tels que publiés dans Le Monde daté d'hier.

J'avais pour Mme de Panafieu une certaine estime. Une évidente complicité nous liait lorsque, face à des caméras ou des micros, nous parlions de la revendication d'égalité des femmes et, par-dessus tout, de leur dignité. Et voilà que, sans s'être particulièrement encombrée du souvenir de Marthe Richard, elle se prononce publiquement pour la réouverture des bordels. Pour lutter contre la prostitution, dit-elle.

Qu'elle ne voie pas de contradiction entre cette proposition et la défense de la parité en politique — c'est-à-dire le droit pour une femme d'être citoyenne à part entière — me sidère. Mettre, à huis clos, une femme à disposition des appétits sexuels des hommes moyennant finances lui paraît-il aller dans le sens de cette dignité que la grande majorité des femmes exige?

Elle croit qu'organiser la prostitution, lui donner ses lois et ses règles corporatistes peut supprimer l'autre, la prostitution clandestine, celle des réseaux et des rues? Ne voit-elle pas qu'elle se contente de créer, parallèlement à l'esclavage sexuel des femmes (et des hommes, de plus en plus) par des mafias internationales, un autre esclavage, pépère, labellisé, inscrit dans les registres de police, contrôlé, certes, à l'hôpital, et qui se réclamera peut-être un jour des 35 heures?

Elle répond ainsi au ras-le-bol bien compréhensible de certains riverains d'endroits «chauds». Ce spectacle les agace. Mais devons-nous n'agir que pour occulter aux yeux de certains ce véritable fléau, leur cacher ce sein qu'ils ne sauraient voir? Nous prendrions d'abord le risque de diluer le mal en lui donnant place officielle dans notre société, à la fois le cacher — aux yeux de certains — et l'institutionnaliser comme un cancer.

La prostitution est le paroxysme du non-pouvoir d'une femme sur elle-même. Sur son corps, son affectivité, sa vie. La femme marchandise, chosifiée, est vendue au plus offrant, au plus truand. Souteneur ou bande organisée. En France, des dizaines de milliers de femmes, des centaines de milliers dans le monde, sont ainsi livrées au pire des destins. Faire de son sexe l'objet de l'échange argent-plaisir n'est jamais, quoi qu'on dise, librement consenti. Un rapport de forces socio-économiques qui anéantit toute liberté est omniprésent.

Mon corps m'appartient

Certaines femmes s'accommodent bien — quelquefois avec plaisir — de la prostitution, affirme-t-on ici et là. Je prétends le contraire. À l'exception de quelques sexualités particulières, confinant à la névrose, aucune femme ne veut, en se prostituant, tuer en elle la femme et son libre désir, la femme et son libre plaisir. Interpréter le «mon corps m'appartient» des féministes comme le droit de le vendre est un non-sens. Et la négation parfaite de la misère, du déracinement, de l'inculture ainsi que des méfaits de la mondialisation marchande. N'est-ce pas elle qui jette sur les trottoirs des grandes villes des centaines de milliers d'enfants en pâture à ces tour-opérateurs du sexe?

Aucune femme — en Thaïlande comme en Bulgarie ou en France — ne choisit de s'aliéner à elle-même et à son propre corps. Toutes ont rêvé d'un emploi rémunérateur et d'une intégration sociale. Elles se sont retrouvées prisonnières du dénuement, de proxénètes et de bandes mafieuses. Choisit-on d'être le bétail que se vendent de Paris à Rio ou à Nairobi les spécialistes de la traite des femmes? Rouvrir les maisons closes apparaît donc comme la contre-solution au fléau de la prostitution.

Offre et demande

Ce que je propose? D'aller jusqu'au bout de la rationalité de cette lutte. La prostitution est l'offre, les clients sont la demande, la prostitution disparaît si la demande est mise hors la loi. Concrètement, il faut poursuivre le consommateur. Et ne pas se contenter de pénaliser seulement celui qui «consomme» des mineurs, comme en dispose la loi du 4 mars 2002, arrêtée dans son élan par l'opposition — toujours misogyne — du Sénat. C'est la seule voie possible.

Rêve? Utopie? Non. Certains pays envisagent sérieusement de modifier leur législation en ce sens. Un autre — la Suède — l'a déjà fait. Les clients sont aujourd'hui considérés comme des délinquants et condamnés. Responsables et coupables. Cela amenuise les espoirs — et les profits — des trafiquants du sexe.

Résultat? Les premières statistiques publiées en Suède sont particulièrement encourageantes. La courbe du développement de la prostitution est à la baisse.
1 commentaire
  • Chris Jeanne - Inscrit 30 décembre 2010 06 h 09

    Les femmes politiques et la prostitution

    Comme il est noté dans cet article, les femmes politiques semblent vouloir trouver un moyen "simple" de "régler le problème" de la traite des femmes.
    J'ai écrit un livre su le sujet: Non la prositution n'est pas une fatalité.
    "Emonda: Je vous écris de France"
    Le sujet :

    Une genèse revue qui nomme Emonda pour venir voir comment les choses vont ici-bas. Emonda raconte à sa mère: Prostitution, vices, indécence des gouvernants …et totale mauvaise foi en général de la part d'acteurs qui se croisent tous dans le même petit bar.

    La femme sera respectée quand l'image de la femme sera respectable.
    Ce livre est une critique générale sur les tics et incohérences de la société française et s'élève contre la traite des femmes, la violence et la prostitution.
    Il dénonce des hypocrisies au travers de dialogues: Entre polygamie et maitresses cachées.
    Les femmes au pouvoir s'arrangent avec la morale et les répercussions sur les enfants exactement comme le faisaient les hommes dans le passé. Elles veulent conserver leur siège en faisant des compromis quitte à sacrifier d'autres femmes.

    http://chrisjeanne.blogspot.com/