Convention démocrate à Boston - Kerry attaque Bush sur le front de la sécurité

Le mot sécurité était sur toutes les lèvres à Boston. Lancée lundi en fanfare par le couple Clinton, la convention nationale démocrate s’est employée hier à convaincre les Américains indécis que John Kerry est capable, davantage que le président George W. Bush, d’assurer la sécurité du pays.

Pendant que sa femme Teresa Heinz participait à la convention — avec le sénateur du Massachusetts Edward Kennedy et Ron Reagan, le fils du défunt président républicain Ronald Reagan —, John Kerry, qui n’arrivera qu’aujourd’hui à Boston, se trouvait à Norfolk, en Virginie, qui abrite la plus grande base navale du monde. Ç’a été l’occasion pour ce vétéran décoré du Vietnam de rappeler son expérience dans la Marine américaine et ses projets pour l’armée.
Au moment où le débat reste dominé par la question de savoir qui, du président sortant George W. Bush ou de son rival démocrate, peut le mieux protéger l’Amérique du terrorisme, John Kerry a demandé que la commission du 11 septembre poursuive ses travaux au-delà de la date prévue du 26 août pour s’assurer que les réformes recommandées soient bien mises en place. Bush pourrait d’ailleurs annoncer des mesures dans les prochains jours en s’appuyant sur le rapport.
Devant les délégués réunis au Fleet Center hier soir à Boston, le sénateur Ted Kennedy a exhorté les Américains à sortir le pays de son isolement international, dénonçant dans un vibrant discours la «politique de la peur» menée dans le pays par le gouvernement de George W. Bush.
«L’interdépendance définit notre monde. Aussi puissants, aussi riches que nous soyons, nous savons que nous sommes forts aussi par les liens qui nous unissent aux autres», a déclaré cette figure du parti et frère du président assassiné. «L’administration s’est aliéné des alliés de longue date», a-t-il ajouté. «Au lieu de rendre l’Amérique plus sûre, elle l’a rendue moins sûre.»
Ce tenant de la gauche du parti, sénateur depuis 42 ans, deux fois candidat à l’investiture démocrate, a déclaré plus tard: «J’ai vu nombre d’élections. Mais il n’y en a jamais eu de plus cruciale.» Il était hier le héros du jour à la convention démocrate, dans sa propre ville de Boston.
Autre sensation hier de la convention: le fils de l’ex-président républicain Ronald Reagan, Ron, 46 ans. Il a plaidé dans son discours pour l’utilisation de cellules souches embryonnaires dans la recherche médicale, un projet soutenu par Kerry mais auquel s’oppose le président Bush. «Ce sujet ne devrait pas, ne doit pas être un thème partisan», a affirmé Ron Reagan. «La théologie de quelques-uns ne devrait pas empêcher de faire avancer la recherche pour le bien-être de beaucoup. Comment pouvons-nous affirmer être des défenseurs de la vie si nous abandonnons ceux dont la vie est si désespérément fragile?» Les milieux anti-avortement des États-Unis s’opposent farouchement à la recherche médicale dans ce domaine.
De son côté, Teresa Kerry est venue, très émue, défendre la candidature de son mari John à la présidentielle américaine, mais aussi défendre son propre droit à la parole. «Le droit de m’exprimer — ce que certains appellent avoir des idées arrêtées — est un droit que je chéris profondément», a-t-elle dit. Mme Kerry est depuis deux jours sous les projecteurs en raison d’un vif échange avec un journaliste monté en épingle par les médias.
Mme Kerry s’en est aussi pris au gouvernement de Bush: «Les Américains que John et moi avons rencontrés pendant cette campagne... ne cherchent pas une Amérique moraliste mais une nation morale.»
Plus tôt, Howard Dean, candidat malheureux à l’investiture et le premier à avoir clairement affiché son opposition à la guerre en Irak, avait reçu une longue ovation à la convention démocrate. «J’avais espéré un tel accueil. J’avais juste espéré qu’il ait lieu jeudi soir [jour de l’intronisation du candidat du parti], et non mardi soir», a-t-il plaisanté.
Dean, 55 ans, ancien gouverneur du Vermont, et son mouvement ont fait sortir le Parti démocrate de sa torpeur de l’après-11 septembre 2001, en osant mettre en question la politique de George W. Bush. «Nous n’allons pas avoir peur de défendre ce en quoi nous croyons, a-t-il dit. Nous n’allons pas laisser ceux qui ne sont pas d’accord avec nous nous réduire au silence sous une bannière de faux patriotisme.»
Protéger l’Amérique et la rendre plus sûre est un sujet majeur de la campagne électorale. Si les sondages placent Kerry au coude à coude avec Bush ou légèrement en tête, ils donnent au président sortant un net avantage dans la guerre contre le terrorisme.
«Je pense que je peux faire un meilleur travail que George Bush. Je peux conduire une guerre plus efficace contre le terrorisme. Je peux rendre l’Amérique plus sûre», a dit récemment Kerry dans un entretien au New York Times.
«Les États-Unis ne vont jamais en guerre parce qu’ils le veulent, nous allons en guerre parce que nous le devons», a-t-il ajouté à Norfolk, entouré d’anciens combattants, avec, en toile de fond, les canons du cuirassé USS Wisconsin.
Son équipe de campagne a largement mis en avant ses prouesses militaires pendant la guerre du Vietnam et la convention nationale du parti cherche à accentuer cette image d’un futur président combattant.
«Sa priorité sera de garder l’Amérique sûre», a relevé l’ancien président Bill Clinton lors de son discours lundi.
«L’histoire de John Kerry est celle d’un service dédié à son pays. Quelqu’un qui s’est porté volontaire au Vietnam, qui s’est consacré à sa patrie... », a expliqué un expert démocrate, Tad Devine.
L’équipe de campagne de Bush, qui veut garder l’avantage sur le front de la sécurité, contre-attaque tous azimuts sur les thèmes de sécurité développés par M. Kerry au moyen d’une intense campagne publicitaire qui s’interroge sur les qualités et la profondeur de convictions de John Kerry.
«Nous nous attendons à entendre très souvent l’expression de “leader fort” mais nous ne pensons pas qu’un homme qualifié de “leader fort” voterait pour envoyer des soldats en Irak et déciderait ensuite de ne pas financer leur présence sur place», a ironisé le président du Parti républicain, Ed Gillespie, lors d’une rencontre lundi avec des journalistes en marge de la convention démocrate.