Bush se dote d'un superpatron de la lutte antiterroriste

Cabinet de guerre: le président Bush flanqué à gauche du ministre de la Sécurité intérieure, Tom Ridge, et du secrétaire d’État Colin Powell; à droite, du ministre de la Défense, Donald Rumsfeld, et du directeur du FBI, Robert Mueller.
Photo: Agence Reuters Cabinet de guerre: le président Bush flanqué à gauche du ministre de la Sécurité intérieure, Tom Ridge, et du secrétaire d’État Colin Powell; à droite, du ministre de la Défense, Donald Rumsfeld, et du directeur du FBI, Robert Mueller.

Washington — En pleine alerte terroriste, le président américain, George W. Bush, a annoncé hier la création d'un poste de superpatron de la lutte contre le terrorisme, suivant ainsi l'une des principales recommandations de la commission d'enquête sur les attentats du 11 septembre 2001.

«Aujourd'hui, je demande au Congrès de créer le poste d'un directeur national du renseignement», a déclaré M. Bush lors d'une allocution à la Maison-Blanche, entouré des principaux membres de son gouvernement, comme le secrétaire d'État, Colin Powell, le ministre de la Défense, Donald Rumsfeld, le ministre de la Justice, John Ashcroft, et le ministre de la Sécurité nationale, Tom Ridge.

Il a précisé que ce directeur «serait nommé par le président, avec l'avis et l'accord du Sénat», et le conseillerait directement pour toutes les questions liées au renseignement et au terrorisme.

La nomination d'un superpatron du renseignement américain fait partie des recommandations du rapport de la commission d'enquête indépendante, publié le 22 juillet. Elle recommandait une refonte des services de renseignement américains, qui avaient été incapables de prévoir les attentats qui ont fait quelque 3000 morts. Deux de ses propositions essentielles ont été reprises hier par M. Bush: la création d'un poste de superpatron du renseignement et la création d'un centre national chargé de coordonner le travail de la quinzaine d'agences actuellement chargées de la collecte et de l'analyse des renseignements.

Une décision saluée par son rival démocrate à l'élection présidentielle de novembre, John Kerry, quoique avec scepticisme. Il a regretté qu'il ait fallu «presque trois ans pour que ces recommandations soient adoptées».

M. Kerry, poursuivant sa tournée dans le Mid-West, région stratégique, a vivement défendu son programme antiterroriste et a renforcé ses critiques contre le gouvernement Bush.

«Il ne faut pas se contenter de rebondir d'une menace à l'autre», a-t-il estimé sur CNN, au début d'une journée de campagne marquée comme jamais par le sujet. Ses premiers mots, lors d'une réunion devant les pompiers de Grand Rapids (Michigan, nord), ont été pour rappeler qu'il avait «depuis des mois appelé à créer» un poste de superpatron de l'antiterrorisme.

Il a surtout appelé son adversaire, accusé de non-réactivité, à appliquer immédiatement ses décisions en convoquant une session extraordinaire du Congrès. Le poste de directeur du renseignement promis par M. Bush doit être créé par le Congrès, en vacances jusqu'en septembre.

Il faut prendre «toutes les menaces au sérieux», a dit Kerry, en refusant de voir dans cette alerte terroriste un coup monté des républicains à des fins politiques.

Sur CNN, Howard Dean, ancien candidat à l'investiture démocrate, n'a pas caché ses soupçons: «Je suis préoccupé par le fait que, chaque fois que survient une chose défavorable au président Bush, il joue son atout, qui est le terrorisme». Avant d'ajouter: «Il est tout bonnement impossible de savoir ce qui est vrai et ce qui relève de la politique». Tom Ridge, ministre de la Sécurité intérieure, a réfuté ces doutes. «Si vous étiez à ma place, si vous disposiez des analyses, des informations, si vous voyiez la minutie, la complexité, la sophistication, le détail des informations qui se sont accumulées, on ne ferait pas ces commentaires. Point final», a-t-il dit sur ABC.

La convocation du Congrès servirait aussi particulièrement les démocrates en leur offrant une tribune au coeur de l'été, eux qui, après leur convention, la semaine dernière à Boston, doivent désormais lutter pour les projecteurs, alors qu'approche celle des républicains, fin août.

Les menaces publiées dimanche donnent un coup d'accélérateur supplémentaire à une campagne déjà vive, alors que John Kerry oeuvre à égaler son adversaire. Alors aussi qu'un nouveau sondage fait état d'un rebond post-convention mitigé.

Selon une enquête Gallup/CNN/USA Today (avec une marge d'erreur de plus ou moins 4%), Kerry recueille désormais 50 % des intentions de vote chez les inscrits, Bush 47 % (49 % et 45 % avant la convention). C'est la première fois depuis 1972 qu'un candidat ne gagne pas de terrain après sa convention, relève le USA Today.

Dans la campagne, on affiche sa nonchalance, expliquant que, dans une élection aussi serrée, le rebond ne peut être massif. Alors John Kerry et (son colistier) John Edwards «continuent leur campagne». Au programme hier, ils présentaient leur livre Notre projet pour l'Amérique: plus forts à l'intérieur, respectés dans le monde, l'un dans le Mid-West, l'autre en Floride. Un opus distribué aux militants, dont le premier chapitre est justement consacré aux moyens de «protéger notre pays».

M. Bush a souligné hier que «le directeur national du renseignement servira de principal conseiller du président pour les renseignements et surveillera et coordonnera les activités nationales et à l'étranger des services de renseignement».

Il ne sera toutefois pas directement installé à la Maison-Blanche et ne fera pas partie du cabinet présidentiel.

«Je ne pense pas que cette personne doive faire partie de mon cabinet. Je vais nommer cette personne et je pourrais la renvoyer. C'est comme cela que s'exerce la responsabilité du gouvernement. Je ne pense pas toutefois que son bureau doive être à la Maison-Blanche. Je pense que cela doit être un groupe détaché pour mieux coordonner, en particulier, les renseignements venant de l'étranger et ceux recueillis dans le pays», a-t-il dit. La commission avait toutefois estimé que ce superpatron devrait être installé à la Maison-Blanche.

Les liens entre ce directeur et la Maison-Blanche seront toutefois étroits, car M. Bush a indiqué que ce poste va nécessiter une modification des textes qui avaient institué, en 1947, le Conseil de sécurité nationale (NSC), actuellement dirigé par Condoleezza Rice, qui relève directement du président. Selon M. Bush, ce nouveau poste ne remplacera pas celui de directeur de la CIA, actuellement vacant après la démission de George Tenet en juin.