Revue de presse - André Ouellet ? «Typiquement libéral fédéral»

André Ouellet, l'apparatchik libéral à la tête de la Société des postes, suspendu avec salaire depuis février pour avoir été «au coeur du scandale des commandites», a affirmé qu'il était «parfaitement normal» pour lui d'avoir réclamé, au cours des huit dernières années, deux millions de dollars pour des dépenses «de voyages et de loisirs sans les justifier». Une telle logique est «honteuse et inacceptable», écrivait mardi Peter Worthington, du Toronto Sun. «Mais elle est aussi typiquement libérale», ajoutait-il.

Aussi libérale, dit Worthington que la possibilité pour Ouellet de recevoir, malgré sa suspension, sa «prime annuelle» en plus de son salaire, ce qui indigne le chroniqueur: «À 400 000 $ par année, il est déjà le fonctionnaire le mieux payé au pays.» Worthington dit que tout cela n'équivaut ni plus ni moins qu'à «piger dans le tiroir-caisse», ce qui «pour la plupart d'entre nous» apparaît «carrément abusif». Que Ouellet, lui, n'y voie rien de mal ne prouve qu'une chose: «Les membres les plus importants du Parti libéral croient vraiment que tout leur est permis.» Ce sentiment d'impunité vient du fait «qu'ils ont joui dans la dernière décennie d'un pouvoir quasi total». La preuve: Ouellet dit qu'il est «humiliant d'être suspendu» mais, note Worthington, «il ne semble pas trouver humiliant de continuer à recevoir son salaire». Autres choses «typiquement libérales»: que Postes Canada ait «octroyé des contrats à des firmes qui contribuaient au parti» ou que cette société d'État ait envoyé cinq fois Alfonso Gagliano en Italie pour que le ministre «voie prétendument à ses intérêts».

Worthington se demande «quelles autres surprises camouflées nous allons découvrir à propos des libéraux, qui ont été pourtant réélus». En tout cas, ironise-t-il, «tous ceux qui ont voté pour Paul Martin et lui ont ainsi permis de rester premier ministre doivent être soulagés que les conservateurs, impopulaires mais honnêtes, n'aient pas accédé au pouvoir».

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Mais selon James Travers, du Toronto Star, le cas d'André Ouellet est peut-être, de façon surprenante, exactement ce dont Paul Martin a besoin pour en finir avec certaines habitudes de «favoritisme qui donnent si souvent un air de république bananière à notre Dominion nordique». Ouellet est là depuis des lunes: il a été élu député en 1967 à l'âge de 28 ans. Il a occupé des postes clés dans tous les cabinets libéraux. Lorsqu'il a quitté le Parlement, en 1995, il est devenu président de Postes Canada. En 1999, il a été nommé p.-d.g. Mais aujourd'hui, Ouellet est en passe de devenir le «dernier symbole de ce qu'il y a de pourri dans la capitale nationale». Et les symboles, comme on le sait, sont «extrêmement pratiques».

Ce qu'il y a «de plus intéressant chez Martin», écrit Travers, c'est précisément sa promesse de changer la culture d'Ottawa «en la saisissant par le cou et en la secouant jusqu'à ce qu'elle devienne quelque chose de plus moderne et de plus responsable». Cela requiert, écrit Travers, «une rupture profonde avec ces méthodes efficaces mais désormais discréditées, qui ont permis à Jean Chrétien de rester au pouvoir si longtemps et qui ont fait d'André Ouellet un des acteurs les plus durables et les plus puissants de la capitale».

Ainsi, en sévissant contre le symbole Ouellet, Paul Martin enverrait un «signal clair et fort» que les fonds publics ne sont plus «un puits partisan». Cela aurait plusieurs vertus, dit Travers. D'abord, de contrer le «cynisme ambiant à l'égard du système démocratique qui suscite la désaffection politique». Ensuite, d'entamer une réforme de la bureaucratie fédérale «peu estimée et à l'éthique aplatie».

Il faudra donc, dit Travers, que les libéraux cessent d'être typiquement libéraux et qu'ils «établissent clairement la frontière entre l'intérêt du parti et celui du public». Par exemple, il faut que les règles d'octroi des contrats fédéraux soient «plus que des directives et que les milliers de nominations que le premier ministre effectue chaque année soient fondées sur le mérite». Alors que les premiers ministres fédéraux se montrent «méticuleux», cherchent patiemment des personnes talentueuses lorsqu'ils choisissent des juges à la Cour suprême, il n'en va pas de même des autres nominations. «Lorsqu'il s'agit des dirigeants d'entreprises de chemin de fer ou des sociétés de la Couronne, le processus est discrédité.»

Selon Travers, Paul Martin semble prendre la réforme au sérieux. Un indice: il a maintenu en poste le «controversé Reg Alcock», président du Conseil du trésor, qui s'était permis de critiquer sévèrement l'administration publique fédérale cet hiver. «Martin compte sur l'expertise d'Alcock en cette matière pour mettre sur pied le programme "Results for Canadians" que les libéraux ont promis il y a des années.» Travers estime que, pour changer le système véritablement, «les mandarins devront sentir que les politiciens au-dessus d'eux prennent la réforme assez sérieusement pour se réformer eux-mêmes d'abord». Bref, il faut en finir avec le «style politique des années 50», que Jean Chrétien a parfaitement incarné, par exemple en plaçant André Ouellet à Postes Canada, Jean Pelletier à Via Rail et David Dingwall à la Monnaie royale canadienne. «Tous les trois ont déjà été pointés dans les enquêtes sur la combine libérale des commandites, qui visait à acheter la loyauté du Québec tout en remplissant les poches des firmes de publicité amies. Les trois personnages auront plus que des rôles de soutien dans l'enquête publique sur le scandale.»

Grâce au cas Ouellet, Paul Martin sera peut-être davantage en mesure de résister aux fortes pressions post-électorales où tout ce qui grenouille dans les sphères libérales réclame sa récompense. Cela permettra au premier ministre de «faire évoluer les procédures de nomination du passé partisan à celles du XXIe siècle». Merci M. Ouellet, dit Travers.

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Alex Yazdani, dans le London Free Press, écrivait jeudi que le multiculturalisme renforce la démocratie. Le Canada en est un exemple, selon elle. Cette approche n'a pas fait du Canada un pays où les groupes sont ghettoisés. Yazdani cite Jerry White, de l'université Western, en Ontario. Selon lui, au Moyen-Orient, les Kurdes sont de féroces indépendantistes parce que l'État Irak a tenté de les assimiler. Contre-exemple? Les Québécois, au Canada: «Plus on adopte le bilinguisme, plus on reconnaît leurs droits, plus on dit que ce peuple a le droit d'avoir une culture et une langue et plus on mine les mouvements séparatistes et souverainistes. Nous savons qu'au Canada, si nous avions maintenu la position assimilatrice d'un lord Durham, si nous y revenions maintenant, la réaction du Québec serait de réclamer la souveraineté-association.»
2 commentaires
  • Ronald Forbes - Inscrit 7 août 2004 13 h 15

    Le Canada ne peut se passer d'eux...

    Messieurs Ouellet, Pelletier et Guity sont indispensables pour le Canada. Nous leurs devons tout. Ils nous font l'honneur de servir et nous sommes bien mesquins de s'attaquer à leur honnêteté. Du haut de leur grandeur ils proclament: «Qui sommes-nous pour leur demander des comptes? Quelques millions, des broutilles... vous dirons-t-ils? J'ose espérer que la commission d'enquète fera du bon travail et que la GRC, qui se trainent souvent les pieds dans ce type de dossier, portera enfin des accusations.