Les églises sont révoltées par les propos de la ministre Sgro

Les églises du Québec continueront d'offrir l'asile aux réfugiés menacés d'expulsion. Il fallait s'y attendre: les déclarations de la ministre fédérale de l'Immigration, Judy Sgro, condamnant ces pratiques, ont soulevé l'indignation des groupes de lutte pour les droits des réfugiés.

«C'est complètement déconnecté de la vie et de la compassion, de la part d'une ministre de l'Immigration, d'inviter les sanctuaires à arrêter leur mission première dans l'histoire, qui est la compassion, affirme Nathalie Goguen, coordonnatrice du dossier de la famille Borja, deux Colombiens qui avaient trouvé refuge dans une église de North Hatley de juin à octobre 2003, et qui ont par la suite été expulsés vers leur pays. La ministre n'est pas au fait des dossiers, parce que si elle savait ce qu'est la vie au sanctuaire, elle aurait plus d'ouverture. C'est humiliant de devoir se priver de la liberté, devenir dépendants des autres, c'est comme accepter une machine respiratoire pour survivre.»

Dimanche, la ministre de l'Immigration avait déclaré en entrevue à la Presse canadienne (publiée hier) que sa préoccupation première était d'assurer la protection de notre pays et des Canadiens. Elle demandait alors aux églises de mettre fin à la pratique ancestrale qui consiste à donner asile à des réfugiés lorsque ceux-ci sentent leur vie menacée par des avis d'expulsion hors du territoire canadien.

«La ministre nie la réalité, elle ignore la raison d'être de ces sanctuaires, soutient Rabie Masri, porte-parole de la coalition contre l'expulsion des réfugiés.

Ces gens-là n'ont plus aucun recours, il n'y a pas de système d'appel au ministère, mais la ministre refuse toujours de se prononcer sur cet aspect.»

Dans les faits, la loi comprend un système d'appel pour les personnes à qui on a refusé le statut de réfugié en première instance. «Mais ça n'a jamais été mis en application», rétorque Nathalie Goguen.

La ministre Sgro semble craindre les abus lorsqu'elle déclare dans les médias que, «si nous commençons à nous servir des églises pour entrer au Canada par la porte d'en arrière, nous allons avoir des problèmes».

Les organisations de lutte pour les droits des réfugiés répondent qu'il ne s'agit pas d'une pratique répandue. «Il y a en ce moment quatre églises à Montréal qui hébergent des réfugiés, sur 300 paroisses, explique Maurice Sauvé, membre du Comité d'appui aux réfugiés palestiniens: trois sexagénaires menacés d'expulsion sont actuellement hébergés à la paroisse Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal. Ça s'applique comme droit d'exception, et en dernier recours, pas pour braver la loi.»

Droit coutumier

Pour Nathalie Goguen, le gouvernement n'a pas plus le droit de dicter la conduite aux Églises que la religion a le droit de dicter la politique. «Au Canada, on a séparé les deux entités depuis longtemps. Le rôle de l'Église, c'est la compassion, pas la politique», souligne celle qui a passé plus de 70 jours à s'occuper de la famille Borja l'an dernier. «Je rêve du jour où on n'aura plus besoin des sanctuaires, mais ça prendrait des changements dans la loi ou une meilleure application.»

Avocat de formation, Maurice Sauvé abonde dans le même sens. «Leur réalité [aux demandeurs d'asile] fait en sorte qu'on est justifié d'appliquer le droit coutumier», explique-t-il.

Offrir l'asile à des personnes menacées d'expulsion est une pratique qui date du Moyen-Âge et peut-être même avant. «Dans l'Ancien Testament, il existe une ville refuge pour les étrangers, raconte Gérald Doré, pasteur de l'église Saint-Pierre (Église unie), à Québec, qui avait hébergé le réfugié algérien Mohammed Cherfi jusqu'à son expulsion par la force, en mars dernier. Cette pratique s'inscrit dans une tradition judéo-chrétienne et nous allons continuer à le faire.»

Le pasteur de cette église de la capitale se défend bien de «cacher» des réfugiés. «Personne ne se cache dans une église, on les protège et on rend le sanctuaire immédiatement public», souligne Gérald Doré. Si les églises ne faisaient pas ce travail, d'autres organismes devraient s'en charger.»

Pour les intervenants dans ces dossiers, le débat est faussé lorsque la ministre parle de sécurité nationale. «La sécurité est assurée justement lorsque les églises offrent de la compassion pour quiconque quand l'État ne le peut plus», soutient Nathalie Goguen.

Selon le pasteur Doré, ces demandeurs d'asile «ne sont pas dangereux, c'est plutôt leur vie qui est menacée par ces avis d'expulsion».

Selon les différents comités ou organisations, le point positif est que la ministre Sgro souhaite rencontrer les dirigeants des Églises. «C'est une bonne chose qu'elle ramène cette problématique sur la place publique», confie Nathalie Goguen.

«Nous sommes prêts à la rencontrer si elle le veut bien, pas pour mettre fin à ces pratiques, mais pour s'asseoir et discuter de comment mieux appliquer la loi», conclut Maurice Sauvé, en ajoutant qu'il allait continuer de soutenir la cause des trois réfugiés palestiniens de Notre-Dame-de-Grâce.
1 commentaire
  • Jeannot Vachon - Inscrit 28 juillet 2004 07 h 22

    La liberté de religion ne donne pas d'immunité aux temples

    Dans le débat de la liberté de religion, plusieurs personnes ne réalisent pas qu'il n'y a pas que de grande et vieilles religions qui soient concernées.

    Chaque citoyen peut avoir sa propre religion et on doit respecter cette liberté. Ma résidence devient alors mon temple. Est-ce que je gagne alors une immunité quelconque pour acceuillir chez moi des illégaux ?

    Si vous n'êtes pas d'accord avec cette vision, dites-moi combien de personnes sont-elles nécessaires pour former une religion à eux et quelles sont les formalités à remplir et les exigences pour que ma religion soit considérée une religion ? Quand vous aurez ce chiffre, nous pourrions utiliser un local quelconque comme temple et violer les lois au nom de la liberté de religion ?

    Les Catholiques du Québec ne respectent même plus leurs temples, qu'on regarde démolir ou être transformés en immeubles à condo. Pourquoi ne pas investir les temples lorsque des choses illégales s'y passent ? Le fait qu'on ne le faisait pas auparavant n'est pas une bonne réponse.

    Si Ben Ladden se réfugie dans une église Catholique, devrait-on respecter cette belle immunité du passé ?