Revue de presse - Kerry et Martin, deux libéraux du même type?

John Kerry et Paul Martin? Jeffrey Simpson, jeudi dans le Globe and Mail, a trouvé «d'intrigants rapprochements» entre le candidat démocrate et le premier ministre canadien. «Commençons par l'argent», écrit Simpson, qui note que les deux personnages en ont beaucoup. À une différence près: Paul Martin est un «millionnaire ordinaire», alors que Kerry est milliardaire grâce à sa femme, Teresa Heinz. Deuxième parallèle: les deux politiciens sont bilingues, même si M. Kerry veut cacher qu'il maîtrise la langue de Molière. Aussi, Martin et Kerry sont tous deux des entêtés, qui veulent depuis longtemps se hisser au sommet, inspirés par leurs pères respectifs «lesquels se sont distingués dans la sphère publique». On peut aussi faire un rapprochement entre leur stratégie respective: «Votez pour moi et mon parti pour garder les idéologues d'extrême droite loin du pouvoir.»

Ressemblances superficielles? Oui, concède Simpson. Il y a plus intéressant. Par exemple, dans le fait que Kerry comme Martin lisent leurs dossiers à fond, qu'ils s'intéressent à toutes sortes de choses, qu'ils soupèsent presque indéfiniment le pour et le contre avant de prendre une décision. Jusqu'à donner l'impression d'avoir «de la difficulté à prendre une décision». Pour les républicains, Kerry en est même une girouette, «spécialement sur l'Irak», et ils se font un plaisir de le rappeler. «Ça rappelle les atermoiements de M. Martin concernant la loi sur la clarté, comme son attitude "je-savais-non-je-ne-savais-rien" dans le scandale des commandites, et son indécision chronique sur le mariage gai.» Certes, Martin et Kerry logent tous deux à gauche — «liberal» en anglais —, mais une gauche sans doute «modérée», conclut Simpson.

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Molson s'apprête à fusionner avec Coors. Un mariage gai? Bonne question, que posait pratiquement Konrad Yakabuski à la fin de son article de jeudi, dans le Globe. Car Molson a été il y a 12 ans l'un des premiers commanditaires de Divers/Cité, ce festival montréalais de la fierté gaie. Et Molson en est toujours un «fier commanditaire». Mais voilà: le «président de Coors est un conservateur sur le plan social qui appuie l'idée d'une prohibition constitutionnelle du mariage gai». Que se passera-t-il lorsque les deux compagnies fusionneront? Molson-Coors commanditera-t-il Divers-Cité? s'interroge Yakabuski.

Autre question: voir Molson fusionner doit-il nous rendre gais? Pas comme Montréalais, en tout cas, fait valoir Yakabuski. Que l'heureux élu soit Coors ou Heineken, «la présence de Molson à Montréal est appelée à décliner»: si c'est Molson-Coors, le siège social sera à Toronto. Et si c'est Molson-Heineken, eh bien, tout sera décidé aux Pays-Bas.

Yakabuski trouve les Montréalais bien résignés face à cette possibilité. Pourtant, fait-il valoir, Molson, ça représente «autant Montréal que le mont Royal». Molson, c'est «l'horloge gigantesque, sur l'usine»; c'est le stade Percival Molson, domicile non seulement des McGill Redmen mais aussi des Alouettes. C'est «le parc Molson, la rue Molson et l'ancien siège social de la banque Molson, rue Saint-Jacques».

En fait, les Ontariens ont connu les Molson comme banquiers avant de les connaître comme brasseurs: «La principale marque de Molson au Canada anglais, Molson Canadian, n'a été lancée qu'en 1959. Évidemment, les Québécois ne boivent pas de Canadian. Mais ça ne les empêche pas d'être aussi attachés à la compagnie qui la brasse.» Ah oui? Et la Boréal, et la Belle Gueule, et la Saint-Ambroise, et les Unibroue? Oh, pardon, Unibroue-Sleeman.

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Qu'arrivera-t-il si les négociations sur le financement de la santé, entre le fédéral et les provinces, échouent? «On tient pour acquis que [...] les deux parties définiront un compromis à la conférence des premiers ministres en septembre. Et si nous nous trompions?», s'interrogeait hier John Ibbitson, du Globe and Mail. Ibbitson rapportait une autre interrogation «préoccupante» en cas d'échec: «Qu'arrivera-t-il de Jean Charest?» Si le fédéral continue de se montrer inflexible et persiste à exiger de contrôler les provinces, c'est «la variante canadienne du fédéralisme qui se sera montrée incapable de répondre aux besoins du pays, en mettant en péril la cause fédéraliste au Québec».

Selon Ibbitson, Paul Martin semble «totalement indifférent au sort du Parti libéral québécois». Pourtant, Martin et Charest se connaissent bien. Ce dernier était, sous Mulroney, ministre de l'Environnement, alors que celui-là était critique libéral en cette matière. Tout le monde croyait, fait remarquer Ibbitson, que Martin était plus ouvert que Chrétien à une fédération digne de ce nom, bref qu'il «était favorable à une conception du fédéralisme partagée par tous les premiers ministres libéraux québécois depuis Jean Lesage». Mais non! se surprend Ibbitson, Martin a fait sa dernière campagne en promettant des intrusions du fédéral dans le domaine de la santé et des affaires urbaines.

Comble de malheur pour le Québec, note Ibbitson, le premier ministre ontarien Dalton McGuinty a laissé s'éroder la solidarité Québec-Ontario de l'époque de Bouchard et d'Harris. «Ce qui ne laisse que l'Alberta comme véritable allié du Québec» dans sa bataille pour préserver les champs de compétence provinciaux. «Espérons qu'ils vont trouver une façon de s'entendre», écrit Ibbitson. Sinon? Eh bien, «les souverainistes québécois auront alors d'importantes nouvelles munitions pour s'attaquer à la cause fédéraliste et nous pourrions nous retrouver bientôt, en 2010, en plein référendum».

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CNN du Proche-Orient, al-Jazira? Non! répondait Charles Adler dans le Winnipeg Sun de mardi. C'est plutôt «le type de chaîne de télévision dont George Orwell raffolerait» pour nous montrer un exemple parfait de propagande haineuse. Selon Adler, al-Jazira, qui peut maintenant diffuser au Canada, est non seulement critique à l'égard d'Israël: «Cette chaîne estime carrément que les Juifs n'ont pas droit à avoir leur propre État. Elle n'a même aucun scrupule à diffuser sur ses ondes une rhétorique qui semble sortir directement de Mein Kampf, de Hitler.» À peuve, selon Adler, al-Jazira présente une émission hebdomadaire animée par l'islamiste Sheik Youssef Al Qaradhawi, dans laquelle «Les Protocoles des Sages de Sion [célèbre document antisémite du XIXe siècle] sont souvent cités comme étant vérité d'Évangile».

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Parlant d'Hitler: Lorrie Goldstein, rédacteur en chef du Toronto Sun, a offert ses excuses mercredi au maire David Miller pour avoir publié dans son journal une caricature d'Andy Donato où Miller était présenté en Führer. Donato, explique Goldstein, voulait dire que Miller s'était comporté de façon «antidémocratique» lors d'un débat au Conseil municipal. Goldstein a d'abord défendu son choix. Mais il dit maintenant le regretter. Parce qu'il a compris que le dessin a contribué à «banaliser le mal qu'Hitler a causé», notamment «aux yeux des survivants de l'Holocauste». Car «si tout le monde est Hitler, plus personne alors n'est Hitler», écrit Goldstein.