Santé: Charest fait le brave

À la veille de la réunion du Conseil de la fédération qui portera essentiellement sur le financement de la santé, le premier ministre Jean Charest s'est posé en ardent défenseur des compétences provinciales.

«Ce n'est pas parce que nous sommes capricieux. [...] Ce n'est pas juste un mot ou une phrase dans la Constitution. C'est une question de gros bon sens. Ce n'est pas par accident si au Québec nous avons la responsabilité de gérer le système de santé. Nous sommes les mieux placés pour le faire», a déclaré le premier ministre, quelques heures avant de se rendre à Niagara-on-the-Lake, où il tentera au cours des deux prochains jours de rallier ses collègues des autres provinces pour présenter un front uni à la conférence fédérale-provinciale prévue pour le 13 septembre à Ottawa.

Le premier ministre québécois a l'intention d'adopter une position «ferme» face aux velléités de contrôle d'Ottawa en santé. «Ce serait une erreur pour le gouvernement fédéral de chercher à téléguider à son niveau des priorités en santé. Ce serait mauvais pour les citoyens», a-t-il dit, en marge de la signature d'une entente de coopération entre la Floride et le Québec, hier à Montréal.

Il s'est permis une remarque cinglante à propos du bilan de Paul Martin en matière de financement de la santé, rappelant qu'en tant que ministre des Finances en 1996, il avait réduit unilatéralement les paiements de transfert de 40 %. «Depuis ce temps, on demande au gouvernement fédéral de payer sa part.» Les provinces sont déterminées à faire payer le quart de la facture des soins de santé par Ottawa.

La formule de péréquation, aussi à l'ordre du jour de la rencontre qui s'ouvre aujourd'hui, suscite également l'inquiétude de M. Charest. «Si on augmente les transferts en santé et que par ailleurs on diminue les transferts de péréquation, on n'est pas plus avancés.»

Le plan McGuinty

Au cours des derniers jours, le premier ministre de l'Ontario, Dalton McGuinty, a parcouru le pays pour rencontrer seul à seul plusieurs de ses homologues, dont Jean Charest, Gordon Campbell (Colombie-Britannique) et Ralph Klein (Alberta), afin de leur présenter un plan pouvant servir de base aux discussions.

Il propose notamment la création d'un poste d'arbitre indépendant pour juger les différends entre le fédéral et les provinces. Selon le plan McGuinty, les provinces n'auraient pas de comptes à rendre à Ottawa, mais plutôt à leurs propres électeurs. Le fédéral s'engagerait par ailleurs à ne pas réduire ses fonds unilatéralement.

Le premier ministre Charest s'est montré hier plutôt laconique sur les propositions de son vis-à vis ontarien. «J'ai rencontré M. McGuinty hier [lundi] et nous évaluons la proposition», a-t-il affirmé, rappelant que les PM des provinces discuteront aussi du rapport du groupe de travail sur le financement viable de la santé, présidé par MM. McGuinty et Campbell. «Nous examinons ces propositions et nous aurons la possibilité d'en discuter cette semaine.»

Pendant la campagne électorale, Paul Martin s'est engagé à réinvestir neuf milliards en cinq ans, afin d'améliorer les soins à domicile et de réduire les listes d'attente pour les opérations de la hanche, de la cataracte, les chirurgies du coeur et les examens d'imagerie médicale. Le premier ministre avait alors manifesté son intention de discuter avec les provinces des réformes à entreprendre plutôt que de simplement signer des chèques.

Au lendemain de sa nomination comme ministre de la Santé, Ujjal Dosanjh reprenait la ligne de son chef. «Nous voulons faire en sorte que les progrès soient mesurables et que l'argent soit affecté aux domaines où les besoins sont les plus grands.»

Quelques heures après avoir hérité de sa limousine, l'ancien premier ministre de la Colombie-Britannique promettait de resserrer l'application de la Loi canadienne sur la santé pour «endiguer le courant de privatisation» observé dans plusieurs provinces.
1 commentaire
  • sylvain imbeault - Inscrite 29 juillet 2004 20 h 36

    En parlant d'accident !

    M. Le premier ministre, selon votre affirmation " Ce n'est pas par accident si au Québec nous avons la responsabilité de gérer le système de santé " Et bien il serait grand temps de gérer les accidents de votre système de santé qui est sous votre responsabilité !

    Au lieu de fermer les yeux et de laisser à eux même les victimes de votre système, pourquoi ne pas changer la loi et de laisser aux spécialistes le soin de prouver qu'ils n'ont pas fait de faute !

    Lorsque vos proches seront foudroyés par ce malheur, vous comprendrez bien de quoi je parles.

    Sylvain Imbeault
    Ticket Pour l'Enfer
    http://pages.infinit.net/sylimb/