Les démocrates lancent leur offensive de charme

Peggy Tanskey, déléguée de l’Ohio coiffée de ses plus patriotiques atours hier, à l’ouverture de la convention démocrate à Boston.
Photo: Agence Reuters Peggy Tanskey, déléguée de l’Ohio coiffée de ses plus patriotiques atours hier, à l’ouverture de la convention démocrate à Boston.

Boston — Le Parti démocrate a ouvert hier à Boston sa convention nationale, un grand show politique de quatre jours pour convaincre la majorité des Américains que son candidat à la Maison-Blanche, John Kerry, a l’étoffe d’un chef d’État pour battre George W. Bush.

Boston — Le Parti démocrate a ouvert hier à Boston sa convention nationale, un grand show politique de quatre jours pour convaincre la majorité des Américains que son candidat à la Maison-Blanche, John Kerry, a l’étoffe d’un chef d’État pour battre George W. Bush.
Quelque 5000 délégués, ainsi que 15 000 partisans et invités, se sont donné rendez-vous au Fleet Center, imposant complexe sportif isolé par un dispositif de sécurité impressionnant pour cette première convention de l’après-11 septembre 2001.
Le président du parti, Terry McAuliffe, a ouvert les festivités dans l’immense hall décoré en bleu et rouge, comme le drapeau américain, avant l’hymne national et les premiers discours.
La convention va raconter John Kerry, sa vie et son parcours d’homme politique aux Américains qui le connaissent peu ou qui ne sont pas encore persuadés de vouloir voter pour lui. Les organisateurs ont ainsi annoncé vouloir minimiser les propos anti-Bush, qui ont servi de cri de ralliement pour beaucoup jusqu’ici, afin de permettre à la grand-messe démocrate de propulser John Kerry à partir d’un message constructif et d’une image positive.
Le président Bush devrait rester discret pendant la convention, comme le veut la tradition. Le camp républicain a cependant installé une «machine de guerre» à Boston pour contrer le message de ses adversaires politiques avec un pilonnage de communiqués vengeurs.

Hier soir, aux heures de grande écoute, les ténors démocrates ont lancé l’offensive de charme auprès des électeurs indécis, peu nombreux mais sans doute cruciaux dans cette course présidentielle qui s’annonce serrée.

Clinton, Carter et Gore
Le plus attendu était sans conteste l’ancien président Bill Clinton Dans une atmosphère survoltée, il s’est présenté devant la convention comme un «simple soldat» des troupes de John Kerry pour la campagne présidentielle et a accusé George Bush de diviser le pays. Comme son épouse Hillary Clinton, sénateur démocrate de l’État de New York, il s’est engagé à tout faire pour que John Kerry devienne le prochain président des Etats-Unis.
«Nous autres, démocrates, allons offrir au peuple américain une campagne positive, non pas en nous disputant sur qui est bon et qui est mauvais, mais en discutant du meilleur moyen de construire le monde sûr et prospère que nos enfants méritent», a déclaré l’ancien président aux délégués.
«Les démocrates et les républicains ont des idées très différentes sur les choix à faire, reposant sur des vues fondamentalement différentes de la manière dont nous devons relever nos défis communs à l’intérieur et jouer notre rôle dans le monde», a-t-il estimé. «La force et la sagesse ne sont pas des valeurs opposées», a affirmé Bill Clinton qui, en parlant des républicains, a déclaré: «Ils ont beoin d’une nation divisée, mais pas nous».
L’ancien président Jimmy Carter et le candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2000, Al Gore, l’ont précédé à la tribune, ainsi qu’un «frère d’armes» de John Kerry pendant la guerre du Viêtnam, David Alston. Virulent, M. Carter, 80 ans, a déploré que la sympathie du monde entier à l’égard des États-Unis, à la suite des attentats du 11 septembre 2001 ait été anéantie par «une série quasi ininterrompue d’erreurs» de l’administration Bush. Défiant le mot d’ordre, il a critiqué avec virulence le président sortant devant les délégués. «Notre crédibilité a volé en éclats et nous nous trouvons de plus en plus isolés et vulnérables dans un monde hostile», a-t-il regretté.
Avant lui, Al Gore a demandé aux démocrates de se souvenir de leurs sentiments de frustration, de colère et de déception ressentie lors du scrutin de 2000 et de retourner ces sentiments au profit du ticket John Kerry - John Edwards.
«Prenez-le de moi: chaque voix compte», a lancé à la foule Al Gore, qui, en 2000, avait perdu la présidence en perdant l’État de Floride au moment du recompte des votes, par seulement 537 voix de différence.
L’intense couverture médiatique de ces quatre journées marathon représente une occasion unique pour John Kerry de s’introduire dans les foyers américains qui auraient jusqu’ici boudé la campagne. M. Kerry, qui ne sera à Boston que demain, devra surtout convaincre les électeurs qu’il peut les défendre contre le terrorisme, domaine dans lequel l’actuel président a encore l’avantage dans l’opinion.
La mise en valeur de son expérience d’officier au Viêtnam, à la tête d’un patrouilleur dans le delta du Mékong, servira ainsi à asseoir son image de meneur d’hommes, tout en humanisant un candidat souvent perçu comme distant, voire hautain.
Le général Wesley Clark, candidat malheureux à l’investiture démocrate, a pour sa part déclaré, sous les applaudissements à tout rompre de la salle: «Je suis là pour soutenir notre futur commandant en chef, John Kerry».
«Ils [le gouvernement Bush] voudraient nous faire croire qu’ils sont mieux qualifiés pour protéger le pays, mais je suis là pour vous dire que cela n’est pas le cas», a-t-il lancé à la foule en délire, mélange d’anciens combattants, de délégués démocrates et de curieux.
Kerry était en Floride hier dans le cadre d’un périple de plusieurs jours effectué à travers les États-Unis pour le propulser sous les feux de la rampe depuis sa ville natale jusqu’à Boston, où il sera consacré, jeudi, candidat officiel du Parti démocrate.
Il a appelé les républicains et les indépendants à «s’arrêter et à réfléchir» à leur vote pour le mois de novembre, en invitant les électeurs à l’envoyer à la Maison-Blanche à la place du président Bush.