Églises sanctuaires - La grogne contre Sgro prend de l'ampleur

La ministre fédérale de l'Immigration, Judy Sgro, risque d'avoir beaucoup de messages sur sa boîte vocale à son retour de vacances: ses propos sur la question des sanctuaires et des mesures d'appel pour les réfugiés continuent de susciter la désapprobation. Hier, la Ligue des droits et libertés du Québec (LDLQ) a rejoint les rangs des mécontents et demandé au gouvernement qu'il trouve plutôt une solution humanitaire pour ceux qui se terrent dans des églises au Canada, après quoi il faudra s'attaquer aux failles du système qui font en sorte que des gens se retrouvent dans cette situation. Peu à peu, la réplique prend forme.

«Le recours aux sanctuaires n'est que la pointe de l'iceberg d'un problème bien plus large», estime la porte-parole de la LDLQ en matière d'immigration, Élisabeth Garant. En compagnie de la conjointe de l'Algérien Mohammed Cherfi (qui a été évincé d'une église de Québec en mars) et de représentants des églises de Montréal qui accueillent actuellement des réfugiés, elle a demandé hier, en conférence de presse, qu'Ottawa règle au plus vite les situations des cinq familles connues qui crèchent dans des églises canadiennes, en leur donnant notamment un droit de résidence dans les plus brefs délais.

La coalition impromptue a rappelé les conditions de souffrance et d'isolement dans lesquelles vivent ces familles et a souligné l'urgence qu'il y avait à agir pour mettre fin à ces «drames humains». À Montréal, la famille de l'Éthiopienne Menen Ayele reste dans une église de Saint-Henri depuis un an, l'église St. Andrews accueille une famille colombienne depuis juillet 2003 et les Palestiniens Ayoub sont réfugiés dans la paroisse de Notre-Dame-de-Grâce depuis février 2004. «Chaque journée de plus est pénible à vivre» quand on est enfermé, a dit Louise Boivin, conjointe de Cherfi.

«Le gouvernement doit respecter le dernier recours qu'est l'église, estime Élisabeth Garant. Mais il doit aussi se rendre compte qu'il faut trouver une solution au problème qui fait que des gens n'ont plus d'autres options que de se cacher pour rester au pays [...]. L'accueil des réfugiés est un poids énorme pour une église, ce n'est pas une solution souhaitable idéalement.»

Les groupes présents hier rappelaient que le problème fondamental avec les réfugiés ne vient pas des sanctuaires (à peine une vingtaine de personnes en profitent au pays), mais bien des injustices causées par des lacunes importantes dans le système d'immigration canadien.

Au premier rang de ces lacunes se trouve le processus d'appel — ou l'absence de processus — puisque la seule vraie mesure d'appel prévue par la Loi sur l'immigration adoptée en 2002 n'est pas appliquée actuellement. Le gouvernement évoque un manque de ressources et une trop grande quantité de dossiers en attente pour justifier une décision qui a été condamnée par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés et la Commission interaméricaine des droits de la personne.

«Il y a des failles importantes qu'il faut corriger, dit Mme Garant. Le processus d'appel en est une, mais il y a aussi le fait qu'il n'y a qu'un commissaire qui juge à la première audience. Les décisions que ces commissaires prennent ne sont pas faciles, une erreur est humaine. Mais il faut pouvoir la réparer.»

Élisabeth Garant attend donc beaucoup de la rencontre que les intervenants doivent normalement avoir avec Judy Sgro, quelque part d'ici l'automne. «C'est ce qui va déterminer notre façon d'agir ensuite, dit-elle. Nous aurons en tout cas beaucoup de questions pour elle.»

Et la LDLQ ne sera pas seule: dès que les vacances seront terminées, la Coalition interconfessionnelle pour l'asile religieux, qui regroupe des intervenants de tous horizons, dont la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes et le Conseil canadien pour les réfugiés, entend demander à la ministre une série de précisions sur ses intentions. Les diocèses de Québec et de Montréal prendront aussi position en ce qui concerne le dossier des sanctuaires, la semaine prochaine.

Il y a 10 jours, la ministre Sgro avait surpris en déclarant qu'elle voulait exiger des églises canadiennes qu'elles n'accueillent plus de réfugiés sur le bord de l'expulsion. Elle avait aussi mentionné qu'elle songeait à restreindre le nombre de recours possibles pour les réfugiés afin d'accélérer le processus.