Des attentats coordonnés frappent des églises à Bagdad

Bagdad — Pour la première fois depuis l'intervention militaire américaine, une vague d'attentats a frappé hier plusieurs églises à Bagdad et Mossoul, dans le nord de l'Irak, faisant au moins dix morts et 50 blessés.

À Bagdad, quatre attentats contre trois églises et un séminaire ont été commis, faisant au moins neuf morts et provoquant des scènes de panique au moment où les fidèles sortaient des églises. Des dizaines d'ambulances et de voitures de police se sont aussitôt ruées sur les lieux, au milieu des décombres et des cris des blessés.

Deux attentats à la voiture piégée ont eu lieu dans le quartier de Karrada, à proximité immédiate de deux églises chrétiennes, selon la police.

L'hôpital Ibn al-Nafiz de Bagdad a reçu un mort et 16 blessés, selon le ministère de la Santé. L'hôpital neurochirurgical de la capitale a admis un mort et six blessés et l'hôpital Kindi a reçu un mort et huit blessés grièvement brûlés, selon les médecins de ces deux hôpitaux.

Une première voiture piégée «conduite par un kamikaze» a explosé en fin d'après-midi près d'une église catholique arménienne, suivie quelques instants plus tard par une deuxième explosion survenue près d'une autre église chrétienne syriaque.

Des pompiers couraient dans tous les sens et des policiers tiraient en l'air. À Dora, un quartier du sud de Bagdad, six personnes ont été tuées et cinq autres blessées dans l'explosion d'une voiture piégée à la porte d'un complexe religieux qui abrite le séminaire Saint-Pierre et l'église Saint-Paul, de rite chaldéen, selon la police et le ministère de la Santé.

Un sauveteur à Dora a déclaré qu'il avait sorti des décombres six corps de femmes et deux d'enfants.

Un quatrième attentat à la voiture piégée a eu lieu devant une église chaldéenne dans l'est de Bagdad, selon la police. Un porte-parole de l'armée américaine a affirmé qu'il y avait des morts et des blessés.

Le Vatican a condamné ces attentats et dénoncé l'aggravation des tensions dans le pays.

L'armée américaine a déjà souligné que des activistes, opposés à la présence de soldats étrangers en Irak, pourraient tenter de provoquer un conflit entre les différentes communautés religieuses pour déstabiliser le pays. Plusieurs vendeurs d'alcool, qui sont en général chrétiens, ont été victimes d'attaques ces dernières semaines.

À Mossoul, dans le nord de l'Irak, deux voitures piégées ont explosé à peu près au même moment devant une église, faisant un mort et 15 blessés, de sources hospitalières. «C'est un crime, c'est dimanche, nous étions à la messe, il y avait beaucoup de femmes, d'enfants», a déclaré Mgr Raphaël Koutami, de l'église syriaque, commentant le double attentat de Bagdad.

«Il y a beaucoup de blessés, mais on ne sait pas combien. On est en train de les sortir de l'église», a ajouté un prêtre de cette église.

De son côté, le premier ministre irakien, Iyad Allaoui, a déclaré hier que si les insurgés parvenaient à déstabiliser l'Irak, c'est l'équilibre de l'ensemble de la région du Golfe qui serait menacé.

«Les forces terroristes utilisent tous les points faibles de la société irakienne et il faut croire que si elles parviennent à détruire le progrès irakien, alors toute la région connaîtra le même sort», a estimé Allaoui, cité par l'agence de presse officielle koweïtienne Kuna.

Allaoui s'exprimait, lors de sa visite dans l'Émirat, à l'occasion du 14e anniversaire de l'invasion du Koweït par l'Irak.

«Leur lutte principale est en Irak, et si l'Irak est détruite, il est vrai que d'autres États tomberont facilement», a-t-il dit.

«La situation en Irak va toucher des États voisins par des opérations terroristes ou en provoquant des oppositions religieuses», a-t-il affirmé peu avant que les attentats ne touchent les églises à Bagdad et à Mossoul.